Problème — Du taylorisme au post-taylorisme, une transformation inachevée
Application directe du cours · niveau 2 · SES (terminale), chapitre 9 — Quelles mutations du travail et de l'emploi ?
Énoncé
Problème — Du taylorisme au post-taylorisme, une transformation inachevée.
Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire. À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que l'organisation du travail s'est transformée depuis les années 1980 sans que le taylorisme ait disparu.
Document 1. Part des salariés déclarant subir au moins trois contraintes de rythme de travail (notamment : cadence d'une machine, demande extérieure exigeant une réponse immédiate, normes de production à respecter en une journée au plus, contrôle hiérarchique permanent, dépendance immédiate vis-à-vis des collègues), France (en %, ordres de grandeur).
| Année | 1984 | 1998 | 2016 |
|---|---|---|---|
| Salariés soumis à au moins trois contraintes de rythme (en %) | 6 | 28 | 35 |
{ Source : DARES, enquêtes Conditions de travail, ordres de grandeur arrondis.}
Document 2. Le taylorisme repose sur une double division du travail : verticale, qui sépare la conception de l'exécution, et horizontale, qui parcellise les tâches et les chronomètre ; le fordisme y ajoute la chaîne de montage et la standardisation. Depuis les années 1980, le toyotisme (juste-à-temps, qualité totale, polyvalence, cercles de qualité), le management par objectifs et l'organisation par projets confient au salarié une autonomie contrôlée et évaluent individuellement ses performances. Mais chaque modèle coexiste avec les précédents plutôt qu'il ne les remplace : le travail à la chaîne n'a pas disparu quand le toyotisme est arrivé, et le taylorisme survit dans les centres d'appels, la logistique ou la restauration rapide, où le numérique prescrit les gestes et mesure les temps.
{ Source : d'après le cours.}
Corrigé
Introduction. L'organisation du travail désigne la manière dont les tâches sont réparties, prescrites, coordonnées et contrôlées dans l'entreprise. Le modèle taylorien-fordiste, dominant pendant les Trente Glorieuses, a été remis en cause à partir des années 1980 par des organisations dites post-tayloriennes. Nous montrerons que ces organisations ont transformé le travail d'une partie des salariés en leur accordant une autonomie contrôlée (I), mais que le taylorisme persiste, déplacé et intensifié (II).
I. Le post-taylorisme a transformé l'organisation du travail. Affirmation : depuis les années 1980, les entreprises ont substitué à la prescription taylorienne des formes d'organisation qui mobilisent l'initiative des salariés. Explication : la production de masse standardisée s'essouffle quand la demande exige variété et qualité ; le toyotisme (juste-à-temps, qualité totale, polyvalence, cercles de qualité), puis le management par objectifs et l'organisation par projets, transfèrent au salarié le contrôle de la qualité et la résolution des incidents, et remplacent le chronomètre par des objectifs et une évaluation individualisée. Illustration : document 2 : le toyotisme et le management par objectifs confient au salarié une « autonomie contrôlée » ; dans l'industrie automobile, les équipes polyvalentes ont remplacé le poste unique sur la chaîne, et les cadres travaillent au forfait, sans horaire prescrit.
II. Mais le taylorisme n'a pas disparu : il s'est déplacé et le travail s'est intensifié. Affirmation : les modèles d'organisation se sédimentent, et l'autonomie nouvelle s'accompagne d'une pression accrue. Explication : là où les tâches restent simples et mesurables, la division du travail et le contrôle des temps demeurent la solution la moins coûteuse, et le numérique leur fournit de nouveaux outils (scripts, commande vocale, algorithmes) : c'est le taylorisme de service et le taylorisme numérique. Par ailleurs, le juste-à-temps et la demande du client ajoutent leurs contraintes à celles de la machine et de la hiérarchie : le salarié doit se dépêcher et répondre à plusieurs exigences à la fois, source de stress et de risques psychosociaux. Illustration : document 1 : la part des salariés soumis à au moins trois contraintes de rythme est passée d'environ 6 % en 1984 à 28 % en 1998 et 35 % en 2016, soit une multiplication par près de six () en une trentaine d'années ; document 2 : centres d'appels, logistique et restauration rapide, où le numérique prescrit les gestes et mesure les temps.
Conclusion. L'organisation du travail s'est bien transformée : le post-taylorisme a enrichi le travail d'une partie des salariés, surtout les plus qualifiés. Mais cette transformation est inachevée et ambivalente : le taylorisme survit, renouvelé par le numérique, dans les emplois d'exécution, et l'intensification du travail touche l'ensemble des salariés. Le bilan des mutations dépend donc de la position occupée dans la hiérarchie des qualifications.
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