Le ratio de solvabilité, un coussin contre les pertes
Exercice de TD · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 4 — Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?
Énoncé
Le ratio de solvabilité, un coussin contre les pertes.
Le ratio de solvabilité rapporte les fonds propres d'une banque (l'argent apporté par ses actionnaires et ses bénéfices conservés) à ses actifs pondérés par les risques (ses crédits et titres, comptés d'autant plus qu'ils sont risqués). Les accords de Bâle III (2010) imposent un ratio d'au moins 10,5 % et un ratio de levier (fonds propres rapportés au total des actifs, sans pondération) d'au moins 3 %.
| Bilan simplifié (en milliards d'euros) | Banque Alpha | Banque Bêta |
|---|---|---|
| Total des actifs | 400 | 400 |
| Actifs pondérés par les risques | 250 | 250 |
| Fonds propres | 30 | 10 |
{ Source : données simplifiées, construites sur les règles de Bâle III.}
Question 1. Calculez le ratio de solvabilité et le ratio de levier de chaque banque. Laquelle respecte Bâle III ?
Question 2. Une récession fait perdre à chacune 15 milliards d'euros sur ses crédits (les actifs pondérés diminuent d'autant). Calculez les nouveaux fonds propres et le nouveau ratio de solvabilité. Que devient chaque banque ?
Question 3. Avant 2008, la banque Lehman Brothers avait un levier d'environ 30 (30 dollars d'actifs pour 1 dollar de fonds propres). Quelle perte, en % de ses actifs, suffisait à l'anéantir ? À l'aide de vos connaissances, expliquez pourquoi les régulateurs imposent ces ratios et quelle en est la limite.
Corrigé
Question 1. Ratio de solvabilité fonds propres / actifs pondérés 100 ; ratio de levier fonds propres / total des actifs 100.
- Alpha : solvabilité ; levier .
- Bêta : solvabilité ; levier .
Alpha respecte Bâle III (12 % 10,5 % et 7,5 % 3 %) ; Bêta ne respecte ni l'un ni l'autre des deux seuils.
Question 2. Une perte de 15 milliards est absorbée par les fonds propres.
- Alpha : fonds propres ; actifs pondérés ; ratio . Alpha reste solvable (ses fonds propres sont positifs, elle peut rembourser ses déposants) mais passe sous le seuil de 10,5 % : elle doit se recapitaliser (émettre des actions, conserver ses bénéfices) ou réduire ses crédits, ce qui contribue au credit crunch.
- Bêta : fonds propres . Ses actifs ne couvrent plus ses dettes : elle est insolvable, en faillite, sauf recapitalisation par l'État.
La même perte, dans le même environnement, épargne une banque et détruit l'autre : la différence tient uniquement à l'épaisseur du coussin de fonds propres.
Question 3. Avec un levier de 30, les fonds propres représentent des actifs : une perte de seulement 3,3 % de la valeur des actifs suffit à les anéantir. C'est ce qui a emporté Lehman Brothers le 15 septembre 2008 : ses pertes sur les titres adossés aux crédits subprimes ont dépassé ce seuil et plus personne n'a voulu lui prêter. Les régulateurs imposent des ratios pour que les banques puissent absorber leurs pertes sans faire faillite ni entraîner les autres dans une faillite en chaîne (risque systémique), et pour que le coût d'une crise pèse d'abord sur les actionnaires plutôt que sur les déposants ou le contribuable. Limites : un ratio protège contre des pertes modérées, non contre une panique qui force à vendre les actifs en catastrophe ; les banques peuvent sous-estimer les risques pondérés ou déplacer leurs activités vers des acteurs moins régulés (banque de l'ombre) ; et des fonds propres plus élevés renchérissent le crédit.
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