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Problème — L'évolution de la structure des emplois explique-t-elle à elle seule la mobilité sociale ?

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · SES (terminale), chapitre 8 — Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ?

Énoncé

Problème — L'évolution de la structure des emplois explique-t-elle à elle seule la mobilité sociale ?

Dissertation. Il est demandé au candidat de répondre à la question posée par le sujet : en construisant une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ; en mobilisant des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ; en composant une introduction, un développement et une conclusion.

Document 1. Répartition des emplois selon le groupe socioprofessionnel, génération des pères (années 1970) et génération des fils (aujourd'hui), en % des actifs occupés (ordres de grandeur).

Groupe socioprofessionnelPèresFils
Agriculteurs exploitants102
Artisans, commerçants, chefs d'entreprise107
Cadres et professions intellectuelles supérieures820
Professions intermédiaires1525
Employés2027
Ouvriers3719
Total100100

{ Source : d'après le cours, ordres de grandeur INSEE (enquêtes Emploi).}

Document 2. Table de destinée simplifiée, hommes de 35 à 59 ans (en % en ligne, ordres de grandeur).

PCS du père / du fils CadreProf. interm.Empl.-ouvrierAutres
Cadre4726198
Profession intermédiaire2533348
Employé ou ouvrier1224577
Agriculteur10204525

{ Source : d'après le cours, ordres de grandeur INSEE, enquêtes FQP.}

Document 3. Les ressources familiales jouent bien au-delà de l'école. Le capital économique permet de financer des études longues, d'aider un enfant à s'installer, de lui transmettre un patrimoine ou une entreprise ; le capital social, c'est-à-dire les réseaux de relations, ouvre les portes des stages et des premiers emplois ; le capital culturel façonne les aspirations et l'information sur les filières. La configuration familiale compte aussi : la taille de la fratrie, le diplôme de la mère, l'un des déterminants majeurs de la réussite scolaire, et l'investissement éducatif des parents. Louis-André Vallet a montré que la fluidité sociale, c'est-à-dire l'égalité des chances relatives d'accès aux positions selon l'origine, ne s'est accrue que lentement en France depuis les années 1950, bien plus lentement que la mobilité observée n'augmentait.

{ Source : d'après le cours et L.-A. Vallet, « Quarante années de mobilité sociale en France », Revue française de sociologie, 1999.}

Corrigé

Introduction rédigée. « Fils d'ouvrier devenu cadre » : la figure de l'ascension sociale nourrit l'imaginaire républicain, mais les enquêtes de l'INSEE montrent qu'un fils d'ouvrier a environ quatre fois moins de chances de devenir cadre qu'un fils de cadre (accroche). La mobilité sociale intergénérationnelle désigne le changement de position sociale d'un individu par rapport à celle de ses parents, mesuré en France par les tables de mobilité (PCS du père croisée avec celle du fils). L'évolution de la structure des emplois (déclin des agriculteurs et des ouvriers, essor des cadres et des professions intermédiaires) impose mécaniquement une partie de cette mobilité, dite structurelle (définitions). Faut-il en conclure que la mobilité sociale n'est qu'un effet mécanique de la transformation des emplois, ou bien d'autres facteurs, l'école et la famille, déterminent-ils qui, à structure donnée, monte et qui descend (problématique) ? Nous montrerons d'abord que l'évolution de la structure des emplois explique une part importante de la mobilité observée et de ses évolutions récentes (I), puis que la répartition des chances entre les origines sociales dépend d'autres facteurs, l'école et les ressources familiales, qui rendent compte de la persistance de la reproduction (II) (annonce du plan).

