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Problème — Le déclassement, une caractéristique contemporaine de la mobilité sociale

Exercice de TD · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 8 — Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ?

Énoncé

Problème — Le déclassement, une caractéristique contemporaine de la mobilité sociale.

Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le déclassement est une caractéristique contemporaine de la mobilité sociale en France.

Document 1. Part des bacheliers dans une génération et part des cadres dans l'emploi total (en %, ordres de grandeur arrondis).

Année198519952019
Bacheliers dans une génération (en %)296380
Cadres dans l'emploi total (en %)91219

{ Sources : DEPP, Repères et références statistiques ; INSEE, enquêtes Emploi. Ordres de grandeur arrondis.}

Document 2. Le déclassement désigne la situation d'une personne qui occupe une position sociale inférieure à celle de ses parents. Camille Peugny a montré que, parmi les personnes âgées de 30 à 40 ans, la part des déclassés progresse d'une génération à l'autre : environ un quart de celles qui sont nées au milieu des années 1960 occupent une position inférieure à celle de leur père, contre moins d'un cinquième pour celles nées juste après la guerre. À ce déclassement social s'ajoute un déclassement scolaire : dès 1961, le sociologue américain Charles Arnold Anderson observait qu'un diplôme supérieur à celui de son père ne garantit pas une position supérieure. Lorsque le nombre de diplômés augmente plus vite que le nombre d'emplois qualifiés, la valeur relative de chaque diplôme baisse : le titre qui donnait accès à un poste de cadre pour la génération précédente ne conduit plus qu'à une profession intermédiaire, voire à un emploi d'employé.

{ Source : d'après C. Peugny, Le Déclassement, Grasset, 2009, et le cours.}

Corrigé

Introduction. La mobilité sociale intergénérationnelle a longtemps été synonyme d'ascension : les Trente Glorieuses ont multiplié les places de cadres et de professions intermédiaires. Mais depuis les années 1990, une autre figure s'impose, celle du déclassement, c'est-à-dire de la mobilité descendante : occuper une position sociale inférieure à celle de ses parents, ou inférieure à celle que son diplôme procurait à la génération précédente. Nous montrerons que le déclassement social progresse avec le ralentissement de la transformation des emplois (I), puis qu'il prend aussi la forme d'un déclassement scolaire (II).

I. Le déclassement social progresse avec le ralentissement de la mobilité structurelle. Affirmation : une part croissante des enfants des classes moyennes et supérieures occupe une position inférieure à celle de leurs parents. Explication : pendant les Trente Glorieuses, l'essor des emplois qualifiés créait une mobilité structurelle ascendante, les places de cadres se multipliant plus vite que les enfants de cadres. Depuis les années 1990, cette transformation ne suffit plus : la part des cadres continue de croître (document 1 : de 12 à 19 % entre 1995 et 2019, soit points en vingt-quatre ans), mais les enfants de cadres et de professions intermédiaires, désormais nombreux puisque ces groupes ont grossi dans la génération de leurs parents, et surtout les diplômés (la part des bacheliers gagne 17 points sur la même période) arrivent plus nombreux encore sur le marché du travail ; une partie d'entre eux ne trouve pas de place équivalente à celle de leurs parents. Illustration : document 2 : environ un quart des personnes nées au milieu des années 1960 occupent, entre 30 et 40 ans, une position inférieure à celle de leur père, contre moins d'un cinquième pour la génération de l'après-guerre (Camille Peugny) ; les tables de destinée montrent qu'environ un fils de cadre sur cinq est employé ou ouvrier.

II. Le déclassement est aussi scolaire : le diplôme rapporte moins. Affirmation : à diplôme égal, la position obtenue est aujourd'hui inférieure à celle de la génération précédente. Explication : c'est le paradoxe d'Anderson (document 2) : la massification scolaire a accru le nombre de diplômés beaucoup plus vite que le nombre d'emplois qualifiés ; le diplôme reste nécessaire pour accéder aux positions élevées, mais il n'est plus suffisant, et sa valeur relative baisse. Illustration : document 1 : la part des bacheliers dans une génération a été multipliée par environ 2,8 entre 1985 et 2019 (de 29 à 80 %, soit points), quand la part des cadres dans l'emploi n'était multipliée que par environ 2,1 (de 9 à 19 %, soit points). Un bachelier de 1985 appartenait à une minorité de 29 % qui accédait très souvent aux positions intermédiaires ou supérieures ; un bachelier de 2019 appartient aux 80 % de sa génération, et le baccalauréat ne distingue plus. Le même raisonnement vaut pour les diplômes du supérieur : un master ne garantit plus un poste de cadre.

Conclusion. Le déclassement, social et scolaire, est bien une caractéristique contemporaine de la mobilité sociale : il résulte du ralentissement de la transformation de la structure des emplois, combiné à la poursuite de la massification scolaire. Il nourrit un sentiment de déclassement plus large encore que le déclassement mesuré, car il touche des groupes, enfants de cadres et diplômés, qui attendaient de l'école une garantie d'ascension. Reste que, dans les enquêtes FQP, la mobilité ascendante demeure plus fréquente que la mobilité descendante.

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