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Problème — L'action des pouvoirs publics en faveur de la justice sociale se heurte-t-elle à des limites ?

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · SES (terminale), chapitre 11 — Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ?

Énoncé

Problème — L'action des pouvoirs publics en faveur de la justice sociale se heurte-t-elle à des limites ?

Dissertation. Il est demandé au candidat de répondre à la question posée par le sujet : en construisant une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ; en mobilisant des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ; en composant une introduction, un développement et une conclusion.

Document 1. Quelques indicateurs d'inégalités et de redistribution en France.

IndicateurValeur
Rapport interdécile D9/D1 des niveaux de vie, avant redistribution6,4
Rapport interdécile D9/D1 des niveaux de vie, après redistribution3,4
Coefficient de Gini des niveaux de vie, après redistribution0,29
Coefficient de Gini du patrimoine brut des ménages0,64
Part du patrimoine détenue par les 10 % les mieux dotés (en %)47
Part du patrimoine détenue par les 50 % les moins dotés (en %)8
Taux de pauvreté monétaire à 60 % de la médiane, 2021 (en %)14,5

{ Source : ordres de grandeur du cours, d'après INSEE, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux et Histoire de vie et patrimoine, 2021.}

Document 2. Réduire les inégalités a un coût. Les prélèvements obligatoires atteignent environ 44 % du PIB en France (45,2 % en 2022, 43,5 % en 2023), parmi les niveaux les plus élevés au monde, et la dette publique dépasse 110 % du PIB (110,6 % fin

  1. : les marges de manœuvre sont étroites. Des taux d'imposition trop élevés peuvent en outre décourager le travail, l'épargne ou la création d'entreprise (c'est l'idée de la courbe de Laffer), et des prestations qui disparaissent dès qu'on reprend un emploi créent des « trappes à inactivité ». Enfin, l'impôt n'est accepté que s'il est jugé juste : le sentiment que les plus riches y échappent par l'optimisation ou l'exil fiscal, et que le poids repose sur les classes moyennes, a nourri la révolte des Bonnets rouges en 2013 contre l'écotaxe et celle des Gilets jaunes en 2018 contre la hausse de la taxe sur les carburants.

{ Source : d'après le cours et INSEE, Les comptes des administrations publiques en 2023, 2024.}

Document 3. Les dispositifs de redistribution n'atteignent pas toujours leurs destinataires : selon la DREES, environ un tiers des foyers qui auraient droit au RSA ne le demandent pas, par méconnaissance, par complexité des démarches ou par crainte de la stigmatisation. La lutte contre les discriminations connaît la même difficulté : l'égalité des droits est acquise depuis longtemps, mais les opérations de testing menées sous l'égide du Défenseur des droits montrent qu'à candidature identique, une personne dont le nom suggère une origine étrangère ou un lieu de résidence dévalorisé reçoit nettement moins de réponses des employeurs. Les mesures de discrimination positive (quotas de parité, bourses ciblées, éducation prioritaire) tentent d'y remédier en traitant inégalement pour égaliser les chances, au risque d'être accusées de stigmatiser ceux qu'elles aident.

{ Source : d'après DREES, Mesurer régulièrement le non-recours au RSA et à la prime d'activité, 2022, et le cours.}

Corrigé

Introduction rédigée. En novembre 2018, les Gilets jaunes ont bloqué les ronds-points contre une taxe qu'ils jugeaient injuste : l'action publique en faveur de la justice sociale n'est jamais acquise (accroche). La justice sociale désigne la conception, propre à chaque société, de ce qui constitue une répartition acceptable des ressources ; les pouvoirs publics (État, collectivités, organismes de protection sociale) cherchent à s'en approcher par la fiscalité, la redistribution, les services collectifs et la lutte contre les discriminations, afin de réduire des inégalités économiques et sociales multiformes et cumulatives (définitions). Cette action réduit-elle vraiment les inégalités, et jusqu'où peut-elle aller sans rencontrer des contraintes économiques, politiques et normatives qui la limitent ? (problématique). Nous montrerons que l'action publique réduit puissamment les inégalités (I), mais qu'elle se heurte à des contraintes de financement, d'acceptation et d'efficacité, et à la persistance d'inégalités qu'elle atteint mal (II) (annonce du plan).

