Problème — Gagnants et perdants du commerce international
Application directe du cours · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 2 — Quels sont les fondements du commerce international et de l'internationalisation de la production ?
Énoncé
Problème — Gagnants et perdants du commerce international.
Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le commerce international a des effets redistributifs.
Document 1. Emploi dans l'industrie manufacturière aux États-Unis, en millions de personnes (données arrondies).
| Année | 1979 | 2000 | 2010 | 2019 |
|---|---|---|---|---|
| Emploi manufacturier (en millions) | 19,4 | 17,3 | 11,5 | 12,8 |
{ Source : Bureau of Labor Statistics (BLS), Current Employment Statistics.}
Document 2. Entre 1980 et 2007, l'emploi industriel français est passé d'environ 5,3 millions à 3,4 millions de personnes, soit une perte de 1,9 million d'emplois (36 %). Cette désindustrialisation a plusieurs causes : l'externalisation vers les services de tâches autrefois réalisées dans l'industrie, des gains de productivité plus rapides que la demande de biens industriels, et la concurrence étrangère, dont la contribution aux destructions d'emplois s'est nettement accrue dans les années 2000 avec la montée en puissance des pays émergents. Rapportées aux effectifs, les pertes sont les plus lourdes dans les biens de consommation (habillement, cuir, textile), secteurs de main-d'œuvre peu qualifiée qui ont perdu la moitié de leurs emplois, et dans les territoires qui en dépendaient.
{ Source : d'après L. Demmou, « La désindustrialisation en France », Les Cahiers de la DG Trésor, n° 2010-01, juin 2010.}
Corrigé
Introduction. Le commerce international procure des gains moyens : baisse des prix, diversité, diffusion des technologies. Mais une moyenne cache une répartition : on dit que le commerce a des effets redistributifs lorsqu'il modifie la distribution des revenus et des emplois, faisant des gagnants et des perdants. Nous montrerons que l'ouverture détruit des emplois et des revenus dans les secteurs et les territoires exposés (I), tandis qu'elle en crée ailleurs, ce qui appelle des politiques d'accompagnement (II).
I. L'ouverture fait des perdants : les travailleurs peu qualifiés des secteurs concurrencés par les importations. Affirmation : la spécialisation selon les avantages comparatifs suppose d'abandonner les activités où le pays est relativement moins efficace. Explication : dans les pays développés, ce sont les productions intensives en travail peu qualifié qui reculent face aux pays émergents richement dotés en ce facteur ; les emplois détruits sont concentrés dans quelques secteurs et quelques bassins d'emploi, où les salariés licenciés retrouvent difficilement un emploi équivalent. Illustration : document 1 : aux États-Unis, l'emploi manufacturier est passé de 17,3 millions en 2000 à 11,5 millions en 2010, soit une baisse d'environ un tiers ( %) en dix ans, la décennie qui suit l'entrée de la Chine dans l'OMC (2001) : la concurrence chinoise, le « choc chinois », explique une part importante de ce recul (environ un quart selon les travaux d'Autor, Dorn et Hanson), le reste tenant aux gains de productivité et à la crise de 2008. Document 2 : en France, l'industrie a perdu 1,9 million d'emplois entre 1980 et 2007 (36 %), la contribution de la concurrence étrangère à ces pertes s'est accrue dans les années 2000, et les secteurs de main-d'œuvre peu qualifiée (habillement, cuir, textile) ont perdu la moitié de leurs effectifs.
II. Mais l'ouverture fait aussi des gagnants, et la répartition des gains appelle des politiques d'accompagnement. Affirmation : les consommateurs, les secteurs exportateurs, les travailleurs qualifiés des pays développés et les industries des pays émergents gagnent à l'échange. Explication : les consommateurs paient moins cher les biens importés ; les secteurs à avantage comparatif (aéronautique, luxe, pharmacie en France ; haut de gamme en Allemagne) exportent davantage et rémunèrent mieux leurs salariés qualifiés ; en Chine, l'industrialisation par l'exportation a sorti environ 800 millions de personnes de l'extrême pauvreté depuis 1980. Comme les gains sont diffus (quelques euros économisés par chaque consommateur) et les pertes concentrées (des usines entières), les perdants sont plus visibles et mieux organisés que les gagnants. Illustration : document 1 : l'emploi manufacturier américain a cessé de baisser après 2010 (12,8 millions en 2019), mais les emplois recréés ne sont pas dans les mêmes territoires ni pour les mêmes personnes ; document 2 souligne que la désindustrialisation tient aussi à l'externalisation vers les services et aux gains de productivité, qui bénéficient à l'économie dans son ensemble. D'où les politiques d'accompagnement évoquées dans le cours : formation, reconversion, redistribution d'une partie des gains des gagnants vers les perdants.
Conclusion. Le commerce international enrichit les pays en moyenne, mais il redistribue emplois et revenus : des travailleurs peu qualifiés des secteurs et des territoires exposés vers les consommateurs, les secteurs exportateurs et les pays émergents. Ces effets redistributifs, concentrés et durables, expliquent que le débat sur le libre-échange porte aujourd'hui moins sur son principe que sur l'accompagnement de ses perdants.
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