optique géométrique (PTSI) · Chapitre 2 · Exercice de TD
Le prisme : émergence et minimum de déviation
Réflexion et réfraction : lois de Snell-Descartes · B. Les lois de Snell-Descartes · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Un prisme est un bloc de verre d'indice limité par deux faces planes qui font entre elles l'angle (angle au sommet). Le prisme n'est pas au programme en tant que tel : on le traite ici par les seules lois de Snell-Descartes et par la géométrie. Un rayon, contenu dans un plan perpendiculaire à l'arête, entre par la première face sous l'incidence , se réfracte sous l'angle , atteint la seconde face sous l'incidence et ressort sous l'angle . Données : , .
1) Établir les quatre relations du prisme : ; ; ; , où est la déviation totale.
2) Condition d'émergence. Montrer qu'aucun rayon ne ressort par la seconde face si . Pour , calculer l'incidence minimale en dessous de laquelle le rayon subit une réflexion totale sur la seconde face.
3) Calculer la déviation pour (émergence rasante) et pour (incidence rasante). Expliquer l'égalité obtenue par le principe du retour inverse.
4) On admet que la déviation, fonction de , admet un minimum unique (on peut le constater sur un tableau de valeurs). Montrer, par le seul principe du retour inverse, qu'au minimum le trajet est symétrique : et . En déduire puis calculer et l'incidence correspondante.
5) Le prisme est taillé dans le crown BK7 dont l'indice vaut pour la raie bleue et pour la raie rouge (données du TD du chapitre 1). Calculer les deux déviations minimales et leur écart. Quelle couleur est la plus déviée ? Avec quelle précision faut-il mesurer pour connaître à près ?
Corrigé
La stratégie. Le prisme, c'est deux dioptres plans non parallèles : contrairement à la lame, la seconde réfraction ne défait plus la première. On écrit Snell-Descartes deux fois, la géométrie du triangle relie les deux angles internes, et la déviation est la somme des deux coudes. Pour le minimum, au lieu de dériver, on utilise une symétrie.
1) Les quatre relations. Les deux premières sont les lois de la réfraction en entrée et en sortie (l'air a l'indice ). Géométrie : les normales aux deux faces, tracées aux points d'incidence et , se coupent en un point ; dans le quadrilatère formé par le sommet du prisme, , et , les angles en et sont droits, donc l'angle en vaut . Dans le triangle , les angles en et sont et : , soit Déviation : en , le rayon tourne de vers la base ; en , de , dans le même sens. La déviation totale est la somme : .
2) La condition d'émergence. Le rayon ne sort par la seconde face que si , avec ; et l'on a toujours (un rayon qui entre depuis l'air se réfracte sous un angle au plus égal à l'angle limite, exercice 2). Donc est nécessaire : si (pour ), aucun rayon ne ressort. Pour , la condition impose , soit En dessous de , la lumière est totalement réfléchie par la seconde face.
3) Deux incidences rasantes, une même déviation. Pour , le rayon sort en rasant la seconde face, : . Pour , , , , donc et . Les deux déviations sont égales, et ce n'est pas un hasard : le trajet « entrée rasante, sortie à » est le trajet « entrée à , sortie rasante » parcouru à l'envers, et la déviation, somme de et , ne dépend pas du sens. C'est la vérification d'un cas limite qui annonce l'argument du 4).
4) Le minimum de déviation par le retour inverse. Par le retour inverse, si un rayon entrant sous ressort sous avec la déviation , alors un rayon entrant sous ressort sous , avec la même déviation . Autrement dit : les incidences et donnent toujours la même déviation. Si le minimum était atteint pour une incidence avec une émergence , il serait atteint aussi en , et il y aurait deux minimums : c'est exclu par l'hypothèse d'unicité. Donc, au minimum, , puis par les lois de la réfraction, et par la relation géométrique. Le trajet est symétrique : le rayon traverse le prisme parallèlement à sa base (pour un prisme isocèle). Alors , soit , et la loi donne Numériquement, , et Un tableau de valeurs confirme : pour , pour , pour , pour , pour , pour . Lecture : la déviation varie très peu autour du minimum (moins de entre et ) ; c'est ce qui rend le minimum facile à repérer au goniomètre — on tourne le prisme, la raie s'arrête puis repart en arrière.
5) La dispersion et la mesure d'indice. Avec : L'écart vaut , soit : le bleu est plus dévié que le rouge, puisque son indice est plus grand (TD du chapitre 1). C'est la décomposition de la lumière blanche par le prisme de Newton. Précision : en dérivant la formule du 4) par rapport à , soit par minute d'arc. Pour connaître à près, il faut mesurer à une minute d'arc près : c'est la précision d'un goniomètre de travaux pratiques. On mesure ainsi l'indice à la quatrième décimale, assez pour distinguer un crown d'un flint et tracer une loi de Cauchy.
Ce que l'exercice installe. Un instrument se modélise par des lois connues (Snell-Descartes, géométrie) sans formule apprise. La condition d'émergence est une condition de non-réflexion totale. Et un extremum se trouve parfois par une symétrie plutôt que par une dérivée : si le problème est invariant par échange de et et que l'extremum est unique, il est atteint pour . On retrouvera ce raisonnement pour la condition des lentilles (conjugaison symétrique) et, d'une autre façon, dans le problème.
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