thermodynamique et statique des fluides (PCSI) · Chapitre 3 · Exercice de TD
Combien de variables pour décrire un corps pur ?
Le corps pur sous deux phases · A. Phases et transitions · niveau 2
Énoncé
On considère une masse d'eau pure à l'équilibre, soumise aux seules forces de pression.
1) L'eau est entièrement liquide. Combien de variables intensives peut-on fixer indépendamment ? Lesquelles proposer ? Que faut-il ajouter pour décrire l'état complet (extensif) du système ?
2) L'eau est en équilibre liquide-vapeur. Expliquer pourquoi la pression n'est plus une variable indépendante de la température. Combien reste-t-il de variables intensives libres ?
3) Deux récipients contiennent chacun d'eau à et , l'un de titre en vapeur , l'autre de titre . On donne et . Calculer les deux volumes. Le couple suffit-il à décrire l'état d'un corps pur diphasé ? Proposer deux jeux de variables qui suffisent.
4) Au point triple, solide, liquide et vapeur coexistent. Combien reste-t-il de variables intensives libres ? Pourquoi le point triple de l'eau (, ) a-t-il pu servir à définir le kelvin, de 1954 à 2019 ?
5) Le soufre possède deux variétés solides (rhombique et monoclinique), en plus du liquide et de la vapeur. En remarquant que chaque équilibre entre deux phases impose une relation entre et , expliquer pourquoi son diagramme peut compter plusieurs points triples, mais aucun point où quatre phases coexisteraient.
Corrigé
La stratégie. On compte, dans chaque situation, les variables intensives et les relations que l'équilibre impose entre elles. Ce qui reste libre est la différence entre les deux comptes. On n'utilise que deux faits du cours : une phase unique de corps pur est décrite par une équation d'état reliant , et le volume massique ; deux phases en équilibre ne coexistent que sur une courbe du diagramme .
1) Une seule phase. Dans le domaine liquide du diagramme , on peut faire varier et indépendamment sans quitter le domaine : deux variables intensives libres, et le couple naturel est , que l'expérimentateur contrôle (thermostat, piston). Le volume massique s'en déduit par l'équation d'état, . Mais et au même ne sont pas dans le même état complet : il faut ajouter une variable extensive, la masse . L'état complet est , et .
2) Deux phases. Tant que liquide et vapeur coexistent à la température , la pression reste égale à : l'équilibre impose une relation entre et , dont le graphe est la courbe de vaporisation. Fixer fixe , et réciproquement. Il ne reste qu'une variable intensive libre : deux variables moins une relation.
3) Deux récipients au même . Par extensivité du volume, . Pour : et pour : Même masse, même pression, même température, et des volumes dans un rapport : ce ne sont pas les mêmes états. Le couple ne suffit plus, précisément parce que ses deux composantes ne sont plus indépendantes. Il faut une variable qui dise où l'on est sur le palier : avec la masse , les jeux ou suffisent ( pouvant être remplacée par ), reliés par la règle des moments .
Le point délicat. Le diagramme écrase tout le palier du diagramme de Clapeyron en un seul point de la courbe de vaporisation : il est aveugle à la composition. C'est la raison d'être du diagramme .
4) Le point triple. Trois phases en équilibre, c'est trois équilibres deux à deux, mais deux suffisent (si solide et liquide sont en équilibre, et liquide et vapeur aussi, le solide et la vapeur le sont) : deux relations entre et , la courbe de fusion et la courbe de vaporisation, dont l'intersection est un point. Il reste variable libre : la température et la pression du point triple sont fixées par la nature du corps, sans aucun réglage. Une cellule où coexistent glace, eau et vapeur d'eau pure est à quoi qu'on fasse, tant que les trois phases sont présentes, sans même mesurer la pression : une référence reproductible partout. C'est pourquoi la Conférence générale des poids et mesures a fixé en 1954 la température du point triple de l'eau à exactement . Depuis 2019, le kelvin est défini en fixant la constante de Boltzmann, et cette température redevient une grandeur mesurée.
5) Le soufre. Faire coexister phases, c'est imposer relations indépendantes aux deux inconnues et . Pour , une courbe ; pour , un point isolé, et comme on peut choisir trois phases parmi quatre de plusieurs façons, il y a plusieurs points triples (le soufre en a effectivement trois stables) ; pour , trois équations pour deux inconnues, sans solution en général : il faudrait que trois courbes passent par un même point, ce qu'aucune raison physique n'impose. Quatre phases d'un corps pur ne coexistent pas.
Ordre de grandeur. À , le liquide (, moins d'un litre) n'occupe que des .
Ce que l'exercice installe. Compter les variables libres avant de choisir comment décrire un état. Une phase : deux variables intensives, . Deux phases : une seule, et l'état complet se décrit par ou , jamais par . Trois phases : aucune, d'où les points fixes de la thermométrie. Ce décompte reviendra à chaque bilan avec changement d'état : connaître ne dit pas combien il y a de vapeur.
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