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Problème — L'École assure-t-elle l'égalité des chances ?

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · SES (terminale), chapitre 7 — Quelle est l'action de l'École sur les destins individuels et sur l'évolution de la société ?

Énoncé

Problème — L'École assure-t-elle l'égalité des chances ?

Dissertation. Il est demandé au candidat de répondre à la question posée par le sujet : en construisant une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ; en mobilisant des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ; en composant une introduction, un développement et une conclusion.

Document 1. Insertion professionnelle trois ans après la sortie du système éducatif, selon le diplôme (données simplifiées).

Plus haut diplôme obtenuTaux de chômageSalaire net médian
(en %)(euros par mois)
Sans diplôme ou brevet301 300
CAP, BEP201 450
Baccalauréat151 500
Bac+2 (BTS, DUT)101 650
Bac+5 et plus (master, écoles)92 400

{ Source : données simplifiées, ordres de grandeur Céreq (enquête Génération 2017, interrogation 2020) et INSEE ; salaires en équivalent temps plein.}

Document 2. L'École se donne pour neutre : mêmes programmes, mêmes épreuves, mêmes règles pour tous. Mais la culture qu'elle transmet et qu'elle évalue, le langage qu'elle attend, les références qu'elle suppose acquises sont ceux des classes cultivées. Les enfants qui les ont reçus dans leur famille, par imprégnation, sans effort apparent, paraissent doués ; les autres, qui doivent tout apprendre, paraissent lents ou peu motivés. En traitant également des élèves inégalement dotés, l'École ne fait pas qu'entériner les inégalités : elle les convertit en verdicts scolaires, et ces verdicts, parce qu'ils semblent ne récompenser que le mérite, sont acceptés par ceux-là mêmes qu'ils défavorisent.

{ Source : d'après Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers, 1964, et La Reproduction, 1970.}

Document 3. En 1950, moins de 5 % d'une génération obtenait le baccalauréat ; plus de 80 % aujourd'hui, et près de la moitié un diplôme du supérieur. Le collège unique (1975), l'objectif de « 80 % d'une génération au niveau du bac » (1985) et la création du baccalauréat professionnel (1985) ont ouvert l'École à tous. Pour compenser les inégalités de départ, la République a multiplié les dispositifs : zones d'éducation prioritaire (1981) devenues réseaux d'éducation prioritaire, bourses, dédoublement des classes de CP et de CE1 (2017), conventions d'ouverture sociale des grandes écoles. Pourtant, 78 % des enfants de cadres obtiennent un baccalauréat général contre 35 % des enfants d'ouvriers, et les classes préparatoires comptent plus de la moitié d'enfants de cadres (54 %) pour 7 % d'enfants d'ouvriers.

{ Source : d'après le cours et DEPP, Repères et références statistiques, 2023.}

Corrigé

Introduction rédigée. Chaque année, la publication des résultats du baccalauréat célèbre une réussite individuelle ; mais derrière les 80 % de bacheliers d'une génération, les enfants de cadres et les enfants d'ouvriers n'ont ni les mêmes séries ni les mêmes suites (accroche). L'égalité des chances est le principe selon lequel les positions sociales doivent être distribuées selon le mérite, talents et efforts, et non selon la naissance : c'est l'idéal méritocratique du modèle républicain, qui confie à l'École, gratuite, obligatoire et anonyme dans ses épreuves, le soin de le réaliser. Or, si la massification scolaire a ouvert l'École à tous, l'origine sociale et le genre continuent de peser sur les parcours. L'École parvient-elle à neutraliser les inégalités de naissance, ou ne fait-elle que les transformer en inégalités de diplômes, d'autant plus décisives que le diplôme commande l'emploi (problématique) ? Nous montrerons que l'École a réellement élargi les chances de tous et se dote d'instruments pour égaliser (I), mais qu'elle reproduit et légitime des inégalités qui restent largement sociales (II) (annonce du plan).

