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Problème — La croissance économique est-elle soutenable ?

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · SES (terminale), chapitre 1 — Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ?

Énoncé

Problème — La croissance économique est-elle soutenable ?

Dissertation. Il est demandé au candidat de répondre à la question posée par le sujet : en construisant une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ; en mobilisant des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ; en composant une introduction, un développement et une conclusion.

Document 1. « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. » Cette définition du rapport Brundtland (1987) fait débat parmi les économistes : pour les tenants de la soutenabilité faible, ce qui doit être transmis est un stock global de capital (physique, humain, naturel), dont les composantes sont substituables, de sorte que le progrès technique peut compenser la destruction de capital naturel ; pour les tenants de la soutenabilité forte, certaines ressources (climat stable, biodiversité) forment un capital naturel critique, irremplaçable, dont le stock doit être préservé quoi qu'il en coûte.

{ Source : d'après le rapport Brundtland, Notre avenir à tous, 1987, et le cours.}

Document 2. Coût moyen actualisé de l'électricité des centrales nouvellement mises en service, moyenne mondiale pondérée, selon la source (en dollars par kWh).

Source d'électricité20102022
Solaire photovoltaïque (grandes centrales)0,4450,049
Éolien terrestre0,1070,033

{ Source : IRENA, Renewable Power Generation Costs in 2022, 2023.}

Document 3. Les gains d'efficacité énergétique ne se traduisent pas intégralement par une baisse de la consommation. Une voiture qui consomme deux fois moins de carburant au kilomètre coûte deux fois moins cher à l'usage : son propriétaire roule davantage, et une partie de l'économie attendue s'évapore. C'est l'effet rebond, déjà décrit au XIX<sup>e</sup> siècle par William Stanley Jevons à propos du charbon : la machine à vapeur plus efficace n'a pas réduit la consommation de charbon de l'Angleterre, elle l'a multipliée. À l'échelle mondiale, les émissions de CO ont été multipliées par près de quatre depuis 1960 malgré des progrès techniques considérables.

{ Source : d'après le cours et W. S. Jevons, The Coal Question, 1865.}

Corrigé

Introduction rédigée. Le PIB par habitant des pays occidentaux a été multiplié par plus de quinze depuis 1820 ; dans le même temps, les émissions mondiales de CO ont presque quadruplé depuis 1960 et le réchauffement atteint déjà environ +1,2 °C (accroche). La croissance économique, augmentation soutenue de la production mesurée par le PIB en volume, est dite soutenable lorsqu'elle satisfait les besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs (rapport Brundtland, document 1). La question est donc de savoir si la croissance peut se poursuivre sans épuiser le capital naturel dont elle dépend, ou si elle rencontre des limites écologiques infranchissables (problématique). Nous montrerons d'abord que la croissance se heurte à des limites écologiques qui menacent sa poursuite (I), puis que l'innovation et les institutions peuvent contribuer à reculer ces limites, sans toutefois garantir la soutenabilité (II) (annonce du plan).

I. La croissance se heurte à des limites écologiques.

I.A. La croissance épuise le capital naturel. Affirmation : produire plus consomme des ressources non renouvelables et dégrade les ressources renouvelables. Explication : énergies fossiles et métaux sont extraits sans reconstitution ; sols, forêts et stocks halieutiques sont exploités au-delà de leur capacité de régénération. Illustration : document 3 (émissions de CO multipliées par près de quatre depuis 1960), effondrement de la biodiversité et pollutions cités dans le cours.

I.B. Le PIB ignore cette destruction. Affirmation : l'indicateur qui mesure la croissance ne retranche pas le capital naturel détruit. Explication : le PIB compte positivement les activités « défensives » (dépollution) et ignore la dégradation du climat ou de la biodiversité ; il incite donc à une croissance non soutenable. Illustration : rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi (2009), nouveaux indicateurs de richesse publiés en France depuis 2015.

I.C. Pour la soutenabilité forte, certaines limites sont infranchissables. Affirmation : le capital naturel critique n'est pas substituable. Explication : document 1 : un climat stable ou une espèce disparue ne se remplacent par aucune machine ni aucun savoir ; il faut en préserver le stock. Illustration : objectif de neutralité carbone en 2050, qui plafonne les émissions indépendamment du PIB.

II. Mais l'innovation et les institutions peuvent reculer ces limites, sans garantie.

II.A. Le progrès technique réduit le contenu en ressources de la croissance. Affirmation : l'innovation verte rend possible un découplage entre PIB et émissions. Explication : pour les tenants de la soutenabilité faible (document 1), le capital technologique se substitue au capital naturel ; énergies renouvelables, efficacité énergétique et recyclage permettent de produire autant en émettant moins. Illustration : document 2 : le coût du solaire photovoltaïque a chuté de 0,445 à 0,049 dollar par kWh entre 2010 et 2022, soit , celui de l'éolien terrestre de 0,107 à 0,033 (environ ) ; découplage observé en Europe.

II.B. Les institutions orientent l'innovation vers la soutenabilité. Affirmation : le marché seul n'innove pas assez dans le vert, car le climat est un bien commun. Explication : les droits de propriété (brevets), les taxes carbone, les normes et le financement public de la recherche créent les incitations à l'innovation verte, qui produit des externalités positives. Illustration : crédit d'impôt recherche, marché européen des quotas d'émission.

II.C. Ces réponses restent insuffisantes. Affirmation : l'innovation ne garantit pas la soutenabilité. Explication : l'effet rebond (document 3) fait qu'une baisse du coût d'usage accroît la consommation ; le découplage constaté reste trop lent pour l'objectif 2050. Illustration : voiture sobre mais kilomètres accrus ; paradoxe de Jevons sur le charbon.

Conclusion. La croissance telle qu'elle a eu lieu depuis deux siècles n'est pas soutenable : elle a puisé dans un capital naturel que le PIB ne comptabilise pas. L'innovation verte et des institutions adaptées peuvent reculer les limites, mais l'effet rebond et la lenteur du découplage montrent que la soutenabilité suppose aussi une transformation des modes de consommation. Ouverture : faut-il alors mesurer autrement la richesse, voire renoncer à la croissance du PIB comme objectif ?

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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.