Swift n'est pas un ennemi de la science
Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 5 — La révolution scientifique : mesurer plutôt que qualifier
Énoncé
Un candidat écrit : « Swift, dans Les Voyages de Gulliver, dénonce la science et prône le retour à la nature. » Critiquer cette phrase, puis proposer l'usage juste de ce texte.
Corrigé
Ce que la phrase a de faux. Swift ne dénonce pas la science : il raille des savants particuliers, ceux de Laputa et de Lagado, dont le défaut n'est pas de mesurer mais de mesurer sans savoir à quoi cela sert — des tailleurs au quadrant qui font des habits inportables, une académie qui tire des rayons de soleil de concombres. Le vice visé est l'oubli de la fin, non l'usage du nombre. Quant au « retour à la nature », il n'est nulle part chez Swift ; le quatrième voyage, chez les Houyhnhnms, est une satire de la raison désincarnée autant que de l'humanité, et il ne propose aucun modèle tenable.
L'usage juste. Swift fournit une contre-épreuve du critère du chapitre. Si la science moderne progresse en remplaçant la question du pourquoi par celle du combien, alors le choix de ce qu'on mesure échappe à la science elle-même : mesurer exactement une grandeur mal choisie donne un résultat exact et vide. Ce choix relève d'un jugement, et c'est là que la littérature garde un droit de regard.
Le plan que cela suggère : I. La mesure est un gain de vérité. II. Elle laisse hors d'elle le choix de ce qui vaut d'être mesuré. III. Ce reste n'est pas un déchet : c'est le lieu propre du jugement moral et politique — et le chapitre 8 montrera qu'on l'a longtemps oublié.
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