thermodynamique (PTSI) · Chapitre 3 · Exercice de TD
Problème : le tube de Natterer, disparition du ménisque et loi du diamètre rectiligne
Le corps pur sous deux phases · D. Le titre en vapeur · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Un tube de verre rigide, de volume intérieur et de section constante, de hauteur , a été vidé d'air puis scellé après y avoir introduit une masse d'eau. On le chauffe lentement, en position verticale. On note la masse volumique moyenne de son contenu, et les masses volumiques du liquide et de la vapeur saturants. Le point critique de l'eau est en , , .
Table (eau sur la courbe de saturation, masses volumiques arrondies au ) :
| () | () | () |
|---|---|---|
1) Montrer que le point représentatif du contenu décrit une verticale du diagramme de Clapeyron , et que, tant que le contenu est diphasé, la donnée de suffit à fixer son état.
2) On néglige l'épaisseur du ménisque, et l'on admet que le liquide occupe le bas du tube. Par extensivité de la masse et du volume, montrer que la fraction du volume occupée par le liquide, donc la hauteur relative du ménisque, vaut
3) Calculer de à pour trois tubes de masses volumiques moyennes , et , et décrire le mouvement du ménisque. Le tube à est entièrement liquide vers : que devient la pression si l'on continue à chauffer ? On donne, à : à , à , à . Le tube à est entièrement vapeur vers .
4) Loi du diamètre rectiligne. Vérifier que la demi-somme est quasi affine en , alors que et ne le sont pas. En déduire, par une régression linéaire (à la main sur deux points, ou en Python), une estimation de à . Comparer à la valeur tabulée.
5) Pour le tube à : en écrivant la loi du diamètre rectiligne sous la forme , avec , montrer que Vérifier sur la table que tend vers quand , et conclure : où le ménisque disparaît-il ?
6) Préparer l'expérience. Quelle fraction d'un tube de faut-il remplir d'eau liquide à () pour voir le ménisque disparaître au milieu ? Quelle pression le tube doit-il supporter ? Que risquerait-on en le remplissant à moitié ? Énoncer le résultat obtenu.
Corrigé
1) Une isochore. Le système est la masse d'eau du tube : fermé (tube scellé), de volume imposé par la paroi rigide (on néglige la dilatation du verre). Son volume massique est constant : dans le diagramme , le point décrit une verticale. Tant que le contenu est diphasé, et avec connu : la donnée de fixe tout (une variable libre, exercice 1). Le pont avec le cours : les tables critiques sont publiées en masses volumiques, , , et une verticale du diagramme est une masse volumique moyenne constante.
2) La règle des moments en masses volumiques. Avec et les volumes des deux phases, l'extensivité donne et . En divisant par , avec : Le liquide, plus dense, occupe le bas d'un tube de section constante : . C'est la règle des moments, rôles échangés : pour le titre, on pondère des volumes massiques par des masses ; ici, des masses volumiques par des volumes.
3) Trois tubes, trois destins. Le calcul de , ligne par ligne (par exemple à ), donne :
| () | |||
|---|---|---|---|
- () : le ménisque monte, le liquide se dilatant plus vite que la vapeur ne se densifie, et le tube est plein de liquide quand , vers (interpolation entre et ). La verticale sort de la cloche par la courbe d'ébullition. Au-delà, le liquide presque incompressible est chauffé à volume fixé : la pression quitte et monte de à entre et , environ par degré. C'est l'enceinte pleine de l'exercice 6 : le tube explose.
- () : le ménisque descend, le tube est plein de vapeur quand , vers ; la verticale sort par la courbe de rosée.
- : le ménisque reste près du milieu ( à ) ; la verticale passe par le sommet de la cloche. Le ménisque s'aplatit, devient flou et disparaît au point critique.
4) Le diamètre rectiligne. Les demi-sommes valent ; ; ; ; ; ; : elles ne perdent que en , à vitesse presque constante, alors que chute de et que quadruple, de plus en plus vite. Dans le plan , le « diamètre » de la courbe de saturation — le lieu des milieux de ses cordes à fixée — est une droite : c'est une loi empirique, vérifiée par les fluides simples. Sur les deux points extrêmes : pente , et . Sur les sept points, en Python :
import numpy as np
theta = np.array([300, 320, 340, 350, 360, 365, 370]) # degres C
rhoL = np.array([712, 667, 611, 575, 528, 496, 451]) # kg/m^3
rhoV = np.array([46, 65, 93, 114, 144, 166, 202])
for rho in (200, 322, 500): # masse volumique du tube
# hauteur relative du menisque, bornee a [0, 1]
h = np.clip((rho - rhoV) / (rhoL - rhoV), 0, 1)
print(rho, np.round(h, 3))
# diametre rectiligne : droite ajustee aux demi-sommes
a, b = np.polyfit(theta, (rhoL + rhoV) / 2, 1)
print("pente =", round(a, 3))
print("rho_c estimee =", round(a * 373.95 + b, 1))
Le script recalcule la table de la question 3 (en bornant entre et une fois une phase disparue), ajuste une droite aux demi-sommes et l'évalue en . Il affiche :
200 [0.231 0.224 0.207 0.187 0.146 0.103 0. ]
322 [0.414 0.427 0.442 0.451 0.464 0.473 0.482]
500 [0.682 0.723 0.786 0.837 0.927 1. 1. ]
pente = -0.747
rho_c estimee = 325.2
contre : d'écart, obtenu sans jamais se placer au point critique, où la mesure est très difficile (compressibilité infinie, exercice 4).
5) Pourquoi la mi-hauteur. Pour , on fait apparaître demi-somme et demi-différence : et, en divisant par , . Le terme correctif est négatif : le ménisque est sous la mi-hauteur, comme dans la table. Le rapport vaut ; ; ; ; ; ; : il tend vers , car s'annule moins vite que — on le constate sur les nombres. Avec , le terme correctif passe de à : , le ménisque disparaît à mi-hauteur.
Le point délicat. L'argument ne repose sur aucune symétrie entre liquide et vapeur — et varient très différemment — mais sur deux faits empiriques : la demi-somme est affine, la demi-différence s'annule plus lentement que .
6) Préparer le tube. Il faut : , qui occupent à , soit du tube : on le remplit au tiers, d'eau dégazée, avant de le sceller. Il doit supporter au moins , avec une marge : verre épais et écran de protection. Rempli à moitié, il aurait : c'est le troisième tube de la question 3, qui se remplit de liquide puis explose. L'intuition « moitié-moitié pour un ménisque au milieu » oublie que le liquide se dilate de à en approchant du point critique.
Le résultat obtenu : l'expérience de Cagniard de La Tour et la loi du diamètre rectiligne de Cailletet et Mathias. Dans un tube scellé contenant un corps pur sous deux phases, chauffé à volume constant, le ménisque monte jusqu'au sommet si la masse volumique moyenne dépasse , descend jusqu'au fond si elle lui est inférieure, et disparaît à mi-hauteur, au point critique, si elle lui est égale. La demi-somme des masses volumiques du liquide et de la vapeur saturants est une fonction affine de la température, et son extrapolation à donne la masse volumique critique.
Ce que le problème installe. Un récipient rigide et fermé impose une isochore, et la position de cette verticale par rapport au sommet de la cloche décide de tout. L'extensivité fournit la règle des moments sous toutes ses formes. Et une loi empirique bien choisie mesure une grandeur là où l'on ne peut pas aller. Avec les exercices 3 et 4, on comprend enfin pourquoi le ménisque s'efface au lieu de se déplacer : à l'approche du point critique, liquide et vapeur deviennent indiscernables.
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