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mécanique (MP) · Chapitre 2 · Exercice de TD

Galiléen à quelle précision ? Estimer la force de Coriolis

Dynamique dans un référentiel non galiléen · D. Le référentiel terrestre · niveau 2

Énoncé

Données : la Terre tourne sur elle-même à (jour sidéral ) ; elle décrit autour du Soleil une orbite quasi circulaire de rayon en un an ; le Soleil décrit autour du centre de la Galaxie une orbite de rayon à la vitesse .

1) Pour chacun des trois couples de référentiels (terrestre et géocentrique ; géocentrique et héliocentrique, dit de Copernic ; héliocentrique et galactique), préciser le mouvement de l'un par rapport à l'autre et calculer l'ordre de grandeur de l'accélération d'entraînement.

2) Le référentiel géocentrique est en translation, quasi circulaire, autour du Soleil. Montrer, en une ligne de principe fondamental, que pour un corps voisin de la Terre la force d'inertie d'entraînement est compensée par l'attraction du Soleil, à un terme près dont on donnera l'ordre de grandeur. Que reste-t-il, dans le référentiel terrestre, comme force d'inertie à écrire en plus de celles contenues dans ?

3) Proposer un critère pour décider, dans un problème donné, si la force de Coriolis terrestre peut être négligée.

4) Appliquer ce critère à la latitude de nord :

  • a) l'eau qui s'écoule d'un lavabo (, dimension ) : la force de Coriolis fixe-t-elle le sens du tourbillon ?
  • b) un TGV de à en ligne droite : force latérale, sur quel rail ? La comparer à la force qu'exige une courbe de de rayon ;
  • c) un obus tiré à , qui vole : ordre de grandeur de l'écart latéral ;
  • d) le vent autour d'une dépression atmosphérique (, ) ;
  • e) le pendule de Foucault : on admet que son plan d'oscillation tourne, par rapport au sol, à la vitesse angulaire . Calculer cette vitesse en degrés par heure et la durée d'un tour à Paris (). Interpréter le résultat au pôle Nord, dans le référentiel géocentrique, et à l'équateur.

Corrigé

La stratégie. Un référentiel n'est pas galiléen ou non galiléen dans l'absolu : il l'est à une précision donnée, pour un problème donné. On calcule donc les accélérations d'entraînement, on regarde ce qui les compense, et l'on compare la force d'inertie restante aux autres termes du problème.

1) La hiérarchie.

  • Terrestre par rapport au géocentrique : rotation uniforme à autour de l'axe des pôles ; accélération d'entraînement , au plus , soit .
  • Géocentrique par rapport à Copernic : translation quasi circulaire ; accélération d'entraînement .
  • Copernic par rapport à la Galaxie : , dix milliards de fois moins que .

2) La compensation par le Soleil. Dans le référentiel géocentrique, de centre , un corps de masse en subit l'attraction de la Terre, celle du Soleil , et la force d'inertie d'entraînement . Or le centre de la Terre est lui-même en chute libre vers le Soleil : le principe fondamental appliqué à la Terre entière dans le référentiel de Copernic donne . Donc La force d'inertie est compensée par l'attraction solaire, à la variation de celle-ci entre et près. Comme varie en , sa variation relative sur un rayon terrestre est de l'ordre de : le résidu vaut environ pour le Soleil, et pour la Lune (le même raisonnement s'applique au mouvement de la Terre autour du centre de masse du couple Terre-Lune). Ces résidus sont à l'origine des marées, qu'on n'étudie pas ici ; on retient seulement leur ordre de grandeur : , le référentiel géocentrique est galiléen pour toute expérience de laboratoire. Dans le référentiel terrestre, la force centrifuge est absorbée dans (exercice précédent) ; la seule force d'inertie qui reste à écrire est la force de Coriolis, .

3) Le critère. La force de Coriolis par unité de masse est au plus : on la compare aux autres accélérations du problème (, l'accélération d'une trajectoire de dimension ) et à la précision visée. Sur la durée du phénomène, elle dévie la vitesse d'une fraction de l'ordre de : petite si , mais l'écart de position, fois la distance parcourue, peut rester grand. Pour un mouvement horizontal, seule la composante verticale de donne une force horizontale, de norme , perpendiculaire à la vitesse, vers la droite dans l'hémisphère Nord.

4) Cinq situations, à nord ().

  • a) Le lavabo. Le rapport de la force de Coriolis à l'accélération du tourbillon vaut . Le moindre mouvement résiduel de l'eau l'emporte de très loin : le sens du tourbillon d'un lavabo est fixé par les conditions initiales, non par la rotation de la Terre. Il faut une cuve de plusieurs mètres, laissée au repos un jour entier, pour voir l'effet.
  • b) Le TGV. : , soit , et pour une force latérale de , vers la droite : c'est le rail de droite qui la reprend, quelle que soit la direction du train. Une courbe de de rayon demande , 120 fois plus : l'effet est réel, mais noyé dans les tolérances de la voie.
  • c) L'obus. L'accélération latérale dure : l'écart est de l'ordre de . Ce calcul, à vitesse horizontale constante et sans frottement de l'air, n'est qu'un ordre de grandeur, mais il est de la centaine de mètres : ici, est petit, mais il multiplie une grande distance parcourue (). Les tables de tir de l'artillerie à longue portée en tiennent compte.
  • d) La dépression. contre : la force de Coriolis est dix fois plus grande que l'accélération du mouvement ( sur le temps de traversée , environ un jour). Elle domine la dynamique : au lieu de s'engouffrer vers le centre de la dépression, l'air est dévié vers la droite et finit par tourner autour du centre, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère Nord. (Description qualitative ; l'équilibre entre force de pression et force de Coriolis n'est pas étudié ici.)
  • e) Le pendule de Foucault. Avec par jour sidéral, soit , la vitesse de rotation du plan à Paris vaut ; un tour prend . Au pôle Nord, dans le référentiel géocentrique, galiléen, le pendule ne subit que son poids et la tension du fil, toutes deux dans son plan d'oscillation (le point d'attache est sur l'axe) : rien ne fait tourner ce plan, fixe par rapport aux étoiles, et c'est la Terre qui tourne dessous ; vu du sol, le plan fait un tour en , dans le sens horaire, comme le dit . À l'équateur, : la force de Coriolis due à une vitesse horizontale y est verticale ou nulle, et le plan ne tourne pas. Aucune force réelle horizontale n'explique la giration observée à Paris : c'est une preuve de la rotation de la Terre, obtenue sans regarder le ciel.

Ce que l'exercice installe. La hiérarchie des référentiels se chiffre : (absorbé dans ), (compensé par le Soleil à près), . Dans le référentiel terrestre, reste la force de Coriolis, à estimer à chaque problème : comparer aux autres accélérations, ou à et aux autres petits paramètres. Elle est négligeable au lavabo, minuscule mais réelle sur un train, notable sur une trajectoire d'obus, dominante en météorologie.

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