optique géométrique (PCSI) · Chapitre 5 · Exercice de TD
Problème : dispersion intermodale et débit maximal d'une fibre à saut d'indice
Instruments : l'œil, l'appareil photographique et la fibre optique · C. La fibre optique à saut d'indice · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Une fibre à saut d'indice rectiligne, de longueur , a un cœur d'indice et une gaine d'indice . Une impulsion lumineuse très brève est injectée à l'entrée ; elle contient des rayons de toutes les inclinaisons (dans le cœur, par rapport à l'axe) compatibles avec le guidage. On note la vitesse de la lumière dans le vide. Applications numériques : , .
1) Calculer la durée de parcours du rayon qui se propage le long de l'axe. A.N. pour .
2) Montrer qu'un rayon guidé d'inclinaison parcourt la longueur , quel que soit le nombre de ses réflexions. En utilisant la condition de guidage de l'exercice 6, en déduire la durée de parcours du rayon guidé le plus incliné :
3) En déduire l'élargissement de l'impulsion (dispersion intermodale). Vérifier l'homogénéité ; étudier le cas limite ; calculer pour . Pourquoi le rayon strictement axial, à lui seul, ne disperse-t-il pas ?
4) On transmet des bits sous forme d'impulsions émises à la cadence (en bits par seconde). Justifier le critère . Montrer que le produit ne dépend que des indices. Calculer le débit maximal sur , et la longueur maximale d'une liaison à mégabits par seconde.
5) Montrer que , où est l'ouverture numérique. Comparer une fibre avec et une fibre avec (même ). Quel compromis cela révèle-t-il ?
6) Une liaison transocéanique mesure . Calculer et le débit maximal avec cette fibre. Conclure et énoncer le résultat établi.
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. La vitesse de la lumière dans un milieu d'indice (chapitre 1), la condition de guidage établie à l'exercice 6. La stratégie : les rayons vont tous à la même vitesse , mais pas sur la même longueur ; l'écart des longueurs donne l'écart des durées.
1) Le rayon axial. Il parcourt la longueur à la vitesse : Pour : , cinq microsecondes.
2) Le rayon le plus incliné. La longueur parcourue. Un rayon d'inclinaison avance, entre deux réflexions, d'une longueur le long de son trajet et de le long de l'axe. La réflexion sur une paroi parallèle à l'axe conserve l'angle avec l'axe : sur chaque segment du zigzag, le rapport « longueur parcourue sur avancée axiale » vaut . En sommant sur tous les segments (le dernier, éventuellement incomplet, compris), pour une avancée axiale totale , la longueur parcourue vaut indépendamment du nombre de réflexions et du point d'entrée.
La durée. La durée de parcours croît avec ; elle est maximale pour le rayon guidé le plus incliné, : Pour : .
3) La dispersion intermodale. Homogénéité. Une longueur divisée par une vitesse, multipliée par un nombre sans dimension : une durée. Cas limite. : , mais aussi et — plus de dispersion, parce que plus aucun rayon incliné n'est guidé. Application numérique pour : soixante-huit nanosecondes par kilomètre, à comparer aux cinq microsecondes du trajet : un écart relatif de , égal à .
Le rayon axial. Un rayon unique a une durée de parcours unique : il ne disperse pas. La dispersion intermodale n'est pas une propriété d'un rayon, c'est l'écart entre les durées des différents rayons (des différents « modes ») qui transportent la même impulsion. Mais toute source réelle remplit le cône d'acceptance.
4) Le débit maximal. À la sortie, chaque impulsion brève est devenue une impulsion de durée . Deux impulsions successives, émises à l'intervalle , restent distinctes si elles ne se chevauchent pas, c'est-à-dire si : Le produit débit fois longueur ne dépend que des indices : doubler la longueur divise par deux le débit possible. Applications numériques : bits par seconde, soit environ 15 mégabits par seconde sur un kilomètre ; , environ mégabits par seconde fois kilomètre. À mégabits par seconde : une fibre à saut d'indice de ce type ne suffit même pas à câbler un bâtiment en réseau rapide.
5) Le compromis ouverture et débit. Dans , on écrit , et : Pour : , à de la valeur exacte. Le script suivant compare plusieurs gaines :
import numpy as np
n1, c, L = 1.50, 3.0e8, 1.0e3 # coeur, c (m/s), L (m)
print("n2 ON theta_a dt(ns/km) BL(Mbit/s.km)")
for n2 in (1.49, 1.48, 1.45, 1.40):
ON = np.sqrt(n1**2 - n2**2) # ouverture numerique
th = np.degrees(np.arcsin(ON)) # demi-angle (deg)
dt = L * n1 * (n1 - n2) / (n2 * c) # dispersion (s)
BL = (1 / dt) * (L / 1e3) / 1e6 # debit x longueur
print(f"{n2:.2f} {ON:.3f} {th:5.1f}"
f" {dt*1e9:6.1f} {BL:5.1f}")
Il affiche :
n2 ON theta_a dt(ns/km) BL(Mbit/s.km)
1.49 0.173 10.0 33.6 29.8
1.48 0.244 14.1 67.6 14.8
1.45 0.384 22.6 172.4 5.8
1.40 0.539 32.6 357.1 2.8
Passer de à divise l'écart d'indice par deux : la dispersion est divisée par deux ( au lieu de nanosecondes par kilomètre), le débit doublé ; mais l'ouverture numérique tombe de à et le demi-angle d'acceptance de à — la fibre collecte deux fois moins de lumière (l'angle solide du cône varie comme ) et supporte moins bien les courbures (le rayon de courbure minimal varie comme ). Capter beaucoup de lumière et transmettre vite sont incompatibles : les deux dépendent de la même quantité , dans des sens opposés. Un grand cône d'acceptance, c'est précisément une grande dispersion des inclinaisons, donc des longueurs de trajet.
6) La liaison transocéanique. Avec : soit zéro virgule quarante et une milliseconde (et non des secondes : par kilomètre fois redonnent bien ). Le débit maximal vaut soit deux virgule cinq kilobits par seconde — environ deux mille cinq cents bits par seconde, le débit d'un modem téléphonique des années quatre-vingt. C'est dérisoire : une fibre à saut d'indice est inutilisable pour une liaison transocéanique. On emploie en réalité des fibres monomodes (cœur de quelques micromètres, un seul mode guidé, donc plus de dispersion intermodale) ou, sur des distances moyennes, des fibres à gradient d'indice — deux dispositifs qu'on cite sans les étudier, le programme ne les traitant pas. S'y ajoutent des amplificateurs optiques répartis, environ tous les , pour compenser l'atténuation.
Le résultat établi — dispersion intermodale et débit maximal d'une fibre à saut d'indice. Dans une fibre à saut d'indice de longueur , les rayons guidés arrivent étalés sur la durée ce qui limite le débit binaire à : le produit débit fois longueur, , ne dépend que des indices, et il est d'autant plus petit que l'ouverture numérique est grande.
Ce que le problème installe. Le raisonnement « même vitesse, longueurs différentes » : l'étalement d'une impulsion se calcule par la différence des durées extrêmes, chaque durée par la longueur du trajet déplié. Et la conclusion physique, qu'on retrouvera en ondes et en électronique : un canal qui étale les impulsions de ne transmet pas plus de informations par seconde. Avec l'exercice 6, la séance a établi les deux expressions que le programme exige pour la fibre — le cône d'acceptance et la dispersion intermodale — et montré qu'elles sont les deux faces d'une même quantité, l'ouverture numérique.
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