Problème — Faut-il protéger les économies nationales de la concurrence internationale ?
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · SES (terminale), chapitre 2 — Quels sont les fondements du commerce international et de l'internationalisation de la production ?
Énoncé
Problème — Faut-il protéger les économies nationales de la concurrence internationale ?
Dissertation. Il est demandé au candidat de répondre à la question posée par le sujet : en construisant une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ; en mobilisant des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ; en composant une introduction, un développement et une conclusion.
Document 1. Commerce mondial de biens et services, en % du PIB mondial (exportations plus importations, données arrondies).
| Année | 1970 | 2000 | 2022 |
|---|---|---|---|
| Commerce mondial (en % du PIB mondial) | 25 | 50 | 60 |
{ Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde, et le cours.}
Document 2. Entre 1991 et 2007, la part des importations en provenance de Chine dans la consommation américaine de produits manufacturés est passée de moins de 1 % à environ 4,6 %. En comparant les bassins d'emploi américains selon leur exposition à cette concurrence, David Autor, David Dorn et Gordon Hanson estiment que la concurrence chinoise explique environ un quart du recul de l'emploi manufacturier des États-Unis entre 1990 et 2007. Les zones les plus exposées ont connu une hausse durable du chômage, une baisse des salaires et une hausse des transferts sociaux : les emplois détruits n'ont pas été remplacés sur place par des emplois dans d'autres secteurs.
{ Source : d'après D. Autor, D. Dorn et G. Hanson, « The China Syndrome », American Economic Review, 2013.}
Document 3. En 2018, les États-Unis ont relevé leurs droits de douane sur l'acier, l'aluminium et sur plusieurs centaines de milliards de dollars d'importations chinoises. Une étude de Mary Amiti, Stephen Redding et David Weinstein montre que ces droits ont été presque intégralement répercutés sur les prix payés par les importateurs et les consommateurs américains, soit environ 3 milliards de dollars de droits supplémentaires payés chaque mois par les importateurs américains, et que la Chine a riposté par des droits sur le soja et d'autres produits américains. Les producteurs d'acier protégés ont gagné, les industries utilisatrices d'acier et les agriculteurs exportateurs ont perdu.
{ Source : d'après M. Amiti, S. Redding et D. Weinstein, « The Impact of the 2018 Tariffs on Prices and Welfare », Journal of Economic Perspectives, 2019.}
Corrigé
Introduction rédigée. Depuis 2018, les États-Unis et la Chine se livrent une guerre commerciale à coups de droits de douane, alors même que le commerce mondial représente près de 60 % du PIB mondial contre 25 % en 1970 (document 1) : le retour du protectionnisme interroge (accroche). Le libre-échange est une politique de suppression des obstacles aux échanges internationaux ; le protectionnisme désigne les mesures (droits de douane, quotas, barrières non tarifaires) qui protègent les producteurs nationaux de la concurrence étrangère (définitions). Si le commerce international procure des gains, ces gains sont des gains moyens : faut-il, pour en protéger les perdants, renoncer à une partie de ces gains (problématique) ? Nous montrerons que le libre-échange est source de gains collectifs qu'une protection générale ferait perdre (I), mais que ses effets redistributifs justifient des protections ciblées et, surtout, des politiques d'accompagnement (II) (annonce du plan).
I. Le libre-échange procure des gains que le protectionnisme ferait perdre.
I.A. La spécialisation selon les avantages comparatifs accroît la production mondiale. Affirmation : chaque pays gagne à se spécialiser là où son coût d'opportunité est le plus faible. Explication : Ricardo (1817) montre que l'échange est un jeu à somme positive, même pour un pays moins efficace en tout ; les dotations factorielles (HOS) et technologiques fondent ces avantages. Illustration : le drap anglais contre le vin portugais ; document 1 : l'ouverture des économies a plus que doublé depuis 1970, accompagnant le décollage des émergents (environ 800 millions de Chinois sortis de l'extrême pauvreté depuis 1980).
I.B. Les consommateurs et les entreprises gagnent en prix, en diversité et en innovation. Affirmation : l'ouverture abaisse les prix et élargit les choix. Explication : concurrence accrue, économies d'échelle sur le marché mondial, différenciation des produits entre pays comparables, diffusion des technologies. Illustration : le commerce intra-branche automobile franco-allemand offre aux consommateurs Renault et Volkswagen ; un smartphone incorpore des composants de dix pays.
I.C. Le protectionnisme a un coût pour ceux qu'il prétend servir. Affirmation : les droits de douane sont payés par les nationaux. Explication : hausse des prix, représailles, rentes improductives, désorganisation des chaînes de valeur. Illustration : document 3 : les droits de 2018 ont été répercutés sur les prix américains (environ 3 milliards de dollars par mois) et la Chine a riposté sur le soja ; les industries utilisatrices d'acier ont perdu ce que les aciéristes ont gagné.
II. Mais les effets redistributifs de l'ouverture justifient des protections ciblées et des politiques d'accompagnement.
II.A. Les gains du commerce sont des gains moyens qui cachent des perdants. Affirmation : l'ouverture fait des gagnants (consommateurs, secteurs exportateurs, qualifiés) et des perdants (travailleurs peu qualifiés des secteurs concurrencés). Explication : la spécialisation détruit des emplois dans les branches sans avantage comparatif, et la mobilité vers les secteurs gagnants n'est ni immédiate ni automatique. Illustration : document 2 : le « choc chinois » explique environ un quart du recul de l'emploi manufacturier américain entre 1990 et 2007 ; dans les bassins exposés, chômage durable et baisse des salaires, sans emplois de remplacement.
II.B. Certaines protections sont économiquement fondées. Affirmation : le protectionnisme peut être légitime s'il est ciblé et temporaire. Explication : protection des industries naissantes (List), des secteurs stratégiques (défense, santé, semi-conducteurs), lutte contre le dumping social ou environnemental, sécurisation des approvisionnements. Illustration : pénuries de masques et de médicaments en 2020 ; mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'Union européenne (2026).
II.C. La vraie réponse aux perdants est l'accompagnement plus que la fermeture. Affirmation : protéger les personnes plutôt que les activités. Explication : formation, reconversion, redistribution des gains des gagnants vers les perdants préservent les gains collectifs tout en corrigeant leur répartition ; le débat contemporain porte sur la régulation de l'échange (clauses sociales et environnementales) plus que sur son principe. Illustration : document 2 montre précisément l'échec de l'ajustement spontané dans les bassins touchés : c'est là que les politiques publiques ont manqué.
Conclusion. Protéger l'économie tout entière de la concurrence internationale ferait perdre les gains de la spécialisation, des économies d'échelle et de la diversité, et les droits de douane se paient à domicile. Mais ces gains sont inégalement répartis, et les perdants de l'ouverture sont concentrés et durables : des protections ciblées et, surtout, des politiques d'accompagnement sont nécessaires. Ouverture : la question se déplace aujourd'hui vers la souveraineté et le climat, qui redessinent les frontières entre protection légitime et protectionnisme.
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