Problème — La fragmentation de la chaîne de valeur mondiale
Exercice de TD · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 2 — Quels sont les fondements du commerce international et de l'internationalisation de la production ?
Énoncé
Problème — La fragmentation de la chaîne de valeur mondiale.
Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la fragmentation de la chaîne de valeur mondiale par les firmes multinationales s'appuie sur les avantages comparatifs des territoires et répartit inégalement la valeur ajoutée entre eux.
Document 1. Répartition du prix de vente d'un iPhone (2010) selon le bénéficiaire, en % du prix de vente (données arrondies).
| Bénéficiaire | Part (en %) |
|---|---|
| Apple (conception, logiciel, marque --- États-Unis) | 58,5 |
| Coût des matières premières et des composants | 21,9 |
| Profits des fournisseurs de composants coréens | 4,7 |
| Profits des autres fournisseurs (Japon, Taïwan, UE, États-Unis) | 4,5 |
| Travail d'assemblage en Chine | 1,8 |
| Travail hors de Chine | 3,5 |
| Non identifié | 5,1 |
| Total | 100 |
{ Source : d'après K. Kraemer, G. Linden et J. Dedrick, Capturing Value in Global Networks: Apple's iPad and iPhone, 2011 (iPhone 4 ; arrondis, total ramené à 100).}
Document 2. Les firmes multinationales organisent la production à l'échelle du monde. Elles implantent des filiales à l'étranger par l'investissement direct à l'étranger (IDE), dont les flux mondiaux ont atteint environ 1 300 milliards de dollars en 2022, ou confient des étapes de production à des sous-traitants indépendants. Elles localisent chaque étape là où elle coûte le moins ou se fait le mieux : la conception près des universités et des ingénieurs, la fabrication des composants dans les pays disposant de la technologie, l'assemblage là où le travail est abondant et bon marché, la vente près des consommateurs. Résultat : environ un tiers du commerce mondial se fait entre filiales d'une même firme, et la moitié porte sur des biens intermédiaires qui traversent plusieurs frontières avant d'atteindre le produit final.
{ Source : d'après CNUCED, World Investment Report 2023, et le cours.}
Corrigé
Introduction. Un smartphone « assemblé en Chine » incorpore des composants coréens, japonais et américains et une conception californienne. La chaîne de valeur mondiale est cette décomposition internationale du processus de production, organisée par les firmes multinationales au moyen de l'investissement direct à l'étranger et de la sous-traitance. Nous montrerons que cette fragmentation localise chaque étape selon les avantages comparatifs des territoires (I), puis qu'elle répartit très inégalement la valeur ajoutée entre eux (II).
I. Les firmes multinationales localisent chaque étape selon les avantages comparatifs des territoires. Affirmation : la fragmentation applique le raisonnement de Ricardo non plus à des biens mais à des étapes de production. Explication : chaque étape est intensive dans un facteur différent (conception en travail très qualifié, assemblage en travail peu qualifié, composants en capital et en technologie) ; les firmes multinationales, par l'IDE (filiales) ou la sous-traitance (externalisation), placent chaque étape dans le pays qui dispose de la dotation factorielle ou technologique correspondante, en tenant compte aussi de l'accès aux marchés et des coûts de transport. Illustration : document 2 : la conception va près des ingénieurs, l'assemblage là où le travail est abondant et bon marché ; les flux d'IDE ont atteint environ 1 300 milliards de dollars en 2022, un tiers du commerce mondial est intra-firme et la moitié porte sur des biens intermédiaires. Document 1 : l'iPhone est conçu aux États-Unis, ses composants viennent de Corée, du Japon et de Taïwan, il est assemblé en Chine.
II. Cette fragmentation répartit très inégalement la valeur ajoutée. Affirmation : la valeur se concentre aux deux extrémités de la chaîne, l'amont (recherche, design, brevets) et l'aval (marque, distribution), et fuit le milieu (assemblage) : c'est la « courbe du sourire ». Explication : les étapes de conception et de marque sont difficiles à imiter et protégées par des brevets, ce qui confère un pouvoir de marché ; l'assemblage, lui, est une tâche standardisée que de nombreux pays peuvent réaliser, donc mise en concurrence et faiblement rémunérée. Un pays peut ainsi peser lourd dans le volume produit et peu dans la valeur captée. Illustration : document 1 : selon Kraemer, Linden et Dedrick, Apple capte 58,5 % du prix d'un iPhone au titre de la conception, du logiciel et de la marque, alors que le travail d'assemblage en Chine n'en reçoit que 1,8 %, soit environ 32 fois moins ; les fournisseurs coréens de composants (écrans, mémoires) en obtiennent 4,7 %, plus que les assembleurs, parce qu'ils détiennent une technologie. La Chine, qui « exporte » l'iPhone, n'en capte donc qu'une part infime : son excédent commercial en valeur ajoutée est bien plus faible que son excédent en valeur brute.
Conclusion. La chaîne de valeur mondiale est la forme actuelle de la spécialisation internationale : les firmes multinationales découpent la production et en distribuent les étapes selon les avantages comparatifs des territoires, mais la valeur ajoutée reste concentrée là où se trouvent la technologie et la marque. Cette inégalité explique pourquoi les pays émergents cherchent à « remonter » la chaîne de valeur, comme la Corée du Sud l'a fait du textile aux semi-conducteurs, et pourquoi la compétitivité hors prix compte autant que les coûts.
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