I. L'évolution de la structure des emplois explique une large part de la mobilité observée.

I.A. La transformation des emplois impose une mobilité structurelle. Affirmation : quand la structure des emplois change entre deux générations, une partie des fils ne peut pas occuper la position de leur père. Explication : les positions disparues doivent être quittées, les positions créées doivent être remplies ; cette mobilité, dite structurelle, se mesure par l'écart entre les deux répartitions. Illustration : document 1 : la part des cadres est passée de 8 à 20 % et celle des professions intermédiaires de 15 à 25 %, tandis que celle des ouvriers tombait de 37 à 19 % et celle des agriculteurs de 10 à 2 % ; au moins 29 fils sur 100 () ont dû changer de groupe du seul fait de cette transformation.

I.B. Cette mobilité structurelle est surtout ascendante. Affirmation : la tertiarisation et l'élévation des qualifications ont « tiré » vers le haut les générations du baby-boom. Explication : les places nouvelles sont des places qualifiées ; la reproduction des cadres, même forte, ne suffisait pas à les remplir. Illustration : document 2 : sur 100 fils d'employés ou ouvriers, 12 sont cadres et 24 professions intermédiaires ; sur 100 fils d'agriculteurs, 30 sont cadres ou professions intermédiaires ; la mobilité ascendante l'emporte sur la descendante (enquêtes FQP).

I.C. Son ralentissement explique la montée du déclassement. Affirmation : depuis les années 1990, la structure des emplois se transforme moins vite et la mobilité descendante progresse. Explication : quand les places qualifiées cessent de se multiplier alors que les enfants de cadres et les diplômés sont plus nombreux, une partie d'entre eux doit descendre. Illustration : document 2 : 19 % des fils de cadres sont employés ou ouvriers ; environ un quart des enfants de cadres connaissent une position inférieure à celle de leurs parents ; déclassement scolaire décrit par le paradoxe d'Anderson.

II. Mais la structure des emplois ne dit pas qui monte et qui descend : l'école et la famille distribuent les chances.

II.A. La mobilité observée ne se réduit pas à la mobilité structurelle. Affirmation : à structure donnée, les chances d'accès aux positions restent très inégales selon l'origine. Explication : la fluidité sociale (odds ratios) mesure ces chances relatives indépendamment de la structure des emplois ; elle progresse beaucoup plus lentement que la mobilité observée. Illustration : document 2 : 47 fils de cadres sur 100 sont cadres contre 12 fils d'employés-ouvriers ; document 3 : Vallet, lente réduction de l'inégalité des chances depuis les années 1950.

II.B. L'école est le canal principal de la mobilité, mais elle reproduit. Affirmation : le diplôme commande l'accès aux positions, or la réussite scolaire dépend de l'origine sociale. Explication : capital culturel (Bourdieu), stratégies familiales et calcul coût-avantage de l'orientation (Boudon) ; massification sans démocratisation qualitative. Illustration : écarts d'accès au baccalauréat général et aux grandes écoles selon la PCS des parents ; document 3 : rôle du diplôme de la mère.

II.C. Les ressources familiales agissent au-delà de l'école. Affirmation : à diplôme égal, les capitaux économique, social et culturel de la famille font la différence. Explication : document 3 : financement des études et de l'installation, transmission d'un patrimoine ou d'une entreprise, réseaux pour les stages et l'emploi, information sur les filières, configuration familiale. Illustration : reproduction des indépendants (25 fils d'agriculteurs sur 100 restent dans le groupe « autres », document 2) ; cooptation dans les professions libérales.

Conclusion. L'évolution de la structure des emplois explique bien une part importante de la mobilité sociale : sa hausse pendant les Trente Glorieuses, son caractère ascendant, puis la montée du déclassement quand elle ralentit. Mais elle ne l'explique pas à elle seule : elle fixe le nombre de places, non leur attribution. Celle-ci dépend de l'école, qui ouvre la mobilité tout en reproduisant les inégalités, et des ressources familiales. C'est pourquoi la France est une société où beaucoup bougent sans être pour autant très fluide. Ouverture : les tables père-fils laissent dans l'ombre la mobilité des femmes et les mobilités de statut.

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