Adloun

L'école, instrument de mobilité et vecteur de reproduction

Exercice de TD · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 8 — Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ?

Énoncé

L'école, instrument de mobilité et vecteur de reproduction.

Mobilisation de connaissances. Montrez que l'école est à la fois un facteur de mobilité sociale et un facteur de reproduction sociale.

On attend une réponse en trois paragraphes AEI (affirmation, explication, illustration), mobilisant les notions de massification, de capital culturel et de paradoxe d'Anderson, et citant les auteurs (Pierre Bourdieu, Raymond Boudon) avec exactitude.

Corrigé

L'école est le principal canal de la mobilité sociale. Affirmation : dans une société où le diplôme commande l'accès aux positions qualifiées, l'école est le premier instrument de la mobilité ascendante. Explication : les places de cadres et de professions intermédiaires, qui ont plus que doublé en une génération, sont attribuées sur titre scolaire ; la massification de l'enseignement (environ un quart d'une génération obtenait le baccalauréat au début des années 1980, environ 80 % aujourd'hui) a ouvert ces titres aux enfants des classes populaires. Illustration : sur 100 fils d'employés ou d'ouvriers, une douzaine sont cadres et près d'un quart sont professions intermédiaires (enquêtes FQP) ; presque tous le sont devenus par le diplôme, non par l'héritage d'une entreprise ou d'un patrimoine.

Mais la réussite scolaire est elle-même socialement conditionnée. Affirmation : l'école transforme les inégalités sociales en inégalités scolaires, puis en inégalités de position. Explication : pour Pierre Bourdieu, l'école valorise le capital culturel (langage, culture légitime, rapport au savoir) que les familles des classes supérieures transmettent dès la petite enfance ; les enfants des classes populaires y sont désavantagés sans que l'institution ait besoin de les exclure. Pour Raymond Boudon, ce sont les stratégies familiales qui diffèrent : à résultats égaux, une famille modeste juge le coût et le risque des études longues plus élevés et leur bénéfice plus incertain, et choisit des filières plus courtes. Illustration : à 35--59 ans, un fils de cadre a environ quatre fois plus de chances d'être cadre qu'un fils d'ouvrier, et cet écart passe pour l'essentiel par l'écart de diplôme ; le diplôme de la mère est l'un des meilleurs prédicteurs de la réussite des enfants.

Enfin, le diplôme ne suffit pas à garantir la position. Affirmation : l'école n'est qu'un facteur parmi d'autres, et son rendement diminue. Explication : la multiplication des diplômés a été plus rapide que celle des emplois qualifiés, si bien qu'un diplôme donné « rapporte » aujourd'hui une position inférieure à celle qu'il procurait à la génération précédente : c'est le paradoxe d'Anderson (1961), source de déclassement scolaire. À diplôme égal, les ressources familiales (capital économique pour financer une installation, capital social pour trouver un stage ou un emploi) font la différence. Illustration : à diplôme de master équivalent, les enfants de cadres accèdent plus souvent et plus vite aux postes de cadres que les enfants d'ouvriers. L'école ouvre donc la voie de la mobilité, mais elle ne l'ouvre pas également à tous, et elle ne conduit pas seule au bout du chemin.

Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre

Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.