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mécanique (PTSI) · Chapitre 5 · Exercice de TD

Quand le poids compte-t-il ? De l'électron à la gouttelette de Millikan

Particules chargées dans un champ électrique ou magnétique · A. La force de Lorentz · niveau 2

Énoncé

a) Un électron, puis un proton, sont placés dans un champ électrique uniforme de norme . Calculer, pour chacun, le rapport de la force électrique au poids. Montrer plus généralement que le poids d'une particule de masse et de charge est négligeable devant la force électrique si et seulement si , et donner la valeur de en dessous de laquelle ce n'est plus vrai pour un électron.

b) Comparer la force électrostatique et la force gravitationnelle qui s'exercent entre deux électrons, puis entre deux protons. Pourquoi ce rapport ne dépend-il pas de la distance ? Pourquoi la gravitation gouverne-t-elle néanmoins le mouvement des planètes ?

c) Un électron de vitesse est soumis au champ électrique précédent et à un champ magnétique , avec . Laquelle des deux forces domine ? Écrire le critère général.

d) L'expérience de Millikan (1909). Une gouttelette d'huile sphérique, de rayon et de masse volumique , porte charges élémentaires négatives. Elle est placée entre deux plaques horizontales distantes de , entre lesquelles on établit une tension ; on néglige la poussée d'Archimède. Quelle plaque doit être positive pour que la gouttelette puisse rester immobile ? Exprimer la tension d'équilibre et la calculer pour à . Expliquer comment une série de tensions d'équilibre mesurées sur des gouttelettes différentes établit que la charge est quantifiée. Pourquoi la conclusion du a) ne s'applique-t-elle pas ici ?

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser, et la stratégie. La force électrique , la force magnétique , le poids , la loi de Coulomb entre deux charges ponctuelles, de norme , et la loi de la gravitation, de norme . La stratégie est la même dans les quatre questions : avant d'écrire le principe fondamental de la dynamique, on forme le rapport sans dimension de deux forces, et c'est sa valeur qui décide de ce qu'on garde.

a) Électron et proton dans un champ de . Pour l'électron, Pour le proton, fois plus lourd, . Négliger le poids est une erreur relative de au plus.

Le critère général se lit en divisant : équivaut à . Le membre de gauche ne dépend que de la particule, le membre de droite que du champ. Pour l'électron, , et les deux forces seraient égales pour Le simple champ électrique de l'atmosphère par beau temps, de l'ordre de , lui est supérieur de douze ordres de grandeur. Pour un électron, un proton, un ion, le poids est toujours négligeable devant une force électrique.

b) Coulomb contre Newton. Entre deux électrons à la distance , le rapport de la force électrostatique à la force gravitationnelle vaut et entre deux protons . La distance a disparu parce que les deux lois sont en inverse du carré de la distance : leur rapport est une constante propre au couple de particules, un nombre pur.

Pourquoi alors la gravitation gouverne-t-elle les planètes ? Parce que la matière est électriquement neutre à grande échelle : ses charges positives et négatives se compensent. La masse, elle, n'a pas de signe : les contributions des quelque nucléons d'une planète s'ajoutent sans jamais s'annuler. La force la plus faible l'emporte parce qu'elle est la seule à ne pas se neutraliser.

c) Force magnétique contre force électrique. Avec , la force magnétique a pour norme , d'où La force magnétique domine ici d'un facteur dix. Le critère est , et il mérite une vérification d'homogénéité : s'exprime en et en (puisque et sont deux forces), donc s'exprime en : le rapport est une vitesse. On la retrouvera, comme vitesse sélectionnée, dans l'expérience de Thomson.

d) Millikan. La masse de la gouttelette vaut

Quelle plaque est positive ? Pour que la gouttelette reste immobile, la force électrique doit compenser le poids, donc être dirigée vers le haut. Sa charge est négative : la force est opposée à , donc doit être dirigé vers le bas. Le champ électrique allant des potentiels élevés vers les potentiels bas, la plaque supérieure doit être positive.

Tension d'équilibre. Entre deux plaques planes, . L'équilibre s'écrit , d'où soit , , , et pour à .

La quantification. Pour chaque gouttelette, dont on mesure la taille, on mesure la tension d'équilibre et l'on en déduit sa charge . Si la charge était une grandeur continue, les valeurs obtenues seraient quelconques. Millikan a trouvé, sur des centaines de gouttelettes, des charges qui sont toutes des multiples entiers d'une même valeur — les tensions d'équilibre sont de la forme , avec des « trous » entre elles. Le plus grand commun diviseur de ces charges est la charge élémentaire . (Dans l'expérience réelle, le rayon est déduit de la vitesse limite de chute dans l'air ; la poussée d'Archimède ne corrige le poids que de .)

Pourquoi le a) ne s'applique pas. Le critère du a) compare à . Ici pour , soit fois plus que pour un électron : la gouttelette porte une charge élémentaire pour plusieurs centaines de milliards d'atomes. Il faut un champ pour équilibrer le poids, et c'est précisément ce que l'expérience exploite : le poids n'est pas négligeable, il est l'étalon contre lequel on pèse la charge.

Ce que l'exercice installe. Le réflexe de comparer les forces par un rapport sans dimension avant d'écrire le PFD, et de lire ce rapport comme une condition sur la particule () et sur le champ (, ). « Le poids est négligeable » n'est pas une loi de la nature, c'est le résultat d'un calcul qui dépend de l'objet : vrai pour une particule élémentaire, faux pour une gouttelette — et c'est cette exception qui a fourni la première mesure de la charge élémentaire.

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