Problème — Explication de « Conscience ! conscience ! » (Rousseau)
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · philosophie (terminale), chapitre 3 — La conscience et l'inconscient
Énoncé
Problème — Explication de « Conscience ! conscience ! » (Rousseau).
Texte. « Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme semblable à Dieu, c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions. » (Rousseau, Émile ou De l'éducation, « Profession de foi du vicaire savoyard », 1762)
Corrigé
Thème et thèse. Le texte porte sur la conscience morale (et non psychologique). Thèse : la conscience morale est un sentiment inné, infaillible, qui nous fait connaître immédiatement le bien et le mal et fonde la valeur morale de nos actes.
Explication suivie.
- « instinct divin... céleste voix » : Rousseau présente la conscience non comme un raisonnement mais comme un sentiment immédiat, naturel (« instinct ») et d'origine quasi divine. Le bien se sent avant de se démontrer.
- « être ignorant et borné, mais intelligent et libre » : l'homme est limité dans son savoir, mais sa liberté et son intelligence lui permettent d'agir moralement, guidé par la conscience.
- « juge infaillible du bien et du mal » : la conscience morale ne se trompe pas (repère vrai / probable ou légal / légitime) ; elle est un tribunal intérieur.
- « rends l'homme semblable à Dieu... l'excellence de sa nature » : la moralité fait la dignité de l'homme. La valeur d'un acte tient à l'intention morale, non au seul résultat.
Portée et limite. Rousseau affirme l'autonomie de la conscience morale contre le calcul intéressé. Mais on peut objecter : si la conscience était une voix universelle et infaillible, pourquoi les morales diffèrent-elles selon les cultures ? La conscience morale n'est-elle pas en partie façonnée par l'éducation et la société (objection sociologique) ? L'« infaillibilité » qu'invoque Rousseau relève alors plus de l'idéal que du fait.
Conclusion
La conscience fait du sujet un être capable de se rapporter à lui-même, de juger, de répondre de ses actes : elle fonde la personne (Descartes, Kant) et l'exigence morale (Rousseau). Mais elle n'est ni transparence absolue ni instance solitaire. L'hypothèse de l'inconscient (Freud) révèle que je m'ignore en partie, tandis qu'autrui (Hegel, Sartre) me constitue et me révèle à moi-même. Contre la tentation de se décharger sur un inconscient, Alain et Sartre rappellent l'exigence de responsabilité (la mauvaise foi). Quant à l'identité personnelle (Locke), elle apparaît moins comme un fait donné que comme une tâche : se connaître et demeurer soi-même, c'est se construire dans le temps, par la réflexion et la reconnaissance d'autrui.
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