Problème — Deux millions quatre cent mille bulletins, et une erreur de dix-huit points
Application directe du cours · niveau 3 (difficile) · mathématiques complémentaires (terminale), chapitre 17 — Thème 7 — Répétition d'expériences indépendantes, échantillonnage
Énoncé
Problème — Deux millions quatre cent mille bulletins, et une erreur de dix-huit points.
En 1936, l'hebdomadaire américain The Literary Digest organise le plus grand sondage jamais réalisé sur l'élection présidentielle. Il envoie dix millions de bulletins, tirés de listes d'abonnés au téléphone, de propriétaires d'automobiles et d'abonnés à la revue. Il en reçoit en retour, et annonce la victoire du candidat Landon avec des voix, contre à Roosevelt. Roosevelt fut élu avec des suffrages. La même année, un institut naissant dirigé par George Gallup annonçait, sur environ personnes, la victoire de Roosevelt.
- Calculer pour et , puis la marge garantie. Quelle précision le Digest pouvait-il annoncer ?
- L'écart entre l'annonce et le résultat vaut points. Combien cela fait-il d'écarts types ? Que conclure sur la nature de l'erreur ?
- Calculer pour l'enquête de Gallup. Son estimation, de l'ordre de pour Roosevelt, était-elle exempte de biais ?
- Le taux de réponse du Digest vaut . En admettant que les répondants étaient à pour Roosevelt, calculer la proportion correspondante chez les non-répondants, et vérifier la formule du biais.
- Quelles étaient les deux sources de biais, et laquelle la taille de l'échantillon aggrave-t-elle ?
- Que faut-il retenir de la comparaison entre les deux enquêtes ?
Corrigé
- Une précision extraordinaire. Avec et ,
soit trois centièmes de point ; deux écarts types font point, et la marge garantie vaut point. Le Digest pouvait annoncer son résultat au dixième de point près — c'est ce que dit la formule, et c'est vrai.
- L'erreur, en écarts types.
L'annonce était fausse de cinq cent soixante-deux écarts types. Aucune fluctuation d'échantillonnage ne produit un tel écart : la probabilité en est si petite qu'elle n'a pas de sens pratique. L'erreur n'est donc pas due au hasard du tirage. Elle est structurelle : l'échantillon ne représentait pas le corps électoral.
- Gallup aussi. Avec ,
soit deux dixièmes de point, et une marge garantie de point. Or Gallup annonçait environ pour un résultat de : un écart de points, soit encore écarts types. L'enquête de Gallup était donc elle aussi biaisée — beaucoup moins, assez peu pour désigner le bon vainqueur, mais pas au point d'être juste. Le biais n'est pas une maladie exceptionnelle : c'est le régime ordinaire des enquêtes.
- Le compte de la non-réponse. Le taux de réponse vaut . Si chez les répondants, la relation donne
Les trois quarts de personnes qui n'ont pas renvoyé leur bulletin votaient Roosevelt à environ , contre chez les répondants. Le biais vaut bien
soit les points d'erreur, retrouvés exactement.
- Deux biais superposés. D'abord un biais de sélection : posséder le téléphone ou une automobile en 1936, en pleine crise, désignait les ménages aisés, plus favorables à Landon. Ensuite un biais de non-réponse : parmi ceux qui reçoivent un bulletin, les partisans du changement se donnent moins la peine de le renvoyer que les mécontents du pouvoir en place. Aucun des deux ne diminue quand augmente ; en revanche, la fluctuation, elle, diminue — de sorte qu'augmenter ne fait que resserrer le résultat autour de la mauvaise valeur, et donne au sondage l'apparence d'une certitude.
- La leçon. Cinquante mille personnes bien choisies valent mieux que deux millions quatre cent mille mal choisies. La formule ne mesure qu'une seule des deux erreurs d'une enquête, et c'est presque toujours la plus petite. Le Digest, qui avait correctement prédit les quatre élections précédentes, disparut deux ans plus tard.
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