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thermodynamique (PTSI) · Chapitre 5 · Application directe du cours

L'expérience de Joule : l'équivalent mécanique de la calorie

Premier principe et bilans d'énergie · niveau 2

Énoncé

Dans une expérience inspirée de celle de Joule (1845-1850 ; les données sont simulées, d'un ordre de grandeur voisin des siennes), deux masses de total descendent d'une hauteur en entraînant, par une poulie, des palettes qui brassent d'eau dans un vase calorifugé. On remonte les masses sans toucher aux palettes, et l'on recommence : chutes au total. La valeur en eau du vase et des palettes vaut : ils ont la capacité thermique de d'eau. On mesure une élévation de température . À l'époque, la chaleur se mesurait en calories : est le transfert thermique qui élève de la température de d'eau.

1) Définir le système. Que valent et sur l'ensemble de l'expérience ? Exprimer .

2) Combien de calories aurait-il fallu fournir à ce même système avec un réchaud, sans palettes, pour atteindre le même état final ? En déduire l'« équivalent mécanique de la calorie » , en joules par calorie.

3) Les masses arrivent en bas de chaque chute avec une vitesse , et cette énergie cinétique est perdue au choc sur le sol, hors du système. Corriger la valeur de .

4) Expliquer pourquoi la question 2 a un sens : qu'est-ce qui, dans le premier principe, garantit que le travail et la chaleur produisent « le même effet » ?

5) Ordre de grandeur. Joule, en voyage dans les Alpes en 1847, chercha à mesurer l'échauffement de l'eau au pied d'une cascade. Estimer l'écart de température entre le haut et le bas d'une chute de (celle du fer à cheval, au Niagara), en supposant toute l'énergie potentielle de pesanteur de l'eau convertie en énergie interne de l'eau. Conclure.

Corrigé

1) Système et transformation. On choisit le système fermé = \{eau + vase + palettes\}. Il est fermé (aucune matière n'entre ni ne sort) ; sa frontière passe par l'axe des palettes, ce qui laisse les masses, la corde et la poulie à l'extérieur. État initial : tout au repos à la température . État final : tout au repos (les palettes se sont arrêtées), à . Le vase est calorifugé : . Le travail reçu est celui que la corde transmet aux palettes par l'axe ; si les poulies sont sans frottement et les masses descendent lentement, chaque chute fournit , donc

Le premier principe, appliqué à entre ces deux états (énergies cinétique et potentielle macroscopiques de inchangées), donne . Par extensivité de , est la somme des variations de l'eau et du vase avec ses palettes ; comme ceux-ci se comportent comme d'eau, .

2) Le même état final par la chaleur. Partons du même état initial et chauffons avec un réchaud, palettes immobiles : cette fois , et est ce qu'il faut pour élever de la température de l'équivalent de d'eau. Par définition de la calorie,

Les deux expériences mènent au même état final ; elles produisent donc la même variation , mesurée une fois en joules (travail), une fois en calories (chaleur). Le rapport est l'équivalent cherché :

3) La correction d'énergie cinétique. À chaque chute, la masse ne cède pas tout à la corde : elle garde , qu'elle perd en heurtant le sol, hors de . Le travail réellement reçu par est donc

d'où . La correction est petite () mais du bon côté : la valeur moderne, , est justement celle de exprimée en joules par gramme et par kelvin.

4) Pourquoi la comparaison a un sens. Le premier principe affirme que est une fonction d'état : ne dépend que de l'état initial et de l'état final, pas de la manière dont on passe de l'un à l'autre. Deux transformations qui relient les mêmes états ont donc le même , même si l'une ne passe que par et l'autre que par . C'est ce qui autorise à dire qu'un joule de travail et un joule de chaleur « valent » la même chose pour le système. La découverte de Joule est que ce rapport est le même quelle que soit la façon de produire le travail : la calorie n'est qu'une unité d'énergie.

5) La cascade. On suit une masse d'eau, système fermé, entre le haut de la chute (au repos) et le bas, une fois l'eau calmée au repos dans le bassin. Toute son énergie potentielle de pesanteur passe en énergie interne : , soit

La masse s'élimine. Un dixième de degré pour une chute spectaculaire : c'est que est énorme à l'échelle des énergies mécaniques courantes — il faut tomber de pour s'échauffer de . L'effet est réel, mais noyé dans les échanges avec l'air et les roches.

Ce que l'exercice installe. Le geste fondateur de tout bilan : choisir le système, et tracer sa frontière pour décider de ce qui est travail reçu (l'axe des palettes) et de ce qui ne l'est pas (le choc des masses au sol). Puis la lecture du premier principe comme un énoncé sur une fonction d'état : deux chemins, mêmes états, même . Enfin un ordre de grandeur à retenir : , c'est beaucoup — d'eau vaut une chute de plus de .

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