optique géométrique (PTSI) · Chapitre 2 · Exercice de TD
Les prismes à réflexion totale
Réflexion et réfraction : lois de Snell-Descartes · C. La réflexion totale · niveau 2
Énoncé
Un prisme en verre d'indice a pour section un triangle rectangle isocèle (angles , , ). Un rayon entre perpendiculairement à l'une des petites faces et frappe l'hypoténuse.
1) Sous quelle incidence le rayon frappe-t-il l'hypoténuse ? Quelle condition sur assure la réflexion totale ? La vérifier pour . Que devient le rayon ?
2) Tolérance angulaire. Le rayon entre maintenant en faisant un petit angle avec la normale à la face d'entrée, dans le plan de la section. Pour , de combien peut-on incliner le rayon avant de perdre la réflexion totale ? Pourquoi la tolérance n'existe-t-elle que d'un côté ?
3) Prisme de Porro. Le rayon entre maintenant perpendiculairement à l'hypoténuse. Montrer qu'il subit deux réflexions totales et ressort antiparallèle à sa direction d'entrée.
4) Le prisme est accidentellement mouillé : une pellicule d'eau () recouvre l'hypoténuse. Que se passe-t-il ? Quel indice minimal faudrait-il au verre pour que la réflexion reste totale ?
5) Comparer la fraction de lumière transmise par un prisme à réflexion totale (deux faces air/verre non traitées, données de l'exercice 1) à celle d'un miroir aluminisé, qui réfléchit environ de la lumière. Conclure.
Corrigé
La stratégie. La réflexion totale est la seule réflexion sans perte que connaisse l'optique. On établit la condition pour qu'elle ait lieu, puis on chiffre sa robustesse : un instrument n'est utilisable que si un petit défaut d'alignement ne la détruit pas.
1) La condition . Le rayon entre sous incidence normale : il n'est pas dévié (exercice 3). Dans le triangle rectangle isocèle, l'hypoténuse fait avec la face d'entrée, donc sa normale fait avec le rayon : l'incidence sur l'hypoténuse vaut . Il y a réflexion totale si , c'est-à-dire Pour , : la réflexion est totale, et le rayon, réfléchi symétriquement par rapport à la normale, tourne de et ressort perpendiculairement à l'autre petite face. C'est le prisme des périscopes et des jumelles.
2) La tolérance angulaire. À l'entrée, le rayon incliné de se réfracte sous avec . Sur l'hypoténuse, l'incidence devient selon le sens de l'inclinaison. Dans le sens qui augmente l'incidence, la réflexion reste totale quel que soit . Dans le sens qui la diminue, il faut , soit , puis La tolérance est de , d'un seul côté. Elle suffit pour un faisceau peu ouvert (le faisceau d'une paire de jumelles fait quelques degrés), mais elle explique qu'on n'utilise pas des verres d'indice à peine supérieur à : la marge s'annulerait. Le point délicat : la réfraction d'entrée réduit l'écart angulaire d'un facteur environ, ce qui élargit la tolérance vue de l'extérieur ( au lieu de ).
3) Le prisme de Porro. Le rayon entre par l'hypoténuse sous incidence normale, sans déviation ; il frappe la première petite face sous , est totalement réfléchi et tourne de ; il traverse le prisme parallèlement à l'hypoténuse, frappe la seconde petite face, à nouveau sous , et tourne encore de dans le même sens. Au total, il a tourné de : il ressort par l'hypoténuse, antiparallèle à sa direction d'entrée et décalé latéralement. Deux tels prismes croisés redressent l'image dans les jumelles « à prismes de Porro », tout en repliant le trajet, ce qui raccourcit l'instrument.
4) Le prisme mouillé. Avec de l'eau contre l'hypoténuse, le dioptre est verre/eau, d'angle limite L'incidence de est maintenant inférieure à l'angle limite : il n'y a plus de réflexion totale, la lumière passe en grande partie dans l'eau (seule reste la réflexion partielle, très faible, puisque les indices sont voisins : exercice 1). Le prisme « fuit ». Il faudrait , un flint très dense. C'est pourquoi les prismes d'instruments sont scellés à l'abri de l'humidité, et c'est le principe des capteurs de pluie des pare-brise : une goutte sur le verre détruit une réflexion totale, et le détecteur cesse de recevoir le faisceau.
5) Prisme contre miroir. La réflexion totale renvoie de la lumière qui l'atteint. Les pertes du prisme sont aux deux faces traversées, chacune sans traitement : — à peine mieux qu'un miroir aluminisé (). Mais un traitement antireflet ramène ces pertes à moins de au total, ce qu'aucun traitement ne fait pour l'absorption d'un métal ; et la réflexion totale ne ternit pas, ne s'oxyde pas. Avec quatre réflexions par lunette de jumelles, l'écart se cumule : pour des miroirs, contre plus de pour des prismes traités.
Ce que l'exercice installe. La réflexion totale est une réflexion parfaite à condition que l'indice et l'alignement le permettent : on chiffre la condition ( pour ) et la marge (quelques degrés, d'un côté). Elle dépend du milieu extérieur, et une goutte d'eau la détruit. Les pertes d'un instrument se comptent surface par surface, comme à l'exercice 1.
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