Problème — Filles et garçons à l'École : réussite et orientation
Application directe du cours · niveau 1 (application) · SES (terminale), chapitre 7 — Quelle est l'action de l'École sur les destins individuels et sur l'évolution de la société ?
Énoncé
Problème — Filles et garçons à l'École : réussite et orientation.
Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les parcours scolaires des filles et des garçons diffèrent.
Document 1. Part des femmes parmi les étudiants selon la formation, 2022 (en %).
| Formation (2022) | Part des femmes (en %) |
|---|---|
| Ensemble des étudiants | 56 |
| Classes préparatoires aux grandes écoles | 41 |
| Écoles d'ingénieurs | 30 |
| Formations d'informatique | 18 |
| Formations paramédicales et sociales | 84 |
{ Source : DEPP-SIES, Repères et références statistiques 2023, données arrondies ; la part en informatique est l'ordre de grandeur donné par le cours.}
Document 2. Les filles réussissent mieux que les garçons à tous les niveaux de la scolarité : elles redoublent moins, obtiennent de meilleures notes et le taux de réussite au baccalauréat est d'environ 86 % pour elles contre 81 % pour eux. Pourtant, elles ne s'orientent pas vers les mêmes filières. Dès la petite enfance, jouets, encouragements et attentes des parents comme des enseignants diffèrent : on attend des filles qu'elles soient soigneuses et à l'écoute, des garçons qu'ils soient audacieux et compétitifs. Ces socialisations différenciées façonnent des goûts et une confiance en soi inégale dans les matières scientifiques, si bien qu'à notes égales en mathématiques, les filles choisissent moins souvent les spécialités et les filières scientifiques et techniques, qui sont pourtant les plus rentables sur le marché du travail.
{ Source : d'après le cours et Marie Duru-Bellat, L'École des filles, 1990.}
Corrigé
Introduction. Le genre est, avec l'origine sociale, un facteur majeur de différenciation des parcours scolaires. Mais il agit de façon paradoxale : les filles réussissent mieux, et pourtant leurs parcours ne les conduisent pas aux mêmes places que les garçons. Nous montrerons que les filles réussissent mieux que les garçons (I) mais qu'elles s'orientent différemment, sous l'effet de socialisations différenciées (II).
I. Les filles réussissent mieux que les garçons. Affirmation : à tous les niveaux, les filles obtiennent de meilleurs résultats scolaires. Explication : la socialisation des filles valorise l'application, le soin et la conformité aux attentes de l'adulte, qualités que l'École récompense ; celle des garçons tolère davantage l'agitation et la contestation de l'autorité, sources de sanctions et de retard scolaire. Illustration : document 2 : les filles redoublent moins, obtiennent de meilleures notes, et leur taux de réussite au baccalauréat est d'environ 86 % contre 81 % pour les garçons, soit un écart de 5 points ; document 1 : elles sont majoritaires parmi les étudiants (56 %) et très majoritaires dans les formations paramédicales et sociales (84 %).
II. Mais elles s'orientent différemment, vers des filières moins rentables. Affirmation : à résultats égaux ou supérieurs, les filles choisissent moins les filières scientifiques et techniques les plus valorisées. Explication : les socialisations différenciées selon le genre (jouets, encouragements, attentes des parents et des enseignants) construisent des goûts et une confiance en soi inégale dans les matières scientifiques, et l'orientation reproduit les stéréotypes : aux filles le soin, les lettres, le social ; aux garçons la technique et l'informatique. Ces choix ont des conséquences durables, car les filières scientifiques et techniques mènent aux emplois les mieux rémunérés : l'orientation scolaire prépare les écarts de salaires et de carrières entre femmes et hommes. Illustration : document 1 : en 2022, selon la DEPP, les femmes ne représentent que 41 % des élèves de classes préparatoires, 30 % des élèves ingénieurs et 18 % des étudiants en informatique, contre 84 % des étudiants des formations paramédicales et sociales : un écart de 66 points entre ces deux dernières filières ; document 2 : à notes égales en mathématiques, les filles choisissent moins souvent les spécialités scientifiques.
Conclusion. Les parcours scolaires des filles et des garçons diffèrent doublement : par la réussite, à l'avantage des filles, et par l'orientation, à leur désavantage. Cette ségrégation des filières, produit de socialisations différenciées, montre que la démocratisation scolaire n'a pas aboli les inégalités de genre : elle les a déplacées vers le choix des études, où se préparent les inégalités professionnelles.
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