optique géométrique (PCSI) · Chapitre 2 · Exercice de TD
Problème : l'arc-en-ciel et le rayon de Descartes
Réflexion et réfraction : lois de Snell-Descartes · B. Les lois de Snell-Descartes · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Une goutte de pluie est une sphère d'eau, d'indice pour la lumière jaune (, ). Les rayons du Soleil, parallèles entre eux, l'éclairent. On étudie les rayons qui entrent dans la goutte, s'y réfléchissent une fois sur la face arrière, puis ressortent. À chaque point d'incidence, on applique les lois de Snell-Descartes en remplaçant la surface de la goutte par son plan tangent, dont la normale est le rayon de la sphère. Le diamètre apparent du Soleil vaut .
1) Trajet. Un rayon entre sous l'incidence et se réfracte sous l'angle , avec . Montrer, à l'aide des triangles isocèles formés avec le centre de la goutte, que l'incidence sur la face arrière et l'incidence sur la face de sortie valent toutes deux , et que le rayon ressort sous l'angle . Montrer qu'il n'y a jamais réflexion totale sur la face arrière. Que devient la lumière qui n'y est pas réfléchie ?
2) Déviation. Établir que la déviation totale du rayon vaut .
3) Le rayon de Descartes. Montrer que si et seulement si . Calculer l'incidence correspondante, l'angle , la déviation minimale , et l'angle que fait la direction de la lumière qui ressort avec la direction antisolaire (direction opposée au Soleil).
4) Pourquoi un arc lumineux. Expliquer pourquoi la lumière qui ressort de la goutte est concentrée au voisinage de . On admet que les rayons incidents sont uniformément répartis sur la section de la goutte, donc que la fraction de lumière incidente entre les incidences et est proportionnelle à ; un calcul numérique montre que de la lumière qui suit ce trajet ressort à moins de de , contre entre et . Interpréter, puis expliquer pourquoi l'observateur voit un arc de cercle centré sur le point antisolaire.
5) Couleurs. Calculer pour le rouge et pour le violet. Quelle couleur est à l'extérieur de l'arc ? Quelle est la largeur angulaire de l'arc, compte tenu du diamètre apparent du Soleil ?
6) Quand le voir, et cas limites. Pourquoi faut-il que le Soleil soit à moins de au-dessus de l'horizon pour voir l'arc depuis le sol ? Peut-on voir un arc-en-ciel à midi, fin juin, à Paris (latitude , déclinaison du Soleil ) ? Étudier les cas limites et de la formule du 3). Énoncer le résultat obtenu.
Corrigé
La stratégie. Une goutte dévie la lumière d'un angle qui dépend du point d'entrée : un faisceau parallèle en ressort dans toutes les directions. Mais là où la déviation est stationnaire, une large plage de points d'entrée ressort presque dans la même direction : la lumière s'y accumule. L'arc-en-ciel est cette accumulation, et la dispersion la colore. On fait le calcul de Descartes : trajet, déviation, extremum.
1) Le trajet, et pourquoi la réflexion totale n'a jamais lieu. Notons le centre, le point d'entrée, le point de réflexion arrière, le point de sortie. Les normales en ces points sont les rayons , , , tous de longueur . Le triangle est isocèle en () : ses angles en et sont égaux. L'angle en , entre la corde et la normale , est l'angle de réfraction ; l'angle d'incidence en est donc aussi . La réflexion en renvoie le rayon sous l'angle ; le triangle est isocèle de même, et l'incidence en vaut encore . À la sortie, , donc : le rayon ressort sous l'angle d'entrée. Toutes les incidences internes valent , et : pour tout rayon, avec égalité seulement pour l'incidence rasante. La réflexion en n'est jamais totale : elle est partielle (de l'ordre de quelques pour cent, exercice 1), et l'essentiel de la lumière ressort par l'arrière de la goutte. L'arc-en-ciel est fait de ces quelques pour cent ; c'est pourquoi il est beaucoup moins lumineux que le ciel qui l'entoure.
2) La déviation. On suit la direction du rayon et on additionne les rotations, toutes dans le même sens. En , la réfraction le fait tourner de . En , la réflexion le fait tourner de (un rayon qui arrive sous l'incidence et repart symétrique est dévié du supplémentaire de ). En , la réfraction le fait tourner de à nouveau. Au total : Cas particulier de contrôle : en incidence normale, , : le rayon central est renvoyé vers le Soleil, ce qui est évident par symétrie.
