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Problème — La moyennisation de la société française en débat

Application directe du cours · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 6 — Comment est structurée la société française actuelle ?

Énoncé

Problème — La moyennisation de la société française en débat.

Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la thèse de la moyennisation de la société française est aujourd'hui discutée.

Document 1. Niveau de vie médian selon la catégorie socioprofessionnelle, indice base 100 pour les ouvriers à chaque date (données simplifiées).

Catégorie (indice, ouvriers = 100)197019902020
Cadres250180175
Professions intermédiaires150130125
Employés110105105
Ouvriers100100100

{ Source : données simplifiées, ordres de grandeur INSEE ; l'écart de 2020 (cadres supérieurs d'environ 75 % aux ouvriers) est celui du cours.}

Document 2. Pour Louis Chauvel, la moyennisation a été un moment, non une loi. Depuis les années 1980, la mobilité sociale se replie, les inégalités de patrimoine se re-creusent (les 10 % de ménages les mieux dotés détiennent près de la moitié du patrimoine total), les classes populaires subissent la précarisation de l'emploi (intérim, temps partiel subi, chômage) et la ségrégation résidentielle et scolaire sépare les groupes sociaux dans l'espace. Les distances inter-classes se re-creusent donc, même si la conscience de classe reste faible : un peu plus de la moitié des Français déclarent appartenir à une classe sociale, le plus souvent « moyenne ». Le mouvement des Gilets jaunes (2018) a toutefois rappelé la vivacité des clivages sociaux et territoriaux.

{ Source : d'après le cours et Louis Chauvel, Les Classes moyennes à la dérive, 2006.}

Corrigé

Introduction. La thèse de la moyennisation, formulée par Henri Mendras dans les années 1980, soutient que les Trente Glorieuses ont réduit les distances inter-classes et accru les distances intra-classes, donnant à la société française la forme d'une « toupie » gonflée en son centre. Nous montrerons que cette thèse s'appuie sur un rapprochement réel des conditions d'existence (I), mais que les évolutions observées depuis les années 1980 conduisent les tenants d'un « retour des classes » à la contester (II).

I. Un rapprochement réel des conditions d'existence pendant les Trente Glorieuses. Affirmation : les distances inter-classes ont fortement diminué entre 1950 et 1980. Explication : la hausse générale du niveau de vie, la diffusion de la consommation de masse, la salarisation et l'extension de la protection sociale ont rapproché les modes de vie ; dans le même temps, la diversification des situations au sein de chaque classe a accru les distances intra-classes, et l'identification subjective aux classes s'est affaiblie au profit de l'individualisation. Illustration : document 1 : selon ces données simplifiées, le niveau de vie médian des cadres représentait 2,5 fois celui des ouvriers en 1970 et 1,8 fois en 1990 : l'écart relatif a été divisé par près de deux en vingt ans ; les professions intermédiaires passent de 150 à 130. Document 2 : un peu plus de la moitié des Français seulement déclarent appartenir à une classe sociale, le plus souvent « moyenne », ce qui confirme l'affaiblissement de la conscience de classe.

II. Mais depuis les années 1980, la moyennisation est contestée. Affirmation : les distances inter-classes ne diminuent plus et se re-creusent sur plusieurs plans. Explication : pour Louis Chauvel, le ralentissement de la croissance, la précarisation de l'emploi et le retour du patrimoine comme source d'inégalités ont interrompu le rapprochement ; la ségrégation résidentielle et scolaire inscrit les classes dans l'espace. Il en résulte des classes « en soi », objectivement séparées, mais sans classe « pour soi », faute de conscience commune. Illustration : document 1 : entre 1990 et 2020, l'indice des cadres ne passe que de 180 à 175 et celui des employés reste à 105 : le rapprochement s'est arrêté, et l'écart de 75 % entre cadres et ouvriers demeure considérable. Document 2 : les 10 % de ménages les mieux dotés détiennent près de la moitié du patrimoine ; la précarisation frappe les classes populaires ; les Gilets jaunes de 2018 ont rappelé la vivacité des clivages sociaux et territoriaux. On peut ajouter que les inégalités de santé restent massives (6 ans d'espérance de vie à 35 ans entre hommes cadres et ouvriers) et que la ségrégation scolaire reproduit les positions.

Conclusion. La moyennisation décrit bien le rapprochement des conditions d'existence des Trente Glorieuses et l'affaiblissement de la conscience de classe ; mais depuis les années 1980, la stagnation des écarts de revenu, le re-creusement des inégalités de patrimoine et la ségrégation spatiale donnent des arguments à la thèse du retour des classes. Le débat porte finalement sur la définition retenue : classes objectives « en soi », qui persistent, ou classes conscientes « pour soi », qui se sont effacées.

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