optique géométrique (PTSI) · Chapitre 3 · Exercice de TD
Problème : le théorème du kaléidoscope
Stigmatisme, miroir plan et approximation de Gauss · B. Le miroir plan · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Deux miroirs plans et , réfléchissants sur leurs faces en regard, ont une arête commune et forment un dièdre d'angle . Un point objet est placé entre eux. On travaille dans le plan perpendiculaire à l'arête passant par ; l'arête y est un point , et l'on repère tout point par ses coordonnées polaires d'origine . Le miroir est la demi-droite d'angle , le miroir la demi-droite d'angle , et a pour coordonnées avec . Chaque image donnée par un miroir peut servir d'objet à l'autre miroir, à condition de se trouver devant sa face réfléchissante (dans le demi-plan limité par la droite qui porte ce miroir et contenant l'objet ) ; sinon la chaîne s'arrête. On suppose d'abord , avec entier, .
1) Montrer que la symétrie par rapport à la droite d'angle passant par envoie le point d'angle polaire sur le point de même rayon et d'angle . En déduire que la composée de deux symétries d'axes passant par et faisant l'angle est une rotation de centre et d'angle .
2) On distingue deux chaînes d'images : celle qui commence par une réflexion sur , puis , puis … et celle qui commence par . Écrire les angles polaires des images successives de chaque chaîne. Montrer que toutes les images sont sur le cercle de centre passant par .
3) On découpe le plan en secteurs d'angle , le secteur étant celui de l'objet, compris entre les deux miroirs, et les autres numérotés de part et d'autre, étant le secteur opposé. Montrer que la chaîne commençant par visite les secteurs , que chaque chaîne compte exactement images, et que les dernières images des deux chaînes coïncident. En déduire le nombre total d'images.
4) Construire les images pour , puis pour . Pourquoi un vrai kaléidoscope, fait de trois miroirs formant un prisme à section en triangle équilatéral, produit-il un motif qui pave tout le plan ?
5) Cas limite : deux miroirs parallèles distants de (cabine d'ascenseur, ), objet à la distance du premier. Où sont les images ? Chaque réflexion conserve la fraction de l'intensité : après combien de réflexions l'image tombe-t-elle sous de l'intensité de l'image directe ?
6) On ne suppose plus que est pair. Pour (), dénombrer les images pour un objet hors de la bissectrice, puis sur la bissectrice. Énoncer le résultat obtenu.
Corrigé
La stratégie. Chaque réflexion est une symétrie, deux réflexions font une rotation, et une règle d'arrêt dit quand une image cesse d'être réfléchie : le dénombrement devient un raisonnement sur les secteurs du plan.
1) Le lemme des deux symétries. La symétrie par rapport à une droite passant par conserve les distances à : le point image a le même rayon . Elle échange les deux demi-plans limités par la droite, et l'axe est la bissectrice de l'angle formé par le point et son image : si la droite a l'angle et le point l'angle , l'image a l'angle tel que soit la moyenne de et , soit . Notons cette symétrie.
Composons après , avec : le rayon restant . La composée est la rotation de centre et d'angle . Dans l'ordre inverse, on obtient la rotation d'angle .
2) Les deux chaînes. Avec (miroir , ) et (miroir , ) :
Chaîne commençant par : , puis , puis , puis … En général, d'après le lemme, deux réflexions successives ajoutent une rotation : Chaîne commençant par : , puis , puis … soit Chaque symétrie conserve le rayon : toutes les images sont sur le cercle de centre et de rayon .
3) La règle d'arrêt et le dénombrement. Le secteur est l'ensemble des points d'angle compris entre et (modulo , avec ) ; l'objet est dans . Comme :
- est dans , et dans : la première chaîne visite , la -ième image étant dans ;
- de même, la seconde chaîne visite , la -ième image étant dans .
Où les miroirs voient-ils ? Le demi-plan devant est celui des angles compris entre et : il contient . Le demi-plan devant est celui des angles compris entre et : il contient . Le secteur opposé n'est devant aucun des deux miroirs : c'est le secteur « mort ».
La chaîne de . L'image d'indice impair vient de et doit être réfléchie par : elle est dans , donc devant tant que . L'image d'indice pair vient de et doit être réfléchie par : elle est dans , devant tant que . La chaîne se poursuit donc jusqu'à l'image , qui tombe dans le secteur mort : elle n'est plus réfléchie. La chaîne compte exactement images, et il en va de même pour la seconde, par le même raisonnement.
Les deux dernières images coïncident. Si est pair : et , qui désignent le même point. Si est impair : et , qui diffèrent de : même point encore. Dans les deux cas, les deux chaînes aboutissent au même point du secteur mort, symétrique de par rapport à lorsque est pair.
