Les effets ambivalents des institutions du marché du travail
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · SES (terminale), chapitre 3 — Comment lutter contre le chômage ?
Énoncé
Les effets ambivalents des institutions du marché du travail.
Mobilisation de connaissances. Montrez que les institutions du marché du travail ont des effets ambivalents sur le chômage.
On attend une réponse structurée en trois paragraphes AEI (affirmation, explication, illustration), portant successivement sur le salaire minimum, sur la protection de l'emploi et sur l'assurance chômage, chacun montrant l'effet protecteur et l'effet possible sur le chômage. Vous terminerez en indiquant ce que dit le débat empirique.
Corrigé
Le salaire minimum protège les bas revenus mais peut renchérir le travail peu qualifié au-delà de sa productivité. Affirmation : le SMIC est une institution à double effet. Explication : il garantit un plancher de revenu, ce qui limite la pauvreté laborieuse et soutient la demande globale (les bas revenus consomment l'essentiel de ce qu'ils gagnent) ; mais si le coût du travail qu'il impose dépasse la productivité des salariés les moins qualifiés, les entreprises renoncent à les embaucher ou substituent du capital au travail : le chômage des peu qualifiés augmente. Illustration : c'est pour rapprocher le coût du travail de la productivité que la France exonère de cotisations sociales les bas salaires depuis 1993 ; en Allemagne, le salaire minimum n'a été introduit qu'en 2015.
La protection de l'emploi sécurise les salariés en place mais peut freiner les embauches. Affirmation : le droit du licenciement a des effets opposés sur les insiders et les outsiders. Explication : des coûts de licenciement élevés protègent ceux qui ont un emploi et leur permettent d'investir dans des compétences propres à l'entreprise ; mais ils rendent l'embauche en CDI risquée pour l'employeur, qui préfère les contrats courts ou renonce à embaucher : le marché du travail se dualise entre un noyau de CDI protégés et une périphérie de CDD et d'intérim, où se concentrent jeunes et peu qualifiés. Illustration : les ordonnances de 2017 (plafonnement des indemnités prud'homales, accords d'entreprise) visaient à lever ce frein, au risque d'accroître la précarité.
L'assurance chômage protège contre la perte de revenu mais peut réduire l'intensité de la recherche d'emploi. Affirmation : l'indemnisation a un effet ambivalent sur la durée du chômage. Explication : elle maintient le revenu et la demande, et elle améliore l'appariement en laissant au chômeur le temps de chercher un emploi adapté à ses qualifications plutôt que d'accepter le premier venu ; mais une indemnisation généreuse et longue peut, par aléa moral, relever le salaire en dessous duquel le chômeur refuse un emploi et allonger la durée du chômage. Illustration : les réformes successives de l'assurance chômage en France (durcissement des conditions d'ouverture des droits, durée d'indemnisation modulée selon la conjoncture) reposent sur ce diagnostic.
Ce que dit le débat empirique. L'ampleur de ces effets est discutée : David Card et Alan Krueger ont montré, en comparant l'emploi des restaurants rapides du New Jersey et de Pennsylvanie après la hausse du salaire minimum du New Jersey en 1992, qu'un salaire minimum modéré n'a pas d'effet négatif mesurable sur l'emploi ; et le chômage est reparti à la hausse dans toute l'Europe après 2008 quelles que soient les institutions nationales, signe que celles-ci n'expliquent pas tout. Les institutions modulent le chômage structurel ; elles n'en sont ni la cause unique ni le remède unique.
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