Adloun

Problème — Le prêteur en dernier ressort, remède et aléa moral

Application directe du cours · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 4 — Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?

Énoncé

Problème — Le prêteur en dernier ressort, remède et aléa moral.

Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que l'intervention des pouvoirs publics en cas de crise financière limite la contagion mais engendre un aléa moral.

Document 1. Principales interventions publiques lors de la crise financière de 2008.

InterventionDateMontant
Sauvetage de l'assureur AIG par la Fed16 sept. 200885 Md\</td></tr><tr style=""><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">Plan TARP de recapitalisation (États-Unis)</td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">3 oct. 2008</td><td style="text-align:right;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">700 Md\
Garantie et recapitalisation des banques (France)16 oct. 2008360 Md€
Prêt à un an de la BCE aux banques24 juin 2009442 Md€

{ Sources : Réserve fédérale, Trésor américain, loi de finances rectificative du 16 octobre 2008, BCE. Md\$ : milliards de dollars ; Md€ : milliards d'euros.}

Document 2. Le 15 septembre 2008, les autorités américaines laissent la banque d'affaires Lehman Brothers faire faillite, refusant d'engager l'argent public pour une banque qui avait pris des risques inconsidérés. Dès le lendemain, le marché interbancaire se paralyse : plus aucune banque ne veut prêter à une autre, de peur qu'elle ne soit la prochaine à tomber, et le taux auquel les banques se prêtent bondit. Le 16 septembre, les mêmes autorités sauvent l'assureur AIG, dont la faillite aurait entraîné celle de dizaines de banques qu'il assurait. La leçon retenue par les marchés est claire : une institution assez grande et assez interconnectée ne sera pas abandonnée. Depuis, les banques dites « systémiques » sont soumises à une surveillance renforcée et à des exigences de fonds propres supplémentaires.

{ Source : d'après le rapport de la Financial Crisis Inquiry Commission, 2011, et le cours.}

Corrigé

Introduction. Lorsqu'une crise financière éclate, la banque centrale agit en prêteur en dernier ressort : elle fournit sans limite des liquidités aux banques solvables mais illiquides, et l'État peut recapitaliser ou nationaliser les banques insolvables. Ce filet de sécurité est indispensable pour briser la contagion, mais il crée un aléa moral : se sachant secourus, les acteurs financiers sont incités à prendre davantage de risques. Nous montrerons que l'intervention publique enraye les faillites en chaîne (I), puis qu'elle nourrit l'aléa moral, ce qui impose de la coupler à une régulation exigeante (II).

I. L'intervention publique limite la contagion. Affirmation : sans prêteur en dernier ressort, une panique se propage de banque en banque jusqu'à l'effondrement du crédit. Explication : les banques se prêtent entre elles et détiennent les mêmes actifs ; quand la défiance s'installe, chacune garde ses liquidités, le marché interbancaire se fige, et même les banques saines ne peuvent plus se refinancer. En prêtant massivement et en garantissant les dettes bancaires, la banque centrale et l'État rétablissent la confiance : les déposants et les créanciers n'ont plus de raison de fuir. Illustration : document 2 : le lendemain de la faillite de Lehman Brothers (15 septembre 2008), plus aucune banque ne voulait prêter à une autre ; le sauvetage d'AIG dès le 16 septembre (85 milliards de dollars, document 1) a évité que sa faillite n'entraîne des dizaines de banques. Le plan TARP de 700 milliards de dollars (3 octobre 2008), le plan français de 360 milliards d'euros de garanties et de recapitalisation (16 octobre 2008) et le prêt à un an de 442 milliards d'euros de la BCE (24 juin 2009) ont progressivement rouvert le crédit. À l'inverse, en 1930--1933, la Fed avait laissé environ 9 000 banques faire faillite, et la crise s'était transformée en Grande Dépression.

II. Mais ce sauvetage engendre un aléa moral qui appelle une régulation exigeante. Affirmation : l'assurance d'être secouru modifie les comportements. Explication : l'aléa moral désigne la prise de risque accrue d'un agent qui sait qu'il ne supportera pas les conséquences de ses actes. Une banque « trop grande pour faire faillite » peut prêter et spéculer davantage, ses créanciers ne la surveillent plus puisque l'État paiera, et les profits restent privés tandis que les pertes sont socialisées. Le sauvetage d'aujourd'hui prépare ainsi la crise de demain. Illustration : document 2 : en laissant tomber Lehman puis en sauvant AIG le lendemain, les autorités ont enseigné aux marchés qu'une institution assez grande et interconnectée ne serait pas abandonnée. C'est pourquoi le sauvetage est couplé à une régulation prudentielle renforcée : les banques systémiques sont soumises à une surveillance spéciale et à des fonds propres supplémentaires (Bâle III, 2010), les actionnaires et certains créanciers doivent désormais absorber les pertes avant le contribuable, et la BCE supervise directement les grandes banques de la zone euro depuis 2014.

Conclusion. Le prêteur en dernier ressort et les plans de sauvetage ont empêché la crise de 2008 de devenir une nouvelle Grande Dépression, mais au prix d'un aléa moral qui incite les banques à prendre plus de risques. La régulation financière consiste précisément à tenir ensemble ces deux exigences : secourir en cas de panique, et rendre le secours le moins probable et le moins gratuit possible.

Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre

Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.