Problème — De la table à l'hyperbole
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques complémentaires (terminale), chapitre 13 — Thème 3 — Approche historique de la fonction logarithme
Énoncé
Problème — De la table à l'hyperbole.
On pose, pour ,
et l'on admet, comme au cours, le théorème de Grégoire de Saint-Vincent : .
- Justifier que et que est strictement croissante sur .
- Écrire un programme calculant par la méthode des rectangles, et vérifier numériquement que les bandes , , et ont la même aire.
- Encadrer par balayage au pas l'abscisse où l'aire vaut . Que reconnaît-on ?
- Montrer que la fonction transforme les produits en sommes et vaut en . Qu'est-ce donc que cette fonction ? Calculer et commenter.
- Fabriquer, à partir des seules aires , et , une table des logarithmes décimaux de à . Comparer aux valeurs exactes.
Corrigé
- Les deux premières propriétés. : une aire de largeur nulle. D'après le théorème fondamental (chapitre 7), est dérivable sur et : est strictement croissante.
- Les aires, par les rectangles. La fonction est décroissante : les rectangles de gauche encadrent par au-dessus, ceux de droite par en dessous.
from math import log
def aire(b, n=1000):
# Encadrement de l'aire sous 1/t entre 1 et b (b > 1), n rectangles.
h = (b - 1) / n
bas = sum(1 / (1 + (k + 1) * h) for k in range(n)) * h
haut = sum(1 / (1 + k * h) for k in range(n)) * h
return bas, haut, (bas + haut) / 2
def bande(a, b, n=1000):
# Aire entre a et b : difference de deux aires depuis 1.
return aire(b, n)[2] - aire(a, n)[2]
for (a, b) in [(1, 2), (2, 4), (4, 8), (3, 6)]:
print(a, b, round(bande(a, b), 6))
print("ln 2 =", round(log(2), 6))
```text
1 2 0.693147 2 4 0.693148 4 8 0.69315 3 6 0.693149 ln 2 = 0.693147 ``` Quatre bandes de longueurs , , et , mais de même rapport entre leurs bornes : même aire. C'est bien Saint-Vincent.
- L'abscisse où l'aire vaut . Le balayage au pas donne
donc l'abscisse cherchée est dans . Comme est continue et strictement croissante, le théorème des valeurs intermédiaires (admis) garantit qu'il n'y en a qu'une. C'est le nombre
- La fonction cherchée est . Posons . Pour tous et ,
et , . Elle transforme les produits en sommes et vaut en : c'est le logarithme décimal des tables, . Numériquement,
C'est exactement le module de Briggs, obtenu au cours par cinquante-quatre extractions de racines carrées. Deux méthodes qui n'ont rien en commun — des aires d'un côté, des racines carrées de l'autre — produisent le même nombre. C'est le signe qu'il s'agissait du même objet depuis le début.
- Une table faite maison. Trois aires suffisent, car , , , et se déduisent de , et par l'équation fonctionnelle du chapitre 3 :
Avec , , et :
Cinq décimales justes avec mille rectangles et trois intégrales. Briggs, lui, en a obtenu quatorze — à la main.
Le logarithme des calculateurs et le logarithme des géomètres sont le même objet, et rien dans les deux histoires ne le laissait prévoir. C'est le point culminant de ce thème.
Une conséquence pratique : les aires donnent tout de suite le logarithme népérien, et il faut diviser par pour obtenir celui des tables. C'est l'inverse du chemin historique, où l'on partait du logarithme décimal. Le mot « naturel », employé par Mercator en , désigne précisément ce logarithme-là : celui que la géométrie donne sans qu'on ait à choisir de base.
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