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Problème — Une société mobile, mais fortement marquée par la reproduction sociale

Application directe du cours · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 8 — Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ?

Énoncé

Problème — Une société mobile, mais fortement marquée par la reproduction sociale.

Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la mobilité sociale en France s'accompagne d'une forte reproduction sociale.

Document 1. Table de recrutement simplifiée, hommes de 35 à 59 ans : origine sociale des membres de chaque groupe (en % en colonne, chaque colonne totalise 100). Le groupe « indépendant » réunit agriculteurs, artisans, commerçants et chefs d'entreprise. Pour mémoire, dans la génération des pères, les cadres représentaient 10 % des effectifs, les professions intermédiaires 15 %, les employés et ouvriers 55 %, les indépendants 20 %.

Père / fils CadreProf. interm.Empl.-ouvrierIndép.
Cadre27,510,54,07,4
Profession intermédiaire22,220,210,611,1
Employé ou ouvrier38,653,266,435,2
Indépendant11,716,119,046,3
Total100100100100

{ Source : données simplifiées, ordres de grandeur INSEE, enquêtes FQP (hommes de 35 à 59 ans).}

Document 2. Les enquêtes Formation et qualification professionnelle montrent qu'environ deux tiers des hommes de 35 à 59 ans occupent une PCS différente de celle de leur père, la mobilité ascendante l'emportant sur la descendante. Mais cette mobilité est d'abord une mobilité de proximité, entre groupes voisins ; les mobilités de grande amplitude sont rares et la reproduction reste massive aux deux extrêmes de l'échelle sociale. Les fils d'ouvriers ont environ quatre fois moins de chances de devenir cadres que les fils de cadres. Les travaux de Louis-André Vallet montrent que la fluidité sociale, c'est-à-dire l'égalité des chances relatives d'accès aux positions selon l'origine, n'a progressé que lentement depuis les années 1950 : la France est une société moyennement fluide, où la mobilité observée, dopée par l'évolution de la structure des emplois, flatte l'ouverture réelle.

{ Source : d'après le cours et INSEE, enquêtes FQP.}

Corrigé

Introduction. « Fils d'ouvrier devenu cadre » : la France se plaît à célébrer l'ascension sociale, et les enquêtes de l'INSEE confirment qu'une majorité d'hommes n'occupe pas la position de leur père. Mais la mobilité sociale, changement de position par rapport à celle des parents, coexiste avec une forte reproduction sociale, maintien dans la position d'origine. Nous montrerons que la mobilité est réelle et plutôt ascendante (I), mais que la reproduction demeure massive aux deux extrêmes et que les chances restent très inégales (II).

I. Une société réellement mobile. Affirmation : une majorité des hommes change de position par rapport à leur père. Explication : la transformation de la structure des emplois (essor des cadres et des professions intermédiaires, déclin des agriculteurs et des ouvriers) et la massification scolaire ont multiplié les occasions de mobilité, surtout ascendante. Illustration : document 2 : environ deux tiers des hommes de 35 à 59 ans occupent une PCS différente de celle de leur père, et la mobilité ascendante l'emporte sur la descendante ; document 1 : sur 100 cadres, 38,6 sont fils d'employés ou d'ouvriers et 11,7 fils d'indépendants : la moitié des cadres d'aujourd'hui () ne sont pas nés dans les groupes supérieurs ; sur 100 professions intermédiaires, 53,2 sont fils d'employés ou d'ouvriers. Le recrutement des positions qualifiées est ouvert parce que les places de cadres et de professions intermédiaires, en se multipliant, ne pouvaient pas être pourvues par les seuls fils de cadres.

II. Mais la reproduction sociale reste forte et les chances très inégales. Affirmation : la mobilité est surtout une mobilité de proximité, et, aux deux extrêmes, chaque groupe recrute d'abord parmi ses propres enfants, bien au-delà de leur poids dans la génération des pères. Explication : les ressources familiales (capital économique, culturel, social) et la réussite scolaire, elle-même socialement conditionnée, avantagent les enfants des classes supérieures dans l'accès aux positions élevées, tandis que les enfants des classes populaires restent majoritairement dans les groupes d'origine. Une grande part de la mobilité observée est structurelle et ne traduit pas une égalisation des chances. Illustration : document 1 : la diagonale de la table de recrutement mesure la reproduction vue du groupe d'arrivée : sur 100 employés ou ouvriers, 66,4 sont fils d'employés ou d'ouvriers, et 4,0 seulement fils de cadres ; sur 100 cadres, 27,5 sont fils de cadres alors que les cadres ne formaient que 10 % de la génération des pères : les fils de cadres sont surreprésentés parmi les cadres près de trois fois (), tandis que les fils d'employés et d'ouvriers, 55 % des pères, n'en fournissent que 38,6 % (). Cette surreprésentation, lue en colonne, est l'autre face des « quatre fois moins de chances » de devenir cadre du document 2, qui se lisent en ligne (attention : 27,5 % dit d'où viennent les cadres, non ce que deviennent les fils de cadres). Vallet montre que la fluidité sociale ne progresse que lentement : la France est une société moyennement fluide.

Conclusion. La société française est bien mobile, mais sa mobilité est surtout de proximité et pour partie structurelle ; aux deux extrêmes, la reproduction domine et les chances relatives d'accès aux positions élevées restent très inégales selon l'origine. La mobilité observée flatte donc l'ouverture réelle de la société : c'est la fluidité, et non le taux de mobilité, qui dit si les destins se détachent des origines.

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