3) Le rayon de Descartes. Par la loi de la réfraction, , donc et Elle s'annule si et seulement si . En élevant au carré et en utilisant : (L'élévation au carré n'introduit pas de solution parasite : les deux cosinus sont positifs.) Pour : , , ; puis , , et C'est bien un minimum de : la dérivée vaut en incidence normale et tend vers en incidence rasante (où ) ; comme elle ne s'annule qu'en , elle est négative avant et positive après. Une minimisation numérique de redonne et . La lumière qui ressort au minimum de déviation fait avec la direction antisolaire l'angle maximal : minimum de , maximum de . Le point délicat : l'angle se mesure depuis le point antisolaire (l'ombre de la tête de l'observateur), et non depuis le Soleil, qui est dans le dos de l'observateur.
4) Pourquoi un arc lumineux. Au voisinage d'un extremum, une fonction varie au second ordre : . Une plage d'incidences de largeur autour de ressort dans une plage de déviations de largeur proportionnelle à , minuscule ; partout ailleurs, la même plage est étalée sur une largeur proportionnelle à . Les rayons s'accumulent dans la direction . Le calcul numérique donne la mesure de l'effet : un cinquième de la lumière qui suit ce trajet ressort dans le seul degré qui précède , huit fois plus qu'entre et ; et aucune lumière ne ressort au-delà de , d'où un ciel plus sombre juste à l'extérieur de l'arc (la bande d'Alexandre). Le script suivant, non exigé, fait ce décompte :
import numpy as np
n = 1.333
b = np.linspace(0, 1, 2_000_001) # b = sin(i)
theta = np.degrees(4*np.arcsin(b/n) - 2*np.arcsin(b))
w = 2*b # flux uniforme en b^2
th_max = theta.max()
f1 = np.trapezoid(w*(theta > th_max - 1), b)
f2 = np.trapezoid(w*((theta > 30) & (theta < 31)), b)
print(th_max, f1, f2) # 42.08 0.205 0.026
L'arc. Toutes les gouttes qui renvoient vers l'œil de la lumière concentrée sont celles que l'observateur voit dans une direction faisant l'angle avec la direction antisolaire. Par symétrie autour de cet axe, ces directions forment un cône de demi-angle , centré sur le point antisolaire : l'observateur voit un cercle, dont le sol coupe la partie inférieure. Chaque observateur a son propre arc, construit par ses propres gouttes.
5) Couleurs et largeur. Le même calcul donne, pour le rouge (), , et pour le violet (), . L'indice du rouge étant plus faible, son angle est plus grand : le rouge est à l'extérieur, le violet à l'intérieur. La largeur due à la dispersion vaut ; chaque couleur est en outre étalée sur le diamètre apparent du Soleil, , car les rayons venus des deux bords du disque solaire ne sont pas parallèles. L'arc mesure environ de large, et les couleurs y chevauchent un peu.
6) Quand le voir, et les cas limites. Le point antisolaire est sous l'horizon, à la profondeur angulaire égale à la hauteur du Soleil, . Le sommet de l'arc est à au-dessus de l'horizon : il n'est visible depuis le sol que si . À midi solaire, fin juin, à Paris, : l'arc est entièrement sous l'horizon. Pas d'arc-en-ciel à midi en été ; on le voit le matin ou en fin d'après-midi — ou d'avion, où l'on peut voir le cercle entier.
Cas limites de . Quand , : l'incidence stationnaire devient rasante, et (on calcule pour ). L'arc s'ouvre jusqu'à la direction du Soleil et disparaît : sans réfraction, une sphère réfléchissante n'a aucune déviation stationnaire. Quand , : l'incidence stationnaire devient normale et , l'arc se referme sur le point antisolaire. L'arc n'existe donc que pour , et son rayon diminue quand l'indice augmente — c'est exactement pourquoi le violet, plus réfringent, est à l'intérieur. (Des billes de verre d'indice donneraient un arc de ; on l'observe sur les routes, dont la peinture contient des microbilles.) Ouverture : les rayons qui subissent deux réflexions internes donnent, par le même calcul avec , un arc secondaire vers , plus pâle, aux couleurs inversées.
Le résultat obtenu — l'angle de l'arc-en-ciel (rayon de Descartes, 1637). Pour les rayons qui subissent une réflexion à l'intérieur d'une goutte sphérique d'indice , la déviation est minimale pour l'incidence ; la lumière s'accumule dans cette direction, qui fait l'angle avec la direction antisolaire pour l'eau, et la dispersion range les couleurs du violet (, intérieur) au rouge (, extérieur).
Ce que le problème installe. La lumière s'accumule là où une déviation est stationnaire : c'est une idée qui dépasse l'arc-en-ciel (elle explique aussi pourquoi le minimum de déviation d'un prisme est facile à repérer, exercice 5). Une surface courbe se traite localement par son plan tangent, ce qui suffit pour suivre un rayon. Et la réflexion totale, condition établie au début de la séance, sert ici à montrer qu'elle n'a pas lieu : savoir quand une loi ne s'applique pas est aussi un résultat.
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