Problème — Propriété caractéristique, équivalence et conditions
Application directe du cours · niveau 3 (difficile) · mathématiques (terminale), chapitre 11 — Vocabulaire ensembliste et logique
Énoncé
Problème — Propriété caractéristique, équivalence et conditions.
- Le chapitre 8 démontre que, dans un repère orthonormé, un point appartient au plan passant par et de vecteur normal si et seulement si , avec . Identifier, dans cette démonstration, la chaîne d'équivalences et dire pourquoi chaque étape est réversible.
- En quoi l'équation cartésienne est-elle une propriété caractéristique du plan ? Que gagne-t-on à en disposer ?
- On considère la proposition : « si appartient au plan d'équation , alors appartient à la droite passant par et de vecteur directeur ». Est-elle vraie ? Sa réciproque l'est-elle ?
- Le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires (chapitre 2) énonce : si est continue et strictement monotone sur , alors pour tout compris entre et , l'équation admet une unique solution. Ses hypothèses sont-elles nécessaires ? suffisantes ?
- Appliquer ce corollaire à sur pour montrer que l'équation admet une unique solution, en distinguant soigneusement ce qui relève de l'existence et ce qui relève de l'unicité.
Corrigé
- La démonstration du chapitre 8 enchaîne :
- La première équivalence est la définition même du vecteur normal, combinée à la caractérisation de l'orthogonalité par le produit scalaire nul (chapitre 8) : les deux énoncés sont deux façons de dire la même chose.
- La deuxième est le passage à l'expression analytique du produit scalaire en repère orthonormé : c'est un calcul d'écriture, sans perte d'information.
- La troisième est un développement suivi du regroupement des constantes en : opération réversible, puisque est entièrement déterminé par et .
Chaque étape étant une reformulation exacte, la chaîne se lit dans les deux sens. C'est ce qui permet de conclure par une équivalence et non par une simple implication.
- Dire que l'équation est une propriété caractéristique du plan, c'est dire que les points qui la vérifient sont exactement ceux du plan : ni plus, ni moins. Elle est donc à la fois une condition nécessaire (tout point du plan la vérifie) et suffisante (tout point qui la vérifie est dans le plan) — le chapitre 8 énonce d'ailleurs explicitement les deux sens, le second sous la forme d'un « réciproquement ».
Le gain est considérable : appartenir à un plan devient une égalité numérique à vérifier. C'est ce qui permet, dans tous les problèmes du chapitre 8, de remplacer un raisonnement géométrique par un calcul.
- Vérifions d'abord si : , donc oui. Un point de s'écrit pour ; alors
et ce, pour toute valeur de : la droite est donc incluse dans le plan .
Par conséquent :
- La proposition proposée (« ») est fausse. Contre-exemple : le point vérifie , donc ; mais s'il était sur , il faudrait et simultanément, ce qui est impossible. Donc .
- Sa réciproque (« ») est vraie, c'est précisément le calcul ci-dessus.
L'exemple est éclairant : l'implication et sa réciproque ont ici des valeurs de vérité opposées. C'est exactement l'erreur que l'on commet en confondant avec .
- Les hypothèses sont suffisantes : elles garantissent l'existence et l'unicité de la solution, c'est le contenu même du corollaire.
Elles ne sont pas nécessaires. Sur , la fonction n'est pas monotone : elle décroît sur (de à ), puis croît sur (de à ). Pourtant l'équation y admet une solution et une seule (voisine de ) : le niveau n'est atteint sur aucun point de la branche décroissante et l'est exactement une fois sur la branche croissante. L'unicité peut donc se produire sans stricte monotonie : celle-ci est un moyen commode de l'obtenir, pas une condition indispensable.
C'est la situation la plus fréquente en analyse : les théorèmes fournissent des conditions suffisantes, et il ne faut pas les lire comme des équivalences.
- Soit sur .
- Continuité et monotonie (les hypothèses) : est dérivable sur comme somme de fonctions dérivables, donc continue ; et sur , donc est strictement croissante.
- Ce qui donne l'existence : les limites aux bornes. Quand , et , donc ; quand , . Le réel est donc compris entre les deux limites : il est atteint. Sans cette comparaison de aux valeurs (ou limites) aux bornes, on n'aurait aucune existence — c'est le rôle du théorème des valeurs intermédiaires.
- Ce qui donne l'unicité : la stricte monotonie, et elle seule. Une fonction continue passant de à peut couper l'axe plusieurs fois ; c'est la stricte croissance qui interdit un second passage.
Conclusion : l'équation admet une unique solution sur . Comme et , on a de plus .
On voit bien que les deux hypothèses jouent des rôles distincts : la continuité et l'encadrement de produisent l'existence, la stricte monotonie produit l'unicité. Confondre les deux, c'est s'exposer à conclure trop vite.
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