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mécanique (PCSI) · Chapitre 5 · Exercice de TD

Problème : le cyclotron de Lawrence

Particules chargées dans un champ électrique ou magnétique · D. Mouvement dans un champ magnétostatique uniforme · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Un cyclotron est formé de deux électrodes creuses en forme de demi-cylindres plats, les « dees », placées dans un champ magnétique uniforme perpendiculaire à leur plan, avec . Dans l'intervalle étroit qui sépare les dees, une tension alternative d'amplitude crée un champ électrique ; à l'intérieur des dees, le champ électrique est nul. Des protons sont injectés presque au repos au centre. On néglige la durée de traversée de l'intervalle et le poids. Le rayon d'extraction est .

1) Dans un dee, montrer que le proton décrit un demi-cercle de rayon , en une durée indépendante de sa vitesse.

2) En déduire la fréquence qu'il faut imposer à la tension pour que le proton soit accéléré à chaque traversée de l'intervalle (condition de synchronisme). Calculer cette fréquence et la période correspondante.

3) Le proton a franchi fois l'intervalle, chaque fois au moment où la tension vaut . Exprimer son énergie cinétique, puis le rayon du demi-cercle suivant, et montrer que . Calculer et . Comment évolue l'écart entre deux demi-cercles successifs ?

4) Montrer que l'énergie cinétique à l'extraction vaut , et la calculer en joules et en mégaélectronvolts. Dépend-elle de ? Quel est alors le rôle de ? Calculer le nombre de tours effectués et la durée de l'accélération.

5) Calculer la vitesse du proton à l'extraction et le rapport . Discuter qualitativement la validité du modèle newtonien et la condition de synchronisme aux plus hautes énergies.

6) Pourquoi n'accélère-t-on pas d'électrons dans un cyclotron ? On calculera, avec le même champ et le même rayon, la vitesse d'extraction que prédirait le modèle newtonien.

Corrigé

1) Un demi-tour dans un dee. À l'intérieur d'un dee, le champ électrique est nul : le proton n'est soumis qu'à la force magnétique, qui ne travaille pas. Sa vitesse garde une norme constante , perpendiculaire à , et il décrit un cercle de rayon (cours, exercice 5). Il entre dans le dee en traversant le diamètre, et en ressort après un demi-cercle, en un temps égal à la longueur parcourue divisée par la vitesse : La vitesse s'est simplifiée : un proton rapide parcourt un demi-cercle plus grand, exactement dans la proportion de sa vitesse. Tous les protons passent le même temps dans un dee.

2) Le synchronisme. Pour que le proton soit accéléré à chaque passage, il faut que le champ dans l'intervalle se soit inversé entre deux passages successifs, puisqu'il traverse l'intervalle alternativement dans un sens et dans l'autre. Il faut donc que la tension change de signe toutes les durées : sa période doit être , et sa fréquence la fréquence cyclotron. Numériquement, , , . Parce que ne dépend pas de , une seule fréquence fixe convient pour toutes les orbites : c'est l'idée de Lawrence, et c'est ce qui fait qu'une tension de radiofréquence ordinaire suffit.

3) Les rayons successifs. À chaque traversée, le champ électrique de l'intervalle fournit le travail ; le théorème de l'énergie cinétique, à partir du repos, donne après traversées . Alors et L'écart entre deux demi-cercles successifs vaut : il décroît, les orbites se resserrent à mesure que l'énergie augmente. vers le bord, après traversées, deux demi-cercles successifs ne sont plus séparés que de , ce qui rend l'extraction délicate.

4) L'énergie d'extraction. Le proton sort lorsque le rayon de son orbite atteint , avec la vitesse , donc l'énergie cinétique Elle ne dépend pas de : seuls le champ et la taille de l'aimant la fixent. La tension fixe seulement le gain par traversée, , donc le nombre de tours : le proton gagne par tour, et il lui faut qui durent . Une tension de conduit à parce que la même particule repasse près de mille fois dans le même champ accélérateur. Vérification d'homogénéité : est une quantité de mouvement (puisque ), et est bien une énergie.

5) Les limites du modèle. , soit . À cette vitesse, la mécanique newtonienne commence à être en défaut : l'énergie du proton représente de son énergie de masse ( contre ), et la relativité prévoit que la période de révolution augmente dans cette proportion. Le proton arrive de plus en plus tard dans l'intervalle et le synchronisme se perd : c'est ce qui limite un cyclotron classique à quelques dizaines de mégaélectronvolts pour des protons.

6) Les électrons. Avec la masse de l'électron, le même calcul donnerait , soit six cents fois la vitesse de la lumière : le résultat est absurde, et le modèle newtonien s'effondre. Un électron devient relativiste dès quelques centaines de kiloélectronvolts, c'est-à-dire après quelques traversées seulement ; sa période change aussitôt, et le synchronisme est perdu presque immédiatement. Le cyclotron est réservé aux particules lourdes.

Le résultat établi — le principe du cyclotron (Lawrence, 1931). Dans un champ magnétique uniforme, la durée d'un demi-tour, , ne dépend pas de la vitesse ; une tension alternative de fréquence fixe égale à la fréquence cyclotron accélère donc la particule à chaque passage, et elle sort au rayon avec l'énergie , indépendante de la tension accélératrice.

Ce que le problème installe. Une propriété en apparence anodine — la pulsation cyclotron ne dépend pas de la vitesse — devient le principe d'une machine, à condition de la lire comme une invariance et de chercher ce qu'elle permet. Le problème montre aussi comment un modèle signale lui-même sa limite : quand une formule newtonienne donne , ce n'est pas une erreur de calcul, c'est le domaine de validité du modèle qui est franchi.

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