Problème — Des pays inégaux face au climat
Exercice de TD · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 12 — Quelle action publique pour l'environnement ?
Énoncé
Problème — Des pays inégaux face au climat.
Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les inégalités entre pays compliquent la coopération internationale en matière de climat.
Document 1. Responsabilités et capacités de quelques grands émetteurs.
| Pays ou zone | CO cumulé | CO par hab. | PIB par hab. |
|---|---|---|---|
| 1850--2021 (%) | 2022 (t) | 2022 (dollars) | |
| États-Unis | 25 | 14,9 | 76 000 |
| Union européenne (27) | 17 | 6,0 | 37 000 |
| Chine | 14 | 8,0 | 12 700 |
| Inde | 3 | 2,0 | 2 400 |
{ Sources : Global Carbon Project, 2023 (part dans le CO d'origine fossile émis depuis 1850, émissions par habitant, données arrondies) ; Banque mondiale, 2023 (PIB par habitant en dollars courants).}
Document 2. Dès la conférence de Rio (1992), les États ont reconnu des « responsabilités communes mais différenciées » : tous doivent agir, mais les pays développés, qui ont émis l'essentiel du CO accumulé dans l'atmosphère et disposent des moyens d'agir, doivent faire davantage et aider les autres. Le protocole de Kyoto (1997) en a tiré une conséquence radicale en n'imposant d'objectifs contraignants qu'aux pays développés : les États-Unis, refusant que la Chine et l'Inde en soient exemptées, ne l'ont jamais ratifié. L'accord de Paris (2015) engage au contraire tous les pays, mais sur des contributions qu'ils fixent eux-mêmes. Les pays en développement, les moins responsables et les plus vulnérables (sécheresses, cyclones, montée des eaux), réclament des financements : les 100 milliards de dollars par an promis en 2009 pour 2020 n'ont été atteints qu'en 2022, et le fonds « pertes et dommages » destiné aux pays les plus touchés n'a été créé qu'à la COP27 de Charm el-Cheikh (2022).
{ Source : d'après le cours, OCDE (2024) et Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.}
Corrigé
Introduction. Le climat est un bien commun mondial : sa protection exige la coopération de tous les États, qu'expose déjà la tentation du passager clandestin. Mais les pays ne sont pas égaux devant le problème : ni par leur responsabilité passée, ni par leurs émissions présentes, ni par leurs moyens, ni par leur exposition aux dommages. Nous montrerons que ces inégalités rendent conflictuel le partage de l'effort (I), puis qu'elles ont façonné, et fragilisé, les accords successifs (II).
I. Des inégalités de responsabilité et de capacité qui rendent conflictuel le partage de l'effort. Affirmation : chaque pays peut invoquer un critère qui l'arrange pour désigner qui doit payer. Explication : si l'on regarde le stock de CO accumulé depuis 1850, ce sont les pays développés qui ont causé le réchauffement ; si l'on regarde les émissions actuelles, les pays émergents dominent ; si l'on regarde les émissions par habitant, les pays riches restent très loin devant ; et si l'on regarde la capacité à payer, elle est inversement liée à la vulnérabilité. Illustration : document 1 : les États-Unis portent 25 % du CO cumulé depuis 1850 et l'Union européenne 17 %, contre 14 % pour la Chine et 3 % pour l'Inde : à eux deux, États-Unis et Union portent du stock, quatorze fois la part de l'Inde. Par habitant, un Américain émet 14,9 tonnes par an, soit fois plus qu'un Européen, avec un PIB par habitant fois supérieur à celui d'un Indien. La Chine, premier émetteur actuel, n'émet par habitant que 8,0 tonnes, un tiers de plus que l'Union européenne (6,0), avec un PIB par habitant trois fois inférieur (). Chacun a donc de bonnes raisons de demander à l'autre de commencer.
II. Des inégalités qui ont façonné et fragilisé les accords internationaux. Affirmation : les accords ont dû arbitrer entre ces critères, au prix de leur efficacité. Explication : le principe des « responsabilités communes mais différenciées » (Rio, 1992) reconnaît les inégalités ; mais sa traduction dans le protocole de Kyoto, qui n'obligeait que les pays développés, a fait fuir les États-Unis, refusant un effort dont la Chine et l'Inde étaient exemptées (document 2) : le passager clandestin s'est nourri de l'inégalité. L'accord de Paris a rétabli l'universalité, mais au prix d'engagements volontaires et sans sanction. Reste la question du financement, où les inégalités se rejouent : les pays en développement, les moins responsables et les plus vulnérables, conditionnent leur effort à l'aide des pays riches. Illustration : document 2 : les 100 milliards de dollars par an promis en 2009 pour 2020 n'ont été réunis qu'en 2022 ; le fonds « pertes et dommages » n'a été créé qu'à la COP27 (2022), trente ans après Rio. Chaque retard alimente la méfiance et retarde les contributions des pays du Sud, tandis que les pays du Nord invoquent la hausse des émissions chinoises pour ne pas aller plus loin.
Conclusion. Les inégalités entre pays, de responsabilité, de niveau de vie et de vulnérabilité, transforment la coopération climatique en conflit sur le partage d'un effort que chacun voudrait voir porter par l'autre : elles expliquent l'échec relatif de Kyoto, la faiblesse de Paris et les querelles sur le financement. Une coopération efficace suppose donc autant une justice entre pays qu'un prix du carbone.
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