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Problème — Suffit-il de soutenir la demande globale pour lutter contre le chômage ?

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · SES (terminale), chapitre 3 — Comment lutter contre le chômage ?

Énoncé

Problème — Suffit-il de soutenir la demande globale pour lutter contre le chômage ?

Dissertation. Il est demandé au candidat de répondre à la question posée par le sujet : en construisant une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ; en mobilisant des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ; en composant une introduction, un développement et une conclusion.

Document 1. Nombre de contrats d'apprentissage signés dans le secteur privé en France, en milliers (données arrondies).

Année2017201920212023
Contrats d'apprentissage (en milliers)295369733852

{ Source : DARES, L'apprentissage en 2023, 2024. Depuis 2019, l'apprentissage est ouvert jusqu'à 29 ans ; depuis 2020, une aide exceptionnelle à l'embauche d'apprentis est versée aux employeurs.}

Document 2. Face à la récession de 2009 (PIB en baisse d'environ 2,9 %, environ 400 000 emplois détruits), la France a adopté un plan de relance d'environ 26 milliards d'euros (investissements publics, aides aux entreprises et aux ménages) tandis que la Banque centrale européenne abaissait son taux directeur de 4,25 % à 1 % entre octobre 2008 et mai

  1. En 2020, face à une chute du PIB d'environ 7,5 %, l'État a financé l'activité partielle de plus de 8 millions de salariés au printemps, puis un plan « France Relance » de 100 milliards d'euros : le taux de chômage n'a pas augmenté (8,0 % en 2020 contre 8,4 % en 2019). Mais après 2009, le chômage a continué de monter jusqu'à 10,4 % en 2015 avant de redescendre lentement (8,4 % en 2019, contre 7,4 % en 2008) ; après 2020, il est revenu dès 2022 à 7,3 %, sans jamais passer sous 7 %.

{ Source : d'après INSEE, comptes nationaux et enquête Emploi ; DARES ; BCE.}

Document 3. L'Allemagne est passée d'environ 11 % de chômage en 2005 à environ 3 % en 2019. Les réformes Hartz (2003--2005) — flexibilisation, création des « mini-jobs », durcissement de l'indemnisation du chômage — y ont contribué, de même que la modération salariale négociée entre syndicats et employeurs et la spécialisation industrielle haut de gamme. Revers de la médaille : le développement d'un segment d'emplois à bas salaires et la hausse de la pauvreté laborieuse, illustration de l'arbitrage entre quantité et qualité de l'emploi.

{ Source : d'après le cours et Eurostat.}

Corrigé

Introduction rédigée. En 2020, l'État français a payé une partie du salaire de plus de 8 millions de personnes pour éviter que la chute de la production ne se transforme en vague de licenciements ; le chômage n'a pas augmenté (document 2). Mais dès que la reprise l'a ramené autour de 7 %, il a cessé de baisser (accroche). Le chômage, au sens du BIT, désigne la situation des personnes sans emploi, disponibles et en recherche active ; la demande globale est la somme de la consommation, de l'investissement et des exportations, et la soutenir consiste à stimuler ces débouchés par la politique budgétaire ou monétaire (définitions). Ce soutien est-il la réponse au chômage, ou seulement à l'une de ses composantes (problématique) ? Nous montrerons que le soutien de la demande globale est nécessaire contre le chômage conjoncturel, dans certaines limites (I), mais qu'il est inopérant contre le chômage structurel, qui appelle des politiques agissant sur le fonctionnement du marché du travail (II) (annonce du plan).

I. Soutenir la demande globale est nécessaire contre le chômage conjoncturel, mais dans certaines limites.

I.A. Une insuffisance de la demande globale crée du chômage quel que soit le niveau des salaires. Affirmation : le chômage conjoncturel, ou keynésien, naît d'un manque de débouchés. Explication : quand consommation, investissement et exportations fléchissent, les entreprises réduisent la production et l'emploi ; baisser les salaires ne créerait pas de demande. Illustration : document 2 : la récession de 2009 ( de PIB) a détruit environ 400 000 emplois ; le chômage a bondi dans toute l'Europe après 2008.