Le compte. Les premières images de chaque chaîne occupent les secteurs , chacun une fois : ce sont images distinctes ; s'y ajoute l'image commune du secteur mort. Le nombre total d'images est quelle que soit la position de l'objet entre les miroirs. Avec l'objet lui-même, on voit fois le motif, un dans chaque secteur.
4) Deux constructions et le pavage. Pour () : on trace les deux miroirs à angle droit et l'objet entre eux. donne , symétrique de par rapport à ; donne , symétrique par rapport à . est devant (du côté de par rapport à la droite qui porte ) : en donne le symétrique . De même, donne de le symétrique . On constate que : c'est le symétrique de par rapport à , l'image par la rotation de . Cette image double est derrière les deux miroirs et s'arrête là. Trois images : .
Pour () : chaque chaîne compte trois images. Avec , la première donne , , ; la seconde , , . On obtient cinq points distincts sur le cercle : , , , et l'image commune . Cinq images : . Avec l'objet, six motifs se partagent le cercle, alternativement directs et retournés : chaque réflexion change l'orientation d'un trièdre, donc une image issue d'un nombre pair de réflexions est superposable à l'objet, une image issue d'un nombre impair ne l'est pas.
Le kaléidoscope à trois miroirs. Un prisme à section en triangle équilatéral offre trois dièdres de , et divise exactement : autour de chaque arête, les images s'arrangent sans image surnuméraire ni chevauchement. Les images du triangle par réflexions successives sur ses côtés sont des triangles équilatéraux accolés qui pavent le plan. Avec un angle qui ne divise pas , les images se chevaucheraient et le motif serait brouillé.
5) La limite des miroirs parallèles. Quand , , et le cercle, de rayon infini devant l'écart des miroirs, se confond avec la normale commune. Repérons les points par leur abscisse sur cette normale, en , en , l'objet en () : les symétries sont et .
Chaîne de : , puis , puis , puis … Chaîne de : , puis , puis … Aucune image n'est jamais derrière les deux miroirs : la règle d'arrêt n'intervient jamais, et les chaînes sont infinies. Les images sont aux abscisses ( entier, l'objet excepté) : derrière , aux distances , , , , … Pour une personne à dans une cabine de , les images derrière le premier miroir sont à ; ; ; ; … Le point délicat : les images ne sont « à , , derrière chaque miroir » que dans le cas particulier d'un objet collé contre l'autre miroir ( pour les images derrière ), où les deux chaînes coïncident deux à deux ; en général, elles vont par paires.
L'atténuation. L'image d'indice dans une chaîne a subi réflexions ; son intensité relative est . On cherche le premier tel que , soit : (, alors que ). L'« infini » de l'ascenseur se réduit à une vingtaine d'images utiles de chaque côté, la dernière à une quarantaine de mètres.
6) Quand est impair. Pour , la région située derrière les deux miroirs est un angle de , qui n'est plus un des secteurs d'angle . Reprenons les chaînes avec la règle d'arrêt.
Objet hors de la bissectrice, par exemple . Chaîne de : (devant ), (devant ), (derrière les deux : arrêt) — trois images. Chaîne de : (devant ), (derrière : arrêt) — deux images. Aucune coïncidence : cinq images, et non .
Objet sur la bissectrice, . Chaîne de : , puis , point situé exactement sur le prolongement de , qui ne le réfléchit pas — deux images. Chaîne de : , puis , situé exactement sur le prolongement de — deux images. Quatre images.
Une simulation de ces règles le confirme ( donne de même ou images). Lorsque est un entier impair, on voit donc images d'un objet situé hors de la bissectrice et d'un objet situé sur elle : le nombre d'images dépend de la position de l'objet, et la formule n'est vraie, pour toute position, que si est pair.
Le résultat obtenu — le théorème du kaléidoscope. Deux miroirs plans formant un dièdre d'angle , avec entier au moins égal à deux, donnent d'un point objet placé entre eux exactement images, quelle que soit sa position ; ces images sont sur le cercle de centre l'arête passant par l'objet, une dans chacun des secteurs d'angle autres que celui de l'objet. Si est un entier impair, le nombre d'images vaut , ou pour un objet sur la bissectrice. Pour deux miroirs parallèles, les images sont en nombre infini, aux abscisses , et seule l'atténuation par réflexion en limite le nombre visible.
Ce que le problème installe. La construction d'images par un miroir plan, capacité exigible du programme, menée jusqu'au bout : une image sert d'objet au miroir suivant, pourvu qu'elle soit devant lui, et cette règle d'arrêt est tout le contenu du problème. Et une leçon de méthode : une formule « admise » sur trois exemples (ici , , ) peut être fausse en dehors d'eux ; seule la démonstration dit où elle s'applique.
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