physique des ondes (PCSI) · Chapitre 1 · Exercice de TD
Le bang supersonique
Signaux physiques et ondes progressives · B. Propagation : l'onde progressive · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Un avion vole en ligne droite, horizontalement, à l'altitude et à la vitesse constante . Un observateur est au sol, à la verticale de la trajectoire. On prend l'origine des temps à l'instant où l'avion passe à la verticale de , et l'on repère l'avion par son abscisse le long de sa trajectoire. L'air est un milieu homogène, immobile et non dispersif, dans lequel le son se propage dans toutes les directions à la célérité .
1) L'avion émet du bruit en permanence. Montrer que le son émis à l'instant parvient en à l'instant
2) On suppose . Montrer que est une fonction strictement croissante de . Qu'entend l'observateur ?
3) On suppose . Montrer que admet un minimum, atteint pour , et que Avant , qu'entend l'observateur ? Que se passe-t-il à (penser à tous les sons émis pendant un petit intervalle autour de ) ? Montrer qu'après , l'observateur reçoit simultanément deux sons émis à des instants différents.
4) Où se trouve l'avion à l'instant ? Montrer que la droite qui joint à l'avion fait alors avec la trajectoire un angle tel que . Retrouver ce résultat par une construction : les sons émis aux instants passés occupent des sphères centrées sur les positions passées de l'avion ; montrer qu'elles ont pour enveloppe un cône de demi-angle (cône de Mach).
5) Application : km, , . Calculer , la distance horizontale de l'avion au moment du bang, et . Vérifier l'homogénéité de et étudier les cas limites et .
Corrigé
La stratégie. Chaque son émis arrive avec un retard égal à la distance divisée par . Au lieu de raisonner sur des fronts d'onde, on étudie la fonction (instant d'émission, instant d'arrivée) : tout ce que l'observateur entend se lit sur ses variations.
1) L'instant d'arrivée. À l'instant , l'avion est au point d'abscisse et d'altitude . Sa distance à est (théorème de Pythagore). Le son parcourt cette distance en , donc
2) Le cas subsonique. On dérive : Or , donc , et le second terme est, en valeur absolue, strictement inférieur à . La dérivée est donc strictement positive : est strictement croissante. Les sons arrivent dans l'ordre où ils ont été émis, chacun une seule fois : l'observateur entend l'avion approcher puis s'éloigner, sans rien de singulier.
3) Le cas supersonique.
Le minimum. La dérivée s'annule si et seulement si , ce qui impose ; en élevant au carré, , soit , d'où l'unique solution négative Quand , la dérivée tend vers ; quand , vers . La fonction décroît puis croît : est un minimum. En ce point, , et
Avant : le silence. Aucun son n'arrive avant le minimum de . Remarquons que : l'avion est déjà passé à la verticale (à l'instant ) et l'observateur n'a rien entendu. Un avion supersonique traverse le ciel en silence.
À : le bang. Au voisinage d'un minimum, la dérivée est nulle : tous les sons émis pendant un petit intervalle de largeur autour de arrivent dans un intervalle de durée proportionnelle à , bien plus court. L'énergie sonore émise pendant cet intervalle est concentrée en un instant : c'est le bang.
Après : deux sons à la fois. La fonction est continue, strictement décroissante sur puis strictement croissante sur , et tend vers aux deux bouts (puisque et ). D'après le théorème des valeurs intermédiaires appliqué sur chacun des deux intervalles, tout instant a exactement deux antécédents : un son émis avant , alors que l'avion approchait, et un son émis après. L'observateur les entend en même temps.
4) Le cône de Mach.
Par le calcul. À l'instant , l'avion est à l'abscisse . L'angle entre la trajectoire et la droite qui joint à l'avion vérifie
Par la construction. À un instant , l'avion est en . Le son émis à l'instant antérieur , depuis la position , occupe la sphère de centre et de rayon , tandis que . Le demi-angle sous lequel on voit cette sphère depuis vérifie donc indépendamment de . Toutes les sphères sont tangentes au même cône de sommet , d'axe la trajectoire et de demi-angle : c'est sur ce cône que les sons s'accumulent. L'observateur entend le bang à l'instant où le cône balaie sa position, c'est-à-dire lorsque la droite (avion, observateur) fait l'angle avec la trajectoire : on retrouve le calcul.
5) Application et vérifications. Pour : , donc ; et . Le bang est entendu 25,5 s après le passage à la verticale, l'avion étant déjà à 17,3 km ; le son du bang a été émis 8,5 s avant ce passage. À s, l'observateur reçoit à la fois les sons émis à s et à s (résolution numérique de s sur chaque branche).
Homogénéité : est une durée et est sans dimension : est bien une durée.
Cas limites. Quand : , et . Le cône s'ouvre en un plan perpendiculaire à la trajectoire ; le bang est entendu au moment du passage et rassemble des sons émis depuis un temps arbitrairement long (le « mur du son »). Quand : , et s : l'avion est « partout à la fois », et le premier son reçu est celui de la verticale, émis à l'instant .
Ce que l'exercice installe. Raisonner sur l'instant d'arrivée de chaque émission est la méthode générale de tout problème de propagation à source mobile ; le phénomène physique (silence, bang, sons doublés) se lit sur la monotonie d'une fonction. Le cône de Mach, , est la même géométrie que le sillage en V d'un bateau rapide ou l'onde de choc d'une balle.
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