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mécanique (PTSI) · Chapitre 6 · Exercice de TD

Problème : le système Terre-Lune, allongement du jour et éloignement de la Lune

Moment cinétique · C. Le théorème du moment cinétique · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Données : masse de la Terre , masse de la Lune , distance Terre-Lune , jour sidéral (période de rotation de la Terre par rapport aux étoiles) , constante de gravitation . La Terre est modélisée par un système de points de masses , tournant d'un bloc à la vitesse angulaire autour de l'axe des pôles ; on note la distance de à cet axe et l'on donne . Les marées allongent le jour de par siècle.

Hypothèses : le système Terre-Lune est isolé (on néglige l'action du Soleil) ; le centre de la Terre est assimilé à un point fixe d'un référentiel galiléen ; l'orbite de la Lune est un cercle de centre , dans le plan équatorial de la Terre ; on néglige le moment cinétique de rotation propre de la Lune.

1) Par le principe fondamental de la dynamique appliqué à la Lune, montrer que son moment cinétique orbital en vaut . Le calculer et donner sa direction.

2) Montrer que le moment cinétique de la Terre par rapport à l'axe des pôles vaut . Le calculer et comparer à .

3) Justifier que se conserve. Expliquer qualitativement comment les marées transfèrent du moment cinétique de la rotation terrestre vers l'orbite lunaire (rôle du bras de levier du bourrelet de marée).

4) Montrer que , puis déduire de l'allongement du jour la vitesse d'éloignement de la Lune, en centimètres par an. Comparer à la mesure par télémétrie laser, par an.

5) L'énergie mécanique du système vaut : justifier cette expression, puis calculer sa variation par unité de temps. Interpréter, et comparer à la consommation mondiale d'énergie primaire, de l'ordre de .

6) L'évolution s'arrête quand la rotation de la Terre est synchrone de l'orbite lunaire : . Écrire l'équation vérifiée par , la résoudre numériquement, puis par l'approximation . Quelle serait alors la durée commune du jour et du mois ?

Corrigé

1) Le moment cinétique orbital. La Lune, assimilée à un point, n'est soumise qu'à l'attraction de la Terre, de norme , dirigée vers . Sur une orbite circulaire de rayon , le mouvement est uniforme (la force est perpendiculaire à la vitesse) et l'accélération est centripète, de norme . La projection radiale du PFD donne La vitesse est orthoradiale, et le moment cinétique en vaut Il est perpendiculaire au plan de l'orbite, orienté par le sens de révolution : la Lune tourne autour de la Terre dans le même sens que la Terre tourne sur elle-même, et est parallèle à l'axe des pôles, de même sens que la rotation terrestre. On retient surtout la dépendance : une Lune plus lointaine a plus de moment cinétique, bien qu'elle aille moins vite.

2) Le moment cinétique de la Terre. Chaque point décrit un cercle de rayon autour de l'axe des pôles, à la vitesse angulaire ; son moment cinétique par rapport à l'axe est (exercice 1, en polaires). Pour le système, la somme donne Avec — c'est le jour sidéral qui convient, puisque la rotation se mesure par rapport à un référentiel galiléen, lié aux étoiles, et non par rapport au Soleil — on trouve . Le rapport vaut : l'essentiel du moment cinétique du système est dans l'orbite de la Lune, et non dans la rotation de la Terre.

3) Pourquoi la somme se conserve. Le système est isolé : les seules forces sont intérieures. Elles s'exercent entre les points de la Terre et la Lune, et entre les points de la Terre eux-mêmes ; chacune de ces interactions est formée de deux forces opposées portées par la droite qui joint les deux points, et la somme de leurs moments en est nulle (c'est l'argument établi pour la balance romaine). L'hypothèse « fixe » ajoute la force qui maintient le centre de la Terre en place, mais elle s'applique en : son moment en est nul. Le théorème du moment cinétique, sommé sur tous les points, donne donc .

