Problème — Explication de « Le plus fort n'est jamais assez fort pour…
Application directe du cours · niveau 1 (application) · philosophie (terminale), chapitre 12 — La justice et l'État
Énoncé
Problème — Explication de « Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir » (Rousseau).
Extrait. « Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. [...] Convenons donc que la force ne fait pas droit, et qu'on n'est obligé d'obéir qu'aux puissances légitimes. » (Rousseau, Du contrat social, I, 3.)
Corrigé
Thèse. Rousseau récuse l'idée que la force puisse fonder un droit. Une domination fondée sur la seule puissance est fragile et instable : elle ne dure qu'aussi longtemps que dure la supériorité physique. Pour être durable, le pouvoir doit obtenir non la soumission contrainte, mais l'obéissance librement reconnue comme un devoir.
Explication. Le « plus fort » dépend toujours d'un rapport de forces contingent : un plus fort peut surgir, la fatigue ou la révolte peuvent renverser le maître. La force, par nature physique, ne produit que des effets physiques (la contrainte), jamais des effets moraux (l'obligation). Or « céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté » : quand un brigand me menace, je lui remets ma bourse par contrainte, sans qu'aucun devoir naisse de là. Transformer la force en droit, c'est passer du registre du fait à celui de la valeur : ce passage est impossible, car aucun « il faut » ne peut se déduire d'un simple « il y a ». La conclusion s'impose : « la force ne fait pas droit. » Seules les puissances légitimes, c'est-à-dire fondées sur le consentement et la volonté générale, obligent véritablement.
Portée et limite. Rousseau prépare ainsi sa propre théorie : le droit ne peut reposer que sur une convention. On peut toutefois objecter, avec Hobbes, que la crainte de la force (le Léviathan) reste nécessaire pour faire respecter les conventions ; la force n'est pas le fondement du droit, mais elle en demeure la condition d'effectivité.
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