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Problème — Paniques bancaires et faillites en chaîne

Application directe du cours · niveau 1 (application) · SES (terminale), chapitre 4 — Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?

Énoncé

Problème — Paniques bancaires et faillites en chaîne.

Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez comment une panique bancaire se déclenche et se propage à l'ensemble du système financier.

Document 1. Le 14 septembre 2007, des files d'attente se forment devant les agences de Northern Rock, cinquième banque britannique de crédit immobilier : la veille, la presse a révélé qu'elle avait demandé une aide d'urgence à la Banque d'Angleterre, faute de pouvoir se refinancer sur des marchés paralysés par la crise des subprimes. En trois jours, les clients retirent environ 2 milliards de livres, près d'un dixième des dépôts : c'est la première ruée sur une banque britannique depuis 1866. La panique ne cesse que lorsque le gouvernement annonce, le 17 septembre, qu'il garantit la totalité des dépôts ; la banque est nationalisée le 17 février 2008.

{ Source : d'après Banque d'Angleterre et Parlement britannique, The run on the Rock, 2008.}

Document 2. Nombre de faillites de banques aux États-Unis, d'après la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), organisme fédéral de garantie des dépôts.

Année200720082009201020112012
Faillites bancaires3251401579251

{ Source : FDIC, Failed Bank List.}

Corrigé

Introduction. Les banques transforment des dépôts exigibles à tout moment en crédits à long terme : elles sont structurellement illiquides. Cette fragilité les expose à la panique bancaire (bank run), ruée des déposants qui veulent retirer leurs fonds avant les autres. Nous montrerons qu'une panique se déclenche comme une prophétie autoréalisatrice (I), puis qu'elle se propage de banque en banque par des faillites en chaîne (II).

I. Une panique bancaire est une prophétie autoréalisatrice. Affirmation : il suffit que les déposants croient leur banque en danger pour qu'elle le soit. Explication : une banque ne détient en caisse qu'une petite partie des dépôts, le reste étant prêté à long terme. Si un doute apparaît, à tort ou à raison, chaque déposant a intérêt à retirer ses fonds avant que la caisse ne soit vide ; tous font de même, la banque doit vendre ses actifs en urgence et à perte, et fait faillite : la panique valide la croyance qui l'a déclenchée. Le comportement est mimétique et rationnel à la fois. Illustration : document 1 : le 14 septembre 2007, il a suffi que la presse révèle la demande d'aide de Northern Rock pour que les clients retirent 2 milliards de livres en trois jours, près d'un dixième des dépôts, alors que la banque n'était pas insolvable mais illiquide ; seule la garantie totale des dépôts par le gouvernement, le 17 septembre, a arrêté la ruée. C'est précisément pour supprimer ce motif que l'Union européenne garantit 100 000 euros par déposant.

II. La panique se propage au système financier par les faillites en chaîne. Affirmation : la faillite d'une banque en entraîne d'autres. Explication : les banques se prêtent entre elles sur le marché interbancaire et détiennent les mêmes actifs. Quand l'une fait défaut, ses créancières subissent des pertes ; quand elle brade ses actifs, leur prix baisse pour toutes ; et les déposants des autres banques, voyant la première tomber, se mettent à douter des suivantes. La défiance devient générale, chaque banque garde ses liquidités, le marché interbancaire se fige : c'est le risque systémique, que seule la banque centrale peut briser en prêtant en dernier ressort. Illustration : document 2 : selon la FDIC, les faillites bancaires américaines sont passées de 3 en 2007 à 25 en 2008, puis 140 en 2009 et 157 en 2010, soit 465 faillites en cinq ans (2008--2012) : la chute des prix immobiliers et des titres adossés aux subprimes s'est propagée de proche en proche, et la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, a paralysé le marché interbancaire mondial. En 1930--1933, sans garantie des dépôts, environ 9 000 banques américaines avaient disparu dans des vagues de paniques.

Conclusion. Une panique bancaire naît d'une croyance qui se réalise elle-même et se propage par les liens entre banques jusqu'à menacer tout le système. La garantie des dépôts prévient la ruée des déposants, comme l'a montré la différence entre 1933 et 2008 ; mais les faillites en chaîne par le marché interbancaire exigent en outre un prêteur en dernier ressort et des fonds propres suffisants.

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