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Problème — Le patrimoine, plus inégalement réparti que le revenu

Application directe du cours · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 11 — Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ?

Énoncé

Problème — Le patrimoine, plus inégalement réparti que le revenu.

Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les inégalités de patrimoine sont plus fortes que les inégalités de revenu et que leur dynamique récente inquiète.

Document 1. Points des courbes de Lorenz du niveau de vie et du patrimoine brut des ménages, France (parts cumulées, en %, données simplifiées).

Part cumulée de la population (%)Niveau de viePatrimoine brut
103,50,1
208,50,5
3014,51,5
4021,54,0
5029,58,0
6038,513,0
7049,020,0
8061,031,0
9076,053,0
100100,0100,0

{ Source : données simplifiées, ordres de grandeur INSEE, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux 2021 et Histoire de vie et patrimoine 2021. Coefficients de Gini correspondants : environ 0,30 pour le niveau de vie, 0,64 pour le patrimoine.}

Document 2. Les travaux de Thomas Piketty et de l'économie des hauts revenus (Les Hauts Revenus en France au XX<sup>e</sup> siècle, 2001 ; Le Capital au XXI<sup>e</sup> siècle, 2013) ont reconstitué sur un siècle la part du revenu et du patrimoine détenue par le sommet de la distribution. À la veille de la Première Guerre mondiale, le 1 % le plus riche percevait environ un cinquième du revenu national et les 10 % les mieux dotés possédaient près de 90 % du patrimoine. Les guerres, l'inflation, la fiscalité progressive et la salarisation ont ensuite fait chuter ces parts : dans les années 1980, le top 1 % ne recevait plus qu'environ 8 % du revenu national. Depuis les années 1990, la tendance s'est inversée : la part du top 1 % est remontée à environ 10 % du revenu, et le patrimoine se reconcentre au sommet, porté par la hausse des prix immobiliers et boursiers et par l'héritage, alors que le rendement du capital dépasse durablement le taux de croissance.

{ Source : d'après T. Piketty, Le Capital au XXI<sup>e</sup> siècle, 2013, et World Inequality Database, ordres de grandeur.}

Corrigé

Introduction. Les inégalités économiques se mesurent sur deux grandeurs : le revenu, flux perçu chaque année, et le patrimoine, stock de biens et d'actifs accumulés. La courbe de Lorenz et le coefficient de Gini permettent de comparer leur concentration. Nous montrerons que le patrimoine est beaucoup plus inégalement réparti que le revenu (I), puis que sa dynamique récente, marquée par une reconcentration au sommet, est préoccupante (II).

I. Le patrimoine est bien plus concentré que le revenu. Affirmation : à chaque niveau de la distribution, la courbe de Lorenz du patrimoine est plus éloignée de la bissectrice que celle du niveau de vie. Explication : le revenu est un flux, que chacun perçoit peu ou prou par son travail ou par les prestations ; le patrimoine est un stock qui s'accumule lentement par l'épargne et surtout se transmet par héritage, de sorte que les jeunes et les ménages modestes ne possèdent presque rien tandis que les patrimoines élevés produisent eux-mêmes des revenus (loyers, dividendes) qui les accroissent ; la redistribution, qui porte sur les revenus, le corrige peu. Illustration : document 1 : les 50 % des personnes les plus modestes perçoivent 29,5 % de la masse des niveaux de vie, mais les 50 % les moins dotés ne détiennent que 8 % du patrimoine ; les 10 % les mieux dotés en possèdent , près de la moitié, contre de la masse des niveaux de vie pour les 10 % les plus aisés. Au point d'abscisse 50 %, la courbe du patrimoine est à 42 points de % sous la bissectrice, celle du revenu à 20,5 points. Les coefficients de Gini le résument : environ 0,30 pour le niveau de vie, 0,64 pour le patrimoine.

II. Depuis les années 1990, la reconcentration du patrimoine inquiète. Affirmation : après un siècle de baisse, les inégalités de revenu se stabilisent et les inégalités de patrimoine remontent. Explication : document 2 : la fiscalité progressive, l'inflation et la salarisation avaient fait chuter au XX<sup>e</sup> siècle la part du sommet ; depuis les années 1990, la part du top 1 % dans le revenu remonte (d'environ 8 % à environ 10 %), et surtout le patrimoine se reconcentre, parce que les prix des actifs (immobilier, actions) augmentent plus vite que les salaires et parce que l'héritage transmet ces écarts : lorsque le rendement du capital dépasse durablement la croissance, les patrimoines existants grossissent plus vite que l'économie. Illustration : document 2 : le 1 % le plus riche percevait un cinquième du revenu national vers 1910 et les 10 % les mieux dotés près de 90 % du patrimoine ; la baisse du XX<sup>e</sup> siècle s'est inversée. Cette dynamique inquiète parce qu'elle menace l'égalité des chances : une société où la position dépend de l'héritage plus que du mérite contredit l'idéal méritocratique, et parce que la redistribution, conçue pour les revenus, y a peu de prise.

Conclusion. Le patrimoine est bien plus inégalement réparti que le revenu, avec un coefficient de Gini deux fois plus élevé, et sa reconcentration depuis trente ans ravive le débat sur la justice sociale : faut-il taxer davantage les héritages et les patrimoines, au risque de la désincitation et de l'exil fiscal, ou accepter des inégalités que le libertarisme juge légitimes dès lors qu'elles procèdent de transferts volontaires ?

Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre

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