I. Une action puissante, qui réduit effectivement les inégalités.

I.A. La fiscalité progressive et la redistribution monétaire réduisent les écarts de revenu. Affirmation : prélever en haut et verser en bas divise presque par deux les inégalités de niveau de vie. Explication : l'impôt sur le revenu, progressif, prélève une part croissante du revenu à mesure qu'il s'élève ; les prestations sociales (minima sociaux, allocations logement et familiales, prime d'activité) représentent plus de la moitié du revenu disponible des 10 % les plus modestes : c'est la redistribution verticale. Illustration : document 1 : le rapport interdécile passe de 6,4 avant redistribution à 3,4 après ; le Gini des niveaux de vie, 0,29, est parmi les plus faibles de l'OCDE.

I.B. Les services collectifs égalisent les conditions réelles. Affirmation : la redistribution « en nature » agit sur l'égalité des situations. Explication : école, santé, transports et culture sont financés par l'impôt et consommés indépendamment du revenu ; en les comptant, le rapport entre niveaux de vie extrêmes est presque divisé par deux une seconde fois. Illustration : la gratuité de l'école et la prise en charge des soins par l'assurance maladie, qui sont, avec les retraites, les premiers postes de la protection sociale.

I.C. La lutte contre les discriminations vise l'égalité des chances. Affirmation : au-delà de l'égalité des droits, les pouvoirs publics corrigent les inégalités d'accès. Explication : le droit sanctionne les discriminations (Défenseur des droits, testing) ; la discrimination positive traite inégalement pour égaliser les chances. Illustration : document 3 : quotas de parité, bourses ciblées, éducation prioritaire.

II. Mais une action contrainte, contestée, et qui atteint mal certaines inégalités.

II.A. Les contraintes de financement et de désincitation limitent l'ampleur de l'action. Affirmation : on ne peut redistribuer sans limite. Explication : document 2 : avec des prélèvements obligatoires d'environ 44 % du PIB et une dette supérieure à 110 %, les marges sont étroites ; des taux marginaux trop élevés peuvent décourager travail, épargne et entrepreneuriat (courbe de Laffer), et des prestations mal conçues créent des trappes à inactivité. Illustration : le débat récurrent sur l'exil fiscal des plus riches et sur les effets de seuil des minima sociaux.

II.B. Le consentement à l'impôt et l'efficacité des dispositifs ne sont pas garantis. Affirmation : une action jugée injuste ou inefficace perd sa légitimité. Explication : le consentement à l'impôt se fragilise quand les classes moyennes se sentent seules à payer (document 2) ; le non-recours prive les plus modestes de droits pourtant ouverts, et la discrimination positive est accusée de stigmatiser. Illustration : document 2 : Bonnets rouges (2013), Gilets jaunes (2018) ; document 3 : environ un tiers de non-recours au RSA.

II.C. Certaines inégalités résistent, et le « niveau juste » reste un choix normatif. Affirmation : la redistribution corrige les revenus bien plus que les patrimoines et les positions. Explication : le patrimoine, stock transmis par héritage, échappe largement à l'action publique ; les discriminations persistent malgré l'égalité des droits. Surtout, les doctrines de la justice divergent sur le but : l'utilitarisme accepte les inégalités utiles, le libertarisme de Nozick refuse toute redistribution forcée, l'égalitarisme libéral de Rawls n'admet que celles qui profitent aux plus défavorisés. Illustration : document 1 : Gini du patrimoine 0,64, les 10 % les mieux dotés en détiennent 47 % et les 50 % les moins dotés 8 % ; taux de pauvreté de 14,5 % malgré la redistribution ; document 3 : résultats des testings.

Conclusion. L'action des pouvoirs publics réduit fortement les inégalités de revenu et de conditions de vie, mais elle bute sur son coût, sur l'acceptation de l'impôt, sur l'efficacité de ses dispositifs et sur la concentration du patrimoine ; et la frontière entre inégalités justes et injustes dépend d'un choix de société que ni les chiffres ni les économistes ne peuvent trancher seuls. Ouverture : faut-il alors agir davantage en amont, sur l'école et les héritages, plutôt qu'en aval, par la seule redistribution ?

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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.