Ce qui est conservé est la somme ; chaque terme peut varier, par échange. Le mécanisme est celui des marées : la Lune déforme les océans en deux bourrelets alignés sur elle. Mais la Terre tourne sur elle-même en un jour, beaucoup plus vite que la Lune ne tourne autour d'elle (en un mois) ; le frottement entraîne les bourrelets, qui se retrouvent en avance d'un petit angle sur la direction de la Lune. L'attraction de la Lune sur le bourrelet le plus proche ne passe donc plus par l'axe des pôles : elle a un bras de levier non nul, et son moment s'oppose à la rotation de la Terre, que diminue. Réciproquement, le bourrelet en avance tire la Lune un peu vers l'avant, avec une composante le long de sa vitesse : son moment en est positif, et augmente d'autant.

4) L'éloignement de la Lune. Comme , la dérivée logarithmique donne . La conservation impose . Or , donc et . En rassemblant : L'allongement du jour vaut par siècle, soit par an. D'où, par an : soit environ par an. La télémétrie laser, qui mesure la distance de la Lune au centimètre près grâce aux réflecteurs déposés par les missions Apollo, donne par an. L'accord, à dix pour cent près, est remarquable pour un modèle aussi simple ; l'écart s'explique en partie par les marées dues au Soleil, qui freinent elles aussi la rotation terrestre sans pousser la Lune, et par les hypothèses (orbite dans le plan équatorial, centre de la Terre fixe). Homogénéité : a bien la dimension de multiplié par un rapport sans dimension et divisé par un temps.

5) L'énergie dissipée. L'énergie cinétique de rotation de la Terre est . L'énergie mécanique de la Lune sur son orbite circulaire est , et le 1) donne , d'où . On dérive : Avec et , le premier terme vaut et le second : . Le moment cinétique se conserve, l'énergie mécanique ne se conserve pas : la rotation terrestre perd de l'énergie, l'orbite lunaire n'en récupère qu'une petite partie (quatre pour cent), et le reste est dissipé par le frottement des courants de marée, surtout dans les mers peu profondes. C'est le cinquième environ de la consommation mondiale d'énergie primaire : les usines marémotrices ne prélèvent qu'une infime partie de cette puissance.

6) L'état final. Quand le jour devient égal au mois, plus aucun bourrelet n'est en avance : l'échange cesse. La conservation du moment cinétique total, , et la condition de synchronisme donnent l'équation Sa résolution numérique (par dichotomie) donne , et une période commune jours. L'approximation consiste à négliger le premier terme, puisque la rotation terrestre, déjà minoritaire, sera devenue très lente : , d'où et une période de jours, très proche. L'équation a une autre racine, (une Lune en orbite synchrone en moins de cinq heures), qui n'est pas atteignable : la Lune s'éloigne. (Au rythme actuel, il faudrait déjà quatre milliards d'années pour franchir les qui restent ; et l'effet des marées faiblit très vite quand la Lune s'éloigne : l'état final est hors d'atteinte avant la fin de vie du Soleil.)

Le résultat établi — la récession de la Lune par effet de marée. Le moment cinétique du système Terre-Lune se conserve ; les marées en transfèrent de la rotation terrestre vers l'orbite lunaire. Un allongement du jour de par siècle impose à la Lune de s'éloigner d'environ par an, au prix d'une dissipation de , et l'évolution tend vers un état synchrone où jour et mois dureraient environ jours.

Ce que le problème installe. La conservation du moment cinétique d'un système isolé, qui autorise des échanges entre ses parties ; le fait que le moment cinétique et l'énergie obéissent à des bilans indépendants, l'un conservé, l'autre dissipé ; et une méthode d'astronome : d'une mesure faite sur Terre (la durée du jour) déduire, par une loi de conservation, un mouvement céleste (l'éloignement de la Lune) qu'aucun instrument de l'époque ne pouvait mesurer directement.

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