mécanique (PTSI) · Chapitre 5 · Exercice de TD
Le magnétron plan : la coupure de Hull
Particules chargées dans un champ électrique ou magnétique · B. Puissance de la force de Lorentz · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Une diode plane est formée d'une cathode, le plan , et d'une anode, le plan , portée au potentiel par rapport à la cathode. Le champ électrique entre les plaques est uniforme : , et le potentiel vaut . Un champ magnétique uniforme , parallèle aux plaques, règne dans tout l'espace. Un électron, de charge et de masse , quitte la cathode en avec une vitesse nulle. On néglige son poids.
1) Montrer, sans écrire les équations du mouvement, que la quantité est constante, et donner sa valeur. Pourquoi n'y figure-t-il pas ?
2) Projeter le principe fondamental de la dynamique sur et l'intégrer une fois : montrer que à chaque instant.
3) En déduire en fonction de , puis l'ordonnée maximale atteinte par l'électron : . Vérifier l'homogénéité et le cas limite .
4) Montrer que le courant anodique s'annule brutalement au-delà d'un champ de coupure (coupure de Hull, 1921). Calculer pour et , puis pour .
5) Que vaut la vitesse de l'électron au sommet de sa trajectoire lorsque ? Dans quelle direction est-elle ? Où et comment l'électron revient-il sur la cathode ?
Corrigé
La stratégie. Le mouvement est plan mais couplé : la force magnétique mélange les composantes et de la vitesse, et la trajectoire n'est ni une parabole ni un cercle. On ne cherche pas à la calculer. On va chercher deux quantités conservées, chacune donnant une relation entre la vitesse et la position ; deux relations pour deux composantes de la vitesse suffisent à trouver le point où s'annule, c'est-à-dire la hauteur maximale.
1) L'intégrale première de l'énergie. La puissance de la force de Lorentz se réduit à celle de la force électrique, car : le produit vectoriel est orthogonal à . Le théorème de la puissance cinétique donne donc La quantité a une dérivée nulle : elle est constante, et vaut sa valeur initiale, , puisque l'électron part du repos en . C'est la conservation de l'énergie mécanique, l'énergie potentielle de l'électron étant . Le champ n'y figure pas parce qu'il ne travaille pas : il peut tordre la trajectoire autant qu'il veut, il ne change pas la relation entre la vitesse et l'altitude. On retient
2) L'intégrale première de la projection sur . Calculons la force magnétique : . Donc La force électrique n'a pas de composante selon . La projection du PFD sur s'écrit et c'est une égalité entre deux dérivées : elle s'intègre immédiatement en . À l'instant initial, et , donc la constante est nulle :
Le point délicat. Ce n'est pas un hasard de calcul : selon , la seule force est magnétique, et elle est proportionnelle à . Chaque fois qu'une composante de la force est proportionnelle à la dérivée d'une coordonnée, la projection du PFD s'intègre une fois. On a ainsi une deuxième relation, indépendante de la première.
3) La hauteur maximale. Puisque (le mouvement reste dans le plan , la force n'ayant pas de composante selon ), les deux intégrales premières donnent Un carré est positif : l'électron ne peut se trouver qu'aux ordonnées où le second membre est positif, c'est-à-dire , avec En , s'annule : c'est le sommet de la trajectoire.
Homogénéité. a la dimension de (puisque est une force, est une masse divisée par un temps) et celle d'une énergie, . Alors a pour dimension : c'est bien une longueur.
Cas limite. Quand , : sans champ magnétique, rien n'empêche l'électron, accéléré par le champ électrique, d'atteindre l'anode — c'est le fonctionnement normal de la diode. Et décroît comme : plus le champ magnétique est intense, plus il recourbe tôt la trajectoire vers la cathode.
4) La coupure. L'électron atteint l'anode si et seulement si , c'est-à-dire , soit avec En dessous de , tous les électrons émis atteignent l'anode ; au-dessus, aucun ne l'atteint : le courant anodique tombe à zéro d'un coup, et non progressivement. C'est la coupure de Hull, base du magnétron des fours à micro-ondes. Pour , . (Une intégration numérique du mouvement, avec ces valeurs, redonne à près.)
5) Au sommet. En , et la vitesse est purement selon : . Sa norme est et elle est dirigée selon , parallèlement aux plaques. On vérifie la cohérence avec l'énergie : et : les deux membres coïncident. Pour et , on trouve .
Après le sommet, l'électron redescend et, d'après l'intégrale première de l'énergie, retombe sur la cathode au repos, plus loin vers ; puis tout recommence : il progresse le long de la cathode par arcs successifs, à la vitesse moyenne (l'échelle de vitesse de l'exercice 1), dont la vitesse au sommet est le double.
Ce que l'exercice installe. Deux intégrales premières sans résoudre le mouvement : l'énergie, où le champ magnétique n'apparaît pas puisqu'il ne travaille pas, et la projection du PFD sur une direction où la force est proportionnelle à la dérivée d'une coordonnée. Leur combinaison donne un domaine accessible, ici , et un seuil — la démarche même qui servira, avec l'énergie potentielle effective, à trouver les distances extrêmes d'une planète.
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