Problème — Les causes structurelles du chômage
Exercice de TD · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 3 — Comment lutter contre le chômage ?
Énoncé
Problème — Les causes structurelles du chômage.
Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le chômage structurel s'explique par des problèmes d'appariement et par des asymétries d'information sur le marché du travail.
Document 1. Difficultés de recrutement et taux de chômage en France.
| Année | 2017 | 2019 | 2022 | 2023 |
|---|---|---|---|---|
| Projets de recrutement jugés difficiles (en %) | 37,5 | 50,1 | 57,9 | 61,0 |
| Taux de chômage BIT (en % des actifs) | 9,4 | 8,4 | 7,3 | 7,3 |
{ Sources : France Travail (ex-Pôle emploi), enquête Besoins en main-d'œuvre ; INSEE, enquête Emploi. Données arrondies.}
Document 2. Pourquoi une entreprise paierait-elle ses salariés plus que le salaire auquel elle pourrait les recruter ? Parce qu'elle ne peut pas observer en permanence l'effort de chacun. Carl Shapiro et Joseph Stiglitz montrent qu'un salaire supérieur au salaire d'équilibre rend la perte de l'emploi coûteuse pour le salarié, qui est alors incité à travailler consciencieusement sans surveillance permanente ; il attire aussi les candidats les plus productifs et réduit les démissions. Mais si toutes les entreprises raisonnent ainsi, le salaire moyen s'établit au-dessus du niveau qui équilibrerait le marché, et une partie des demandeurs d'emploi, prêts à travailler pour moins, ne trouve pas de poste : le chômage involontaire devient un élément permanent de l'équilibre.
{ Source : d'après C. Shapiro et J. Stiglitz, « Equilibrium Unemployment as a Worker Discipline Device », American Economic Review, 1984.}
Corrigé
Introduction. Le chômage structurel est la composante durable du chômage, liée au fonctionnement même du marché du travail : il subsiste quand la conjoncture est bonne. En France, alors que le taux de chômage est revenu à 7,3 % en 2023, les employeurs n'ont jamais eu autant de mal à recruter. Nous montrerons que ce paradoxe tient d'abord à des problèmes d'appariement entre offres et demandes de travail (I), puis que les asymétries d'information entre employeurs et salariés maintiennent les salaires au-dessus du niveau d'équilibre (II).
I. Le chômage structurel s'explique par des problèmes d'appariement. Affirmation : chômeurs et emplois vacants coexistent parce que les uns ne correspondent pas aux autres. Explication : l'appariement est défaillant quand les compétences des chômeurs ne correspondent pas aux besoins des entreprises (inadéquation des qualifications : pénuries dans le bâtiment, la santé, le numérique) ou quand les emplois ne sont pas là où sont les chômeurs (inadéquation géographique, aggravée par le coût de la mobilité résidentielle). Sur la courbe de Beveridge, cette dégradation se lit comme un déplacement vers l'extérieur : pour un même taux de chômage, davantage d'emplois restent vacants. Illustration : document 1 : entre 2017 et 2023, le taux de chômage recule de 9,4 % à 7,3 % (soit 2,1 points de moins) tandis que la part des projets de recrutement jugés difficiles passe de 37,5 % à 61,0 % (+23,5 points) : les employeurs peinent à pourvoir six postes sur dix alors qu'il reste plus de deux millions de chômeurs, et 300 000 à 400 000 emplois sont vacants. Le chômage qui subsiste ne tient donc pas seulement à un manque de postes : il tient aussi à un défaut de rencontre entre postes et candidats.
II. Les asymétries d'information maintiennent le salaire au-dessus du niveau qui équilibrerait le marché. Affirmation : le chômage peut être involontaire et durable même sans salaire minimum ni rigidité réglementaire. Explication : l'employeur observe mal l'effort et la productivité de ses salariés (asymétrie d'information). La théorie du salaire d'efficience montre qu'il a alors intérêt à payer au-dessus du salaire d'équilibre : la perte d'un emploi bien payé étant coûteuse, le salarié fournit l'effort attendu, les meilleurs candidats sont attirés et fidélisés. Ce salaire élevé est rationnel pour chaque entreprise, mais généralisé il fixe le salaire moyen au-dessus du niveau qui égaliserait offre et demande de travail : des chômeurs prêts à travailler pour moins ne sont pas embauchés, car baisser le salaire réduirait l'effort. Illustration : document 2 : pour Shapiro et Stiglitz (1984), la menace du chômage est précisément ce qui discipline les salariés en poste ; le chômage involontaire est un « élément permanent de l'équilibre ». Cela explique qu'une partie des chômeurs du document 1 reste sans emploi alors qu'elle accepterait un salaire plus bas : les entreprises ne baissent pas leurs salaires pour les embaucher, car ce serait relâcher l'effort de leurs salariés en place.
Conclusion. Le chômage structurel résulte de la rencontre défaillante entre offres et demandes de travail, par inadéquation des qualifications et des lieux, et de la rationalité des employeurs qui, faute d'information sur l'effort, paient au-dessus de l'équilibre. Ces deux causes appellent des politiques spécifiques, formation et mobilité pour l'appariement, et non des politiques de soutien de la demande. Les institutions du marché du travail, aux effets ambivalents, en sont une troisième cause possible.
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