Problème — Des inégalités multiformes et cumulatives
Exercice de TD · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 11 — Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ?
Énoncé
Problème — Des inégalités multiformes et cumulatives.
Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les inégalités économiques et sociales sont multiformes et cumulatives.
Document 1. Espérance de vie à la naissance selon le niveau de vie, France, 2012--2016 (en années).
| Position dans l'échelle des niveaux de vie | Hommes | Femmes |
|---|---|---|
| 5 % les plus modestes | 71,7 | 80,0 |
| 5 % les plus aisés | 84,4 | 88,3 |
{ Source : INSEE Première n<sup>o</sup> 1687, « L'espérance de vie par niveau de vie », février 2018.}
Document 2. En 2021, 14,5 % des personnes vivant en France métropolitaine sont pauvres au sens monétaire, c'est-à-dire qu'elles vivent avec moins de 60 % du niveau de vie médian. Ce risque n'est pas réparti au hasard : il touche plus d'un tiers des chômeurs (35 %) et près d'un tiers des membres de familles monoparentales (32 %), et il est environ trois fois plus élevé chez les personnes sans diplôme que chez les diplômés du supérieur. La pauvreté monétaire s'accompagne d'autres privations : logements plus petits et plus souvent surpeuplés, renoncement aux soins, moindre accès à la culture et aux vacances ; les enfants qui grandissent dans ces ménages réussissent moins bien à l'école, ce qui prépare la reproduction des inégalités à la génération suivante. À l'autre extrémité, revenu, patrimoine, diplôme et santé vont de pair : les 10 % les mieux dotés détiennent près de la moitié du patrimoine des ménages.
{ Source : d'après INSEE, Les revenus et le patrimoine des ménages, édition 2024 (données 2021), et le cours.}
Corrigé
Introduction. Une inégalité est une différence d'accès à des ressources rares et socialement valorisées. Le cours distingue les inégalités économiques (revenu, patrimoine) et les inégalités sociales (santé, logement, école, culture), et souligne qu'elles sont multiformes et cumulatives. Nous montrerons que les inégalités prennent des formes multiples, qui ne se réduisent pas au revenu (I), puis qu'elles s'engendrent mutuellement, formant un système (II).
I. Les inégalités sont multiformes. Affirmation : les inégalités ne se limitent pas aux écarts de revenu ; elles touchent toutes les dimensions de l'existence. Explication : aux inégalités économiques de revenu (mesurées par le rapport interdécile ou le coefficient de Gini) et de patrimoine s'ajoutent des inégalités sociales d'accès au logement, aux soins, à l'école, à la culture, et jusqu'à l'inégalité la plus fondamentale, celle de la durée de la vie. Illustration : document 1 : selon l'INSEE, entre 2012 et 2016, un homme parmi les 5 % les plus aisés pouvait espérer vivre 84,4 ans, contre 71,7 ans pour un homme parmi les 5 % les plus modestes, soit un écart de ans, presque 13 ans ; chez les femmes, l'écart est de ans. Document 2 : les personnes pauvres vivent dans des logements plus souvent surpeuplés, renoncent davantage aux soins, partent moins en vacances. Les inégalités traversent aussi les catégories : genre (document 1, les femmes vivent plus longtemps mais l'écart social y est moindre), diplôme, situation d'emploi, composition familiale.
II. Les inégalités sont cumulatives. Affirmation : les inégalités s'engendrent mutuellement, de sorte que les désavantages s'additionnent chez les mêmes personnes, et les avantages chez d'autres. Explication : un faible revenu impose un logement dégradé, qui nuit à la santé et aux conditions d'étude des enfants ; le renoncement aux soins abaisse l'espérance de vie ; l'échec scolaire des enfants conduit à des emplois précaires ou au chômage, donc à un faible revenu à la génération suivante : c'est un cercle vicieux, à la fois dans le cycle de vie et entre générations. À l'inverse, un revenu élevé permet d'épargner, d'hériter et de transmettre, d'accéder aux meilleurs soins et aux meilleures écoles. Illustration : document 2 : le risque de pauvreté est environ trois fois plus élevé sans diplôme qu'avec un diplôme du supérieur et concerne plus d'un tiers des chômeurs, signe que le diplôme, l'emploi et le revenu sont liés ; les enfants des ménages pauvres réussissent moins bien à l'école, ce qui prépare la reproduction des inégalités ; à l'autre extrémité, revenu, patrimoine, diplôme et santé vont de pair, les 10 % les mieux dotés détenant près de la moitié du patrimoine. Document 1 : l'écart d'espérance de vie de près de 13 ans entre les hommes les plus aisés et les plus modestes est l'aboutissement de ce cumul (conditions de travail, alimentation, logement, accès aux soins).
Conclusion. Les inégalités sont multiformes, puisqu'elles concernent le revenu, le patrimoine, le logement, la santé, l'école et jusqu'à la durée de la vie, et cumulatives, puisque chacune renforce les autres au fil de la vie et des générations. C'est ce caractère systémique qui justifie une action publique elle-même multiforme : redistribution monétaire, mais aussi services collectifs et lutte contre les discriminations.
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