I. L'École a élargi les chances de tous et cherche à les égaliser.

I.A. La massification a produit une démocratisation quantitative. Affirmation : tous les milieux accèdent bien davantage aux études qu'il y a cinquante ans. Explication : le collège unique, l'objectif des 80 % et le baccalauréat professionnel ont allongé la scolarité de tous, et d'abord des enfants des classes populaires, autrefois exclus du secondaire long. Illustration : document 3 : moins de 5 % d'une génération obtenait le baccalauréat en 1950, plus de 80 % aujourd'hui ; et, d'après les panels d'élèves de la DEPP, environ deux enfants d'ouvriers sur trois sont désormais bacheliers, contre environ un sur deux parmi les élèves entrés en sixième en 1995.

I.B. Des principes méritocratiques et des politiques compensatoires. Affirmation : l'École républicaine s'est donné les moyens formels de l'égalité des chances. Explication : gratuité, anonymat des copies, concours et bourses garantissent une égalité formelle ; conscients que cette égalité ne suffit pas, les pouvoirs publics ont ajouté des politiques qui donnent plus à ceux qui ont moins. Illustration : document 3 : éducation prioritaire depuis 1981, dédoublement des classes de CP et de CE1 en 2017, conventions d'ouverture sociale des grandes écoles ; ces dispositifs ont des résultats réels, quoique modestes.

II. Mais l'École reproduit et légitime des inégalités qui restent sociales.

II.A. Le capital culturel fait de l'École un lieu de reproduction. Affirmation : l'École récompense des dispositions héritées autant que l'effort. Explication : pour Bourdieu et Passeron, la culture scolaire est celle des classes cultivées ; les enfants dotés d'un fort capital culturel y sont « comme des poissons dans l'eau », les autres doivent tout apprendre, et l'égalité de traitement d'élèves inégaux perpétue les écarts. Illustration : document 2 : l'École « convertit » les inégalités sociales en verdicts scolaires ; document 3 : 78 % des enfants de cadres contre 35 % des enfants d'ouvriers obtiennent un baccalauréat général.

II.B. Les choix des familles déplacent les inégalités vers les filières. Affirmation : la démocratisation est ségrégative. Explication : pour Boudon, à réussite égale, les familles populaires s'auto-sélectionnent vers des filières courtes jugées sûres, tandis que les familles favorisées investissent (options, établissements, cours particuliers) pour viser les filières prestigieuses ; les socialisations de genre détournent de même les filles des filières scientifiques les plus rentables. Illustration : document 3 : 54 % d'enfants de cadres et 7 % d'enfants d'ouvriers en classes préparatoires ; et, d'après le cours, les filles, qui réussissent mieux au baccalauréat, ne forment qu'environ 30 % des élèves ingénieurs.

II.C. L'emprise du diplôme et la méritocratie rendent ces inégalités durables et acceptées. Affirmation : les inégalités scolaires deviennent des inégalités de destin, légitimées par l'idée de mérite. Explication : en France, le diplôme est un passeport décisif pour l'emploi, ce qui élève l'enjeu scolaire et nourrit l'inflation des titres (Marie Duru-Bellat, L'Inflation scolaire, 2006) ; et parce que le verdict scolaire semble ne récompenser que le mérite, les perdants s'en attribuent la faute. Illustration : document 1 : trois ans après la sortie du système éducatif, le taux de chômage des non-diplômés (30 %) est environ trois fois celui des diplômés de bac+5 (9 %), et leur salaire médian inférieur d'environ 46 % (1 300 euros contre 2 400, soit un écart de 85 % en faveur des diplômés) ; document 2 : les verdicts scolaires sont acceptés par ceux-là mêmes qu'ils défavorisent.

Conclusion. L'École a élargi les chances de tous, mais elle n'assure pas l'égalité des chances : la démocratisation est restée quantitative et ségrégative, le capital culturel et les stratégies familiales reproduisent les écarts, et l'emprise du diplôme transforme ces écarts en inégalités durables que la méritocratie légitime. Ouverture : faut-il alors, comme le suggèrent les critiques de la méritocratie, réduire les inégalités de situations entre les diplômes plutôt que poursuivre seulement l'égalité des chances d'y accéder ?

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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.