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Ce qu'un pays perd en adoptant l'euro

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · SES (terminale), chapitre 5 — Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?

Énoncé

Ce qu'un pays perd en adoptant l'euro.

Mobilisation de connaissances. Montrez que l'adhésion à la zone euro prive un État membre de deux instruments de politique économique, puis expliquez pourquoi cette perte est coûteuse lorsque le pays subit un choc asymétrique.

On attend une réponse structurée en trois paragraphes AEI (affirmation, explication, illustration), mobilisant les notions de politique monétaire unique, d'ajustement par le taux de change, de choc asymétrique et de dévaluation interne, et s'appuyant sur des exemples datés tirés de l'histoire de la zone euro.

Corrigé

Premier instrument perdu : la politique monétaire. Affirmation : en adoptant l'euro, un État renonce à fixer ses propres taux d'intérêt. Explication : la politique monétaire est conduite par la BCE, indépendante, pour l'ensemble de la zone, avec un objectif principal, la stabilité des prix (inflation de 2 % à moyen terme). Le taux directeur est donc unique : il est calibré sur la situation moyenne de la zone, et non sur celle de chaque membre. Un pays en récession ne peut plus baisser ses taux pour relancer le crédit ; un pays en surchauffe ne peut plus les relever. Illustration : dans les années 2000, des taux bas convenaient à une Allemagne atone, mais ils ont alimenté des bulles immobilières en Espagne et en Irlande, que ces pays ne pouvaient freiner par une hausse de leurs propres taux.

Second instrument perdu : l'ajustement par le taux de change. Affirmation : un membre de la zone euro ne peut plus dévaluer sa monnaie. Explication : avant l'euro, un pays frappé par une perte de compétitivité ou une crise pouvait laisser sa monnaie se déprécier : ses exportations devenaient moins chères, ses importations plus coûteuses, et la demande se redirigeait vers sa production. Avec une monnaie commune, cette soupape disparaît : le seul moyen de retrouver de la compétitivité est la dévaluation interne, c'est-à-dire la baisse des salaires et des prix, beaucoup plus lente et douloureuse, car elle passe par le chômage. Illustration : la Grèce a perdu environ 25 % de son PIB entre 2008 et 2016, avec un chômage dépassant 25 % en 2013, là où une dévaluation de la drachme aurait absorbé une partie du choc.

Pourquoi cette double perte coûte cher face à un choc asymétrique. Affirmation : la perte des deux instruments est supportable tant que les conjonctures nationales évoluent ensemble, mais elle devient très coûteuse lors d'un choc asymétrique, qui ne frappe qu'un ou quelques membres. Explication : la politique monétaire unique ne réagit pas à un choc qui ne concerne qu'une partie de la zone, et le change ne peut plus l'absorber ; il ne reste que la politique budgétaire nationale, elle-même encadrée par le pacte de stabilité (3 % de déficit, 60 % de dette) et limitée par l'endettement. Dans une fédération comme les États-Unis, un budget fédéral et la mobilité des travailleurs amortissent les chocs régionaux ; la zone euro n'a ni l'un (budget de l'UE d'environ 1 % du PIB) ni vraiment l'autre. Illustration : l'éclatement de la bulle immobilière espagnole en 2008 et la crise de la dette grecque en 2010 ont été des chocs asymétriques que les pays touchés ont payés en chômage et en austérité, jusqu'à ce que des mécanismes nouveaux soient créés : Mécanisme européen de stabilité (2012), engagement de la BCE de faire « tout ce qu'il faudra » (juillet 2012), puis emprunt commun NextGenerationEU (2020). Ces réponses montrent que la monnaie unique appelle une solidarité budgétaire que le traité n'avait pas prévue ; en contrepartie de ces pertes, rappelons que l'euro supprime le risque de change et offre des taux d'intérêt durablement bas.

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