Problème — Une politique monétaire unique pour des conjonctures divergentes
Exercice de TD · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 5 — Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?
Énoncé
Problème — Une politique monétaire unique pour des conjonctures divergentes.
Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que l'hétérogénéité des conjonctures nationales rend difficile la conduite d'une politique monétaire unique dans la zone euro.
Document 1. Conjonctures nationales dans la zone euro en 2024.
| Pays (2024) | Croissance du PIB | Inflation (IPCH) | Taux de chômage |
|---|---|---|---|
| (en volume, en %) | (en %) | (en %) | |
| Allemagne | 0,0 | 2,5 | 3,5 |
| France | 1,5 | 2,3 | 7,4 |
| Italie | 0,8 | 1,1 | 6,5 |
| Espagne | 3,5 | 2,9 | 11,4 |
| Grèce | 2,1 | 3,0 | 10,1 |
| Pays-Bas | 1,1 | 3,2 | 3,7 |
| Zone euro | 1,2 | 2,4 | 6,4 |
{ Source : Eurostat, séries révisées, extraction de 2026.}
Document 2. Le taux d'intérêt fixé à Francfort est le même de Lisbonne à Helsinki. Or les économies de la zone ne vivent pas au même rythme. Dans les années 2000, des taux bas convenaient à une Allemagne en stagnation, qui digérait sa réunification ; mais en Espagne et en Irlande, où la croissance était forte, ces mêmes taux ont nourri un crédit immobilier débridé et des bulles qui ont éclaté en 2008. Lorsqu'un choc ne frappe qu'une partie de la zone, la banque centrale ne réagit pas, et le pays touché ne peut plus dévaluer sa monnaie : il ne lui reste que la baisse des salaires et des prix, la « dévaluation interne », qui passe par le chômage. En 2022 encore, la même hausse des taux a été appliquée à la France, où l'inflation atteignait 5,9 %, et à l'Estonie, où elle dépassait 19 %.
{ Source : d'après le cours et Eurostat, 2023.}
Corrigé
Introduction. Vingt et un pays partagent aujourd'hui l'euro, et donc une seule politique monétaire, conduite par la BCE avec pour objectif une inflation de 2 %. Mais les conjonctures nationales, c'est-à-dire l'état de la croissance, de l'inflation et du chômage à un moment donné, restent différentes d'un pays à l'autre. Nous montrerons que le taux directeur unique est mal adapté à des situations divergentes (I), puis que cette inadéquation engendre des déséquilibres coûteux, faute d'ajustement par le change (II).
I. Un taux unique pour des situations qui divergent. Affirmation : la politique monétaire est calibrée sur la moyenne de la zone, alors qu'aucun pays n'est dans la moyenne. Explication : la BCE fixe un taux directeur unique en fonction de l'inflation de la zone (2,4 % en 2024, proche de la cible) ; or un pays en récession aurait besoin de taux plus bas pour relancer le crédit, tandis qu'un pays en forte croissance ou en inflation aurait besoin de taux plus élevés. Illustration : document 1 : en 2024, selon Eurostat, le PIB de l'Allemagne stagne (0,0 %) alors que celui de l'Espagne progresse de 3,5 %, soit un écart de 3,5 points ; le chômage va de 3,5 % en Allemagne à 11,4 % en Espagne (7,9 points d'écart) ; l'inflation va de 1,1 % en Italie, sous la cible, à 3,2 % aux Pays-Bas, au-dessus. Le taux qui convient à une Allemagne à l'arrêt ne convient ni aux Pays-Bas, où l'inflation persiste, ni à l'Espagne en forte expansion.
II. Une inadéquation qui nourrit les déséquilibres et se paie en chômage. Affirmation : un taux inadapté aggrave les divergences au lieu de les corriger, et les chocs asymétriques ne trouvent plus d'amortisseur. Explication : des taux trop bas pour un pays en expansion y gonflent le crédit et les prix des actifs ; des taux trop élevés pour un pays en crise y prolongent la récession. Avant l'euro, une dévaluation permettait d'absorber un choc national ; désormais, l'ajustement passe par la dévaluation interne, baisse des salaires et des prix obtenue par le chômage, et par une politique budgétaire elle-même encadrée par le pacte de stabilité. Illustration : document 2 : dans les années 2000, les taux bas adaptés à une Allemagne atone ont alimenté des bulles immobilières en Espagne et en Irlande, dont l'éclatement en 2008 a été un choc asymétrique ; la Grèce a perdu environ 25 % de son PIB entre 2008 et 2016 ; en 2022, la même hausse de taux a frappé la France (5,9 % d'inflation) et l'Estonie (plus de 19 %), soit un écart de plus de 13 points.
Conclusion. Parce que les conjonctures nationales divergent, la politique monétaire unique est toujours trop restrictive pour les uns et trop accommodante pour les autres, et la perte du taux de change prive les pays touchés par un choc de leur amortisseur traditionnel. C'est pourquoi la zone euro a dû inventer d'autres mécanismes (Mécanisme européen de stabilité, emprunt commun de 2020) et pourquoi le débat sur un fédéralisme budgétaire reste ouvert.
Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre
Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.