Problème — La crise des dettes souveraines, révélateur des lacunes de…
Application directe du cours · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 5 — Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?
Énoncé
Problème — La crise des dettes souveraines, révélateur des lacunes de l'union monétaire.
Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la crise de la zone euro (2010--2015) a révélé les lacunes de l'union monétaire et conduit à la réformer.
Document 1. Taux d'intérêt des emprunts d'État à dix ans (moyennes annuelles, en %).
| Pays | 2010 | 2012 | 2014 |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 2,7 | 1,5 | 1,2 |
| Espagne | 4,3 | 5,9 | 2,7 |
| Italie | 4,0 | 5,5 | 2,9 |
| Grèce | 9,1 | 22,5 | 6,9 |
{ Source : Eurostat, taux d'intérêt à long terme (critère de convergence), données arrondies. Le taux grec a dépassé 30 % en séance au premier trimestre 2012.}
Document 2. Après 2008, déficits et dettes explosent dans toute la zone euro. La défiance des marchés se concentre d'abord sur la Grèce, dont le déficit réel est révélé à 15 % du PIB fin 2009, puis gagne l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie : les investisseurs découvrent qu'un État de la zone euro peut faire faillite, car il emprunte dans une monnaie qu'il ne contrôle pas et qu'aucun mécanisme de secours n'a été prévu par les traités. Les banques, gorgées de titres publics de leur propre pays, vacillent avec lui. Les réponses sont construites dans l'urgence : plans d'aide conditionnés à l'austérité, création du Mécanisme européen de stabilité (2012, capital de 700 milliards d'euros), engagement de Mario Draghi de faire « tout ce qu'il faudra » (juillet 2012), union bancaire (2014) puis achats massifs de titres par la BCE (2015).
{ Source : d'après le cours.}
Corrigé
Introduction. Créée en 1999, l'union monétaire européenne reposait sur une politique monétaire unique et des budgets nationaux simplement encadrés ; elle ne prévoyait ni budget commun, ni mécanisme de secours, ni supervision bancaire européenne. La crise des dettes souveraines de 2010--2015 a mis ces manques en pleine lumière. Nous montrerons que la crise a révélé les lacunes de l'architecture de la zone euro (I), puis qu'elle a conduit à des réformes qui restent inachevées (II).
I. Une crise qui révèle les lacunes de l'union monétaire. Affirmation : la crise a montré qu'une monnaie sans solidarité budgétaire ni supervision commune est fragile. Explication : un État de la zone euro emprunte dans une monnaie qu'il n'émet pas (document 2) ; il ne peut ni dévaluer ni compter sur sa banque centrale, et les traités n'avaient prévu aucun mécanisme de sauvetage. Dès que la défiance s'installe, les taux d'emprunt s'envolent, ce qui alourdit la dette et confirme la défiance : la crise se nourrit d'elle-même et se propage de pays en pays. Les banques nationales, détentrices de titres publics, tombent avec leur État et réciproquement. Illustration : document 1 : selon Eurostat, la Grèce empruntait à dix ans à 9,1 % en moyenne en 2010 et à 22,5 % en 2012, avec une pointe au-delà de 30 %, quand l'Allemagne empruntait à 1,5 % : un écart de 21 points entre deux pays partageant la même monnaie. L'Espagne (5,9 %) et l'Italie (5,5 %) payaient près de quatre fois plus que l'Allemagne. La zone euro menaçait d'éclater.
II. Des réformes construites dans l'urgence, mais inachevées. Affirmation : la crise a forcé la zone euro à se doter des instruments qui lui manquaient. Explication : le Mécanisme européen de stabilité (2012) crée un fonds capable de prêter aux États en difficulté ; la BCE, par l'engagement de juillet 2012 puis les achats de titres de 2015, se pose en garante de l'euro et fait retomber les taux ; l'union bancaire (2014) transfère la supervision des grandes banques à la BCE pour rompre le lien entre banques et États. Illustration : document 1 : après le « tout ce qu'il faudra », le taux espagnol retombe de 5,9 % en 2012 à 2,7 % en 2014, l'italien de 5,5 % à 2,9 %, le grec de 22,5 % à 6,9 % : la crédibilité de la BCE a suffi à ramener le calme. Mais ces réformes restent incomplètes : les plans d'aide ont imposé une austérité procyclique (la Grèce a perdu environ 25 % de son PIB entre 2008 et 2016), il n'existe toujours pas de budget fédéral, et il a fallu attendre la pandémie de 2020 pour qu'un premier emprunt commun, NextGenerationEU (750 milliards d'euros), soit lancé.
Conclusion. La crise de 2010--2015 a révélé qu'une union monétaire sans prêteur en dernier ressort, sans solidarité budgétaire et sans supervision commune était vulnérable à la défiance des marchés. MES, engagement de la BCE, union bancaire et achats de titres ont comblé une partie de ces lacunes, mais l'absence de fédéralisme budgétaire demeure, et avec elle le débat sur l'avenir de la zone euro.
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