thermodynamique et statique des fluides (PCSI) · Chapitre 3 · Exercice de TD
Contourner le point critique
Le corps pur sous deux phases · B. Le diagramme de phases (P,T) · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Le a son point critique en , . À , sa pression de vapeur saturante vaut ; le liquide saturant a une masse volumique de , la vapeur saturante de . Le est enfermé dans une cellule à hublot, munie d'un piston et d'un thermostat.
1) On part de l'état (, ). Dans quelle phase est le ? On le détend de manière isotherme et quasi statique jusqu'à (état ). Décrire ce que l'on voit dans la cellule, et représenter la transformation dans les diagrammes et .
2) On joint maintenant à par un autre chemin : chauffage isobare à jusqu'à , détente isotherme à jusqu'à , refroidissement isobare à jusqu'à . Représenter ce chemin dans le diagramme : traverse-t-il une courbe d'équilibre ?
3) On a mesuré la masse volumique le long de ce second chemin :
| état (, ) | () |
|---|---|
| , () | |
| , | |
| , | |
| , | |
| , | |
| , | |
| , | |
| , () |
Comparer avec le premier chemin. A-t-on, à un moment, vu une interface ? Qu'est-ce que cela dit de la différence entre « liquide » et « gaz » ?
4) La décaféination. Le supercritique dissout la caféine presque comme un liquide et pénètre les grains presque comme un gaz. Pourquoi peut-on régler son pouvoir solvant continûment par et ? Comment récupère-t-on la caféine ? Pourquoi ce solvant est-il dit « propre » ?
Corrigé
La stratégie. On trace les deux chemins dans le diagramme et l'on regarde s'ils traversent la courbe de vaporisation, seule frontière entre liquide et gaz. Les mesures tranchent : une traversée se signale par un saut de masse volumique à fixés, un contournement par une variation continue.
1) Le chemin direct. À , : est au-dessus de la courbe de vaporisation, dans le domaine liquide (et sous , donc le mot a un sens). La détente isotherme descend la verticale : le liquide se dilate un peu ( puis ) ; à , une interface apparaît, la vapeur au-dessus du liquide, et la pression reste bloquée tant que le liquide se vaporise ; la dernière goutte disparue, on descend dans le domaine vapeur jusqu'à . Dans le diagramme , tout le palier est un seul point de la courbe. Dans le diagramme , c'est l'isotherme complète : branche liquide quasi verticale jusqu'en , palier à jusqu'en , branche vapeur jusqu'à ().
2) Le chemin qui contourne. L'isobare à passe au-dessus du point critique (), là où la courbe de vaporisation n'existe plus. L'isotherme à est une verticale à droite du point critique () : elle ne rencontre pas la courbe, qui s'arrête en . L'isobare à reste dans le domaine gaz (). Aucune courbe d'équilibre n'est traversée : le chemin contourne le point critique.
3) Le verdict des mesures. Le long du second chemin, la masse volumique décroît continûment de à puis remonte à ; elle varie vite près de – ( puis : on frôle le point critique, où le fluide est très compressible), mais sans saut, et l'on ne voit jamais d'interface. Le premier chemin sautait de à en un même point . Les deux relient pourtant le même liquide au même gaz .
Conclusion : liquide et gaz ne diffèrent pas par nature. Il n'y a qu'un état fluide, dont la masse volumique peut varier continûment ; « liquide » et « gaz » n'ont de sens que de part et d'autre de la courbe de vaporisation, là où une interface peut séparer deux masses volumiques différentes à mêmes et . Au-delà du point critique, on parle de fluide supercritique. C'est la « continuité de l'état liquide et de l'état gazeux » qu'Andrews établit en 1869, précisément sur le .
Le point délicat. « Supercritique » ne désigne pas une quatrième phase, mais une région où l'on ne peut plus nommer la phase. Et c'est parce que la courbe de vaporisation s'arrête en qu'on peut la contourner ; la courbe de fusion, elle, ne s'arrête pas : on ne contourne pas un solide.
4) Le solvant réglable. Au-delà du point critique, la masse volumique varie continûment avec et , et très vite près de . Or le pouvoir solvant croît avec la masse volumique : plus les molécules de solvant sont serrées, mieux elles entourent celles du soluté. En réglant et , on règle continûment la capacité à dissoudre la caféine plutôt que les arômes. Pour la récupérer, on détend sous : le redevient un gaz peu dense, qui ne dissout presque plus rien, la caféine se dépose, et le gaz est recomprimé et recyclé. Le procédé est « propre » : le est non toxique, ininflammable, et il quitte entièrement le café en redevenant gazeux, sans résidu — contrairement aux solvants chlorés (dichlorométhane). Les conditions critiques (, ) restent douces pour les arômes.
Ce que l'exercice installe. Un chemin dans le diagramme se juge par les courbes qu'il traverse : traverser la courbe de vaporisation, c'est voir une interface et un saut de masse volumique ; contourner le point critique, c'est passer continûment du liquide au gaz. Le point critique est l'endroit où cesse la frontière entre deux états d'un même fluide.
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