I.B. Les politiques budgétaire et monétaire de soutien de la demande réduisent ce chômage. Affirmation : relancer la demande rétablit les débouchés et l'emploi. Explication : dépenses publiques, baisses d'impôts, aides aux ménages et baisse des taux d'intérêt (crédit, investissement) soutiennent la demande. Illustration : document 2 : plan de relance de 26 milliards d'euros en 2009, taux directeur de la BCE ramené de 4,25 % à 1 % ; en 2020, activité partielle et « France Relance » (100 milliards) ont empêché la hausse du chômage malgré une chute du PIB d'environ 7,5 %.

I.C. Mais ce soutien a des limites. Affirmation : la relance est contrainte et ne suffit pas. Explication : elle creuse la dette publique ; dans une économie ouverte, une relance isolée « fuit » en importations ; elle peut nourrir l'inflation ; surtout, elle ne fait pas baisser le chômage en dessous de son niveau structurel. Illustration : document 2 : malgré la relance de 2009, le chômage français a continué de monter jusqu'en 2015 et n'est jamais revenu à son niveau de 2008 ; après 2020, il s'est arrêté à 7,3 % ; document 3 : l'Allemagne est à 3 % avec la même conjoncture européenne.

II. Contre le chômage structurel, il faut agir sur le fonctionnement du marché du travail.

II.A. Améliorer l'appariement par la formation. Affirmation : une part du chômage coexiste avec des emplois vacants. Explication : inadéquations de qualifications et géographiques (300 000 à 400 000 emplois vacants en France) ; la courbe de Beveridge s'est déplacée vers l'extérieur ; la formation initiale et continue et l'apprentissage rapprochent les compétences des besoins. Illustration : document 1 : les contrats d'apprentissage sont passés de 295 000 en 2017 à 852 000 en 2023 (multipliés par 2,9), grâce à l'ouverture jusqu'à 29 ans et aux aides à l'embauche.

II.B. Abaisser le coût du travail peu qualifié et assouplir les institutions. Affirmation : les institutions du marché du travail ont des effets ambivalents. Explication : si le coût du travail dépasse la productivité des moins qualifiés, ils ne sont pas embauchés, d'où les exonérations de cotisations sur les bas salaires depuis 1993 ; une protection de l'emploi trop rigide dualise le marché (CDI/CDD), d'où les politiques de flexibilisation (ordonnances de 2017). Illustration : document 3 : les réformes Hartz ont contribué à ramener le chômage allemand de 11 % à 3 %.

II.C. Ces politiques structurelles ont elles aussi leurs limites et leurs arbitrages. Affirmation : réduire le chômage peut dégrader la qualité de l'emploi. Explication : allègements de cotisations et flexibilisation peuvent enfermer dans des « trappes à bas salaires » et accroître la précarité ; l'aléa moral de l'indemnisation est réel mais un salaire minimum modéré a peu d'effet sur l'emploi (Card et Krueger). Illustration : document 3 : mini-jobs, segment d'emplois à bas salaires et pauvreté laborieuse en Allemagne : arbitrage entre quantité et qualité de l'emploi.

Conclusion. Soutenir la demande globale est indispensable quand le chômage est conjoncturel : 2009 et 2020 le montrent. Mais ce soutien ne fait pas reculer le chômage en dessous de sa composante structurelle, qui exige d'agir sur l'appariement, le coût du travail et les institutions, au prix d'arbitrages sur la qualité de l'emploi. La lutte contre le chômage suppose donc d'abord un diagnostic sur sa nature. Ouverture : dans une économie où le vieillissement raréfie la main-d'œuvre, la question pourrait se déplacer du manque d'emplois au manque de candidats.

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