Adloun

Mobilité observée, mobilité structurelle, fluidité : trois mesures pour une même table

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · SES (terminale), chapitre 8 — Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ?

Énoncé

Mobilité observée, mobilité structurelle, fluidité : trois mesures pour une même table.

On reprend la table de mobilité en effectifs à données simplifiées : 1 000 hommes de 35 à 59 ans, groupe du père en ligne, groupe du fils en colonne (ordres de grandeur des enquêtes FQP de l'INSEE).

Père / fils CadreProf. interm.Empl.-ouvrierIndép.Total
Cadre4726198100
Profession intermédiaire38505012150
Employé ou ouvrier6613231438550
Indépendant20409050200
Total1712484731081 000

{ Source : données simplifiées, ordres de grandeur INSEE, enquêtes FQP.}

Question 1. Calculez le taux d'immobilité (part des fils appartenant au même groupe que leur père) puis le taux de mobilité observée. Pourquoi ce dernier est-il inférieur aux « deux tiers » que donnent les enquêtes FQP ?

Question 2. Calculez la répartition en % des pères, puis celle des fils, entre les quatre groupes. La mobilité structurelle est la part des fils qui ont nécessairement changé de groupe du seul fait que la structure des emplois a changé ; on la mesure par la somme des écarts positifs (en points de %) entre la répartition des fils et celle des pères. Calculez-la, puis déduisez-en la mobilité nette (mobilité observée moins mobilité structurelle).

Question 3. Un fils de cadre a 47 chances sur 100 d'être cadre et 19 sur 100 d'être employé ou ouvrier ; un fils d'employé ou d'ouvrier a respectivement 12 et 57 chances sur

  1. Calculez, pour chaque origine, le rapport entre ces deux chances (la « cote » d'être cadre plutôt qu'employé ou ouvrier), puis le rapport de ces deux cotes (odds ratio). Formulez en une phrase ce que mesure ce nombre.

Question 4. À l'aide de vos résultats, expliquez pourquoi la mobilité observée peut augmenter d'une génération à l'autre sans que la fluidité sociale progresse.

Corrigé

Question 1. Les immobiles sont sur la diagonale : , soit un taux d'immobilité de et un taux de mobilité observée de . Ce taux est inférieur aux deux tiers des enquêtes FQP parce que la table ne compte que quatre groupes au lieu des six PCS de l'INSEE : un fils d'ouvrier devenu employé, ou un fils d'artisan devenu agriculteur, est ici compté comme immobile. Plus les catégories sont larges, plus la mobilité mesurée est faible.

Question 2. Pères : cadres , professions intermédiaires 15 %, employés-ouvriers 55 %, indépendants 20 %. Fils : cadres , professions intermédiaires 24,8 %, employés-ouvriers 47,3 %, indépendants 10,8 %. Écarts fils moins pères : , , et points. La mobilité structurelle vaut la somme des écarts positifs, points (les écarts négatifs somment bien à ), soit une mobilité structurelle de 16,9 % : au moins 16,9 % des fils ont dû changer de groupe parce que les places de cadres et de professions intermédiaires se sont multipliées tandis que celles d'employés-ouvriers et d'indépendants fondaient. Mobilité nette : . Près d'un tiers de la mobilité observée () ne doit donc rien à l'ouverture de la société.

Question 3. Cote d'un fils de cadre : : il a 2,5 fois plus de chances d'être cadre qu'employé ou ouvrier. Cote d'un fils d'employé ou d'ouvrier : : il a environ 4,8 fois moins de chances d'être cadre qu'employé ou ouvrier. Odds ratio : . En mots : dans la compétition pour occuper une place de cadre plutôt qu'une place d'employé ou d'ouvrier, l'avantage relatif d'un fils de cadre sur un fils d'employé ou d'ouvrier est d'environ 12 contre 1. Ce nombre mesure l'inégalité des chances relatives selon l'origine, c'est-à-dire la fluidité sociale : un odds ratio de 1 signifierait l'égalité parfaite des chances. Contrairement au rapport simple des taux d'accès (, les « quatre fois moins de chances » du cours), il ne dépend pas du nombre de places de cadres.

Question 4. Supposons que la part des cadres double encore dans la génération suivante. Davantage de fils d'employés ou d'ouvriers deviendront cadres : la mobilité observée augmentera. Mais les fils de cadres profiteront eux aussi des places nouvelles ; si leur cote augmente dans la même proportion, l'odds ratio restera à 12 et l'avantage d'être né cadre n'aura pas diminué. La mobilité observée additionne l'effet de la structure des emplois et celui de l'égalisation des chances ; seule la fluidité isole le second. C'est le constat de Louis-André Vallet : la mobilité observée a fortement augmenté en France après 1950, portée par la tertiarisation, tandis que les odds ratios ne se réduisaient que lentement. La France est une société mobile, mais seulement moyennement fluide.

Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre

Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.