Corrigé bac philosophie 2026 Métropole — Dissertation 2 : Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ?
Sujet officiel du baccalauréat, épreuve de philosophie, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Baccalauréat général — session 2026 — Philosophie — lundi 15 juin 2026. Durée de l'épreuve : 4 heures. Coefficient : 8. L'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisé. Dès que ce sujet vous est remis, assurez-vous qu'il est complet. Ce sujet comporte 2 pages numérotées de 1/2 à 2/2.
Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets suivants
Sujet 2. Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ?
Corrigé
Analyse du sujet
La notion centrale est le bonheur, que le sujet met en rapport avec autrui, et donc avec le devoir et la justice. Être heureux, ce n'est pas éprouver un plaisir (sensation agréable et passagère) ni une joie (émotion intense mais ponctuelle) : c'est jouir d'un état de satisfaction durable et complet, qui porte sur l'ensemble de l'existence. Les autres : l'expression est indéfinie, et c'est là une première difficulté. S'agit-il de mes proches (mon enfant, mon ami), de mes concitoyens, ou de l'humanité entière ? Le sens de la question change selon la réponse : il est presque impossible d'être heureux quand mon enfant souffre ; il est de fait très possible de l'être quand des inconnus souffrent à l'autre bout du monde. « Ne le sont pas » : les autres peuvent être malheureux, ou simplement privés de bonheur ; le sujet ne dit pas « quand les autres souffrent ». Quand indique la simultanéité (pendant que), mais aussi la condition (dans le cas où) : le bonheur d'autrui est-il une condition du mien ? Enfin peut-on a deux sens, que le devoir distingue avec soin : la possibilité de fait (est-il psychologiquement possible d'être heureux au milieu du malheur des autres ?) et la possibilité de droit (est-il légitime, moralement admissible, de l'être ?).
Le sujet présuppose que le bonheur est d'abord individuel, qu'il y a « mon » bonheur et « le leur », des bonheurs séparés dont l'un pourrait subsister sans les autres ; il présuppose aussi que le bonheur des autres a quelque rapport avec le mien, sinon la question ne se poserait pas. La tension est nette. D'un côté, le bonheur semble dépendre de moi seul : il tient à mes jugements, à mes désirs, à ma manière de vivre, et non aux circonstances extérieures ; de fait, chaque jour, des hommes sont heureux tandis que d'autres sont malheureux, et si le bonheur exigeait celui de tous, personne ne serait jamais heureux. De l'autre, l'homme n'est pas une île : la pitié me fait souffrir de la souffrance que je vois ; et un bonheur qui s'accommoderait tranquillement du malheur d'autrui paraît indécent, égoïste, indigne. Le problème est donc double : le bonheur est-il une affaire privée ou est-il essentiellement partagé ? et si le malheur des autres n'empêche pas, de fait, mon bonheur, ne le rend-il pas illégitime, ou bien ne me demande-t-il pas autre chose que de renoncer à être heureux ?
Problématique
S'il semble que le bonheur dépende de chacun et que l'on puisse, de fait, être heureux quand les autres ne le sont pas, ne faut-il pas reconnaître que la souffrance d'autrui atteint notre bonheur et qu'un bonheur indifférent au malheur des autres n'en est pas un, ou n'a pas le droit d'en être un ? Mais si le bonheur exigeait celui de tous, nul ne serait jamais heureux : dès lors, que demande le malheur des autres à celui qui veut être heureux, le renoncement, ou l'action ?
Introduction
Dans La Peste de Camus, le journaliste Rambert, retenu par hasard dans la ville en quarantaine, ne pense d'abord qu'à s'en échapper pour rejoindre la femme qu'il aime : il n'est pas d'ici, ce malheur n'est pas le sien. Puis, au moment où l'évasion devient possible, il choisit de rester et de se battre aux côtés du docteur Rieux, parce qu'il y aurait, dit-il en substance, de la honte à être heureux tout seul. Ce renversement pose exactement notre question : peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ? Le bonheur, il faut le rappeler, n'est ni le plaisir ni la joie, mais un contentement durable qui porte sur l'ensemble d'une vie, et que chacun désire pour lui-même. Or « les autres » restent indéfinis, de mon proche à l'inconnu lointain, et « peut-on » demande à la fois si la chose est possible et si elle est permise. La réponse spontanée est claire : le bonheur dépend de moi, et s'il fallait attendre que tous soient heureux, nul ne le serait jamais. Mais cette réponse se heurte à l'expérience de Rambert : le malheur des autres, dès qu'on le voit, entame le bonheur ; et celui qui parvient à ne pas le voir semble avoir acheté son contentement au prix de son humanité. Faut-il donc renoncer au bonheur tant qu'il en est un seul qui souffre, ce qui reviendrait à y renoncer toujours ? Nous montrerons d'abord que le bonheur, en tant qu'il dépend de nous, reste possible au milieu du malheur d'autrui ; nous verrons ensuite que ce bonheur solitaire est atteint dans son fait par la pitié et dans son droit par la morale ; nous établirons enfin que le bonheur véritable n'est ni solitaire ni suspendu au bonheur de tous, mais partagé, et que le malheur des autres ne l'interdit pas : il le convertit en tâche.
100 % gratuit
La suite du corrigé est sur Adloun
Le corrigé rédigé en entier, partie par partie, et le tuteur pour poser des questions sur ce sujet.
Voir le corrigé complet, gratuitementInscription gratuite en 30 secondes (e-mail, nom d'utilisateur, mot de passe, classe ou profil), sans carte bancaire : arrivée directe sur le corrigé.