Adloun

Surmonter le paradoxe de l'action collective

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · SES (terminale), chapitre 10 — Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?

Énoncé

Surmonter le paradoxe de l'action collective.

Mobilisation de connaissances. Montrez que le paradoxe de l'action collective peut être surmonté.

On attend une réponse structurée en trois paragraphes AEI (affirmation, explication, illustration) : exposer d'abord le paradoxe avec précision (Mancur Olson, passager clandestin), puis présenter deux solutions, les incitations sélectives et les rétributions symboliques (Daniel Gaxie), et enfin le rôle de la structure des opportunités politiques, chaque mécanisme étant articulé (si… alors… donc) et illustré par un cas daté.

Corrigé

Le paradoxe : un individu rationnel ne devrait pas s'engager. Affirmation : dans Logique de l'action collective (1965), Mancur Olson montre qu'un intérêt commun ne suffit pas à produire une mobilisation. Explication : si le bien revendiqué est collectif, c'est-à-dire si chacun en profitera qu'il ait participé ou non (hausse de salaire obtenue par une grève, air pur), alors un individu rationnel a intérêt à laisser les autres supporter les coûts de la mobilisation (temps, salaire perdu, risques) et à en récolter les fruits en passager clandestin ; donc, si tous raisonnent ainsi, l'action collective n'a jamais lieu. Illustration : les groupes immenses aux intérêts diffus (consommateurs, chômeurs, contribuables) se mobilisent peu, alors que de petits groupes organisés, où chacun compte et où le passager clandestin est repéré, obtiennent beaucoup.

Première solution : des gains réservés aux participants. Affirmation : le paradoxe se surmonte si la participation procure des avantages dont les passagers clandestins sont exclus. Explication : Olson lui-même propose les incitations sélectives : si le syndicat réserve à ses adhérents une assistance juridique, une assurance, des réductions ou une protection, alors adhérer redevient rationnel, indépendamment du bien collectif ; elles peuvent être négatives (pression du groupe, closed shop qui réserve l'embauche aux syndiqués). Daniel Gaxie (1977) ajoute les rétributions symboliques du militantisme : sociabilité, amitiés, sentiment d'utilité, prestige, plaisir de l'action, compétences acquises ; on « gagne » à militer autrement qu'en biens matériels. Illustration : la faible syndicalisation française (environ 10 % des salariés) s'explique en partie par la faiblesse des incitations sélectives, les conventions collectives s'appliquant à tous les salariés ; à l'inverse, les ronds-points des Gilets jaunes (2018) ont fourni à des personnes isolées une sociabilité et une reconnaissance qui ont entretenu la mobilisation pendant des mois.

Seconde solution : un contexte qui rend la mobilisation possible et payante. Affirmation : l'engagement dépend aussi de la structure des opportunités politiques (Sidney Tarrow). Explication : si les institutions sont ouvertes, si des alliés puissants existent, si la répression est faible et si un événement déclencheur rend l'enjeu visible, alors les coûts de l'action baissent et ses chances de succès augmentent ; donc les individus, même rationnels, s'engagent parce que leur participation a une chance de compter. Illustration : la grève scolaire solitaire de Greta Thunberg (août 2018) a déclenché, dans un contexte d'alertes du GIEC et de médiatisation, des grèves mondiales pour le climat rassemblant jusqu'à 6 millions de personnes en septembre 2019 ; en France, le mouvement contre la réforme des retraites de 2023 a été porté par l'unité syndicale et une opinion majoritairement hostile au projet. Le paradoxe d'Olson n'est donc pas une impossibilité, mais un obstacle que les organisations et le contexte permettent de franchir.

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