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Corrigé bac philosophie 2026 Métropole — Explication de texte : Nietzsche, Humain, trop humain : la méthode et l'esprit scientifique

Sujet officiel du baccalauréat, épreuve de philosophie, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

Sujet officiel (PDF)

Énoncé

Baccalauréat général — session 2026 — Philosophie — lundi 15 juin 2026. Durée de l'épreuve : 4 heures. Coefficient : 8. L'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisé. Dès que ce sujet vous est remis, assurez-vous qu'il est complet. Ce sujet comporte 2 pages numérotées de 1/2 à 2/2.

Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets suivants

Sujet 3. Expliquer le texte suivant :

Les méthodes scientifiques sont une conquête de la recherche pour le moins aussi considérable que n'importe quel autre résultat : c'est en effet sur la compréhension de la méthode que repose l'esprit scientifique, et tous les résultats des sciences ne pourraient, si ces méthodes venaient à se perdre, empêcher un nouveau triomphe de la superstition et de l'absurdité. Les gens cultivés ont beau apprendre autant qu'ils veulent des résultats de la science, on s'aperçoit toujours à leur conversation, et particulièrement aux hypothèses qu'ils y proposent, que l'esprit scientifique leur fait défaut. Ils n'ont pas cette défiance instinctive contre les écarts de la pensée, qui, à la suite d'un long exercice, a pris racine dans l'esprit de tout homme de science. Il leur suffit de trouver sur un sujet une hypothèse quelconque, ils sont alors tout feu tout flamme pour elle et croient qu'ainsi tout est dit. Avoir une opinion signifie par là même chez eux : en devenir aussitôt fanatique et finalement la prendre à cœur comme une conviction. Ils s'échauffent, à propos d'une chose inexpliquée, pour la première idée qui leur passe en tête et qui ressemble à une explication. D'où résultent continuellement, notamment dans le domaine de la politique, les plus fâcheuses conséquences. C'est pourquoi chacun devrait de nos jours avoir appris à connaître au moins une science à fond ; alors il saura toujours ce que c'est qu'une méthode et combien est nécessaire la plus extrême prudence.

Friedrich NIETZSCHE, Humain, trop humain (1878)

Corrigé

Introduction

Nous vivons entourés des résultats de la science : chacun sait que la Terre tourne autour du Soleil ou que les maladies ont des causes microbiennes. Et pourtant les croyances les plus étranges prospèrent dans les mêmes sociétés, souvent chez des gens instruits. Ce paradoxe est le point de départ du texte de Nietzsche. Son thème est la science, et plus précisément ce qui en fait la valeur : non les résultats qu'elle accumule, mais la méthode par laquelle elle les obtient, et l'esprit que cette méthode forme en celui qui la pratique. Le texte engage ainsi les notions de science, de raison et de vérité, et, par ses dernières lignes, la question politique. La thèse de l'auteur peut se formuler ainsi : la valeur de la science tient d'abord à ses méthodes, car c'est la compréhension de la méthode, et non la connaissance des résultats, qui forme l'esprit scientifique, cette défiance acquise envers les « écarts de la pensée » ; sans elle, le savoir le plus étendu ne protège de rien, et l'homme cultivé qui ne possède que des résultats reste, dès qu'il pense par lui-même, un fanatique de la première idée venue. Le problème auquel le texte répond, sa problématique, est donc celui-ci : à quoi tient la valeur de la science, et qu'est-ce qui protège l'esprit humain contre la superstition ? Est-ce le contenu du savoir, ou la manière de l'établir ? Suffit-il d'être cultivé pour penser scientifiquement ? Nietzsche écrit contre une idée répandue à son époque comme à la nôtre : que la diffusion des connaissances scientifiques suffirait à éclairer les esprits.

Le texte se déroule en trois mouvements. Dans le premier, de « Les méthodes scientifiques » à « de l'absurdité », Nietzsche pose sa thèse : la méthode est une conquête au moins égale aux résultats, car l'esprit scientifique repose sur elle seule. Dans le deuxième, de « Les gens cultivés » à « qui ressemble à une explication », il en donne la preuve par le contre-exemple : le portrait des gens cultivés, riches de résultats et privés de l'esprit scientifique. Dans le troisième, de « D'où résultent » à la fin, il tire les conséquences de ce défaut, notamment en politique, et prescrit le remède : apprendre à fond au moins une science, pour savoir ce qu'est une méthode et ce qu'exige la prudence.

Premier mouvement — la méthode est une conquête, et l'esprit scientifique repose sur elle seule

La première phrase a la forme d'une thèse, énoncée puis justifiée. « Les méthodes scientifiques sont une conquête de la recherche pour le moins aussi considérable que n'importe quel autre résultat. » Il faut d'abord s'arrêter sur la distinction qui structure tout le texte, celle du résultat et de la méthode. Un résultat est ce que la science établit : un fait, une loi, une théorie, comme la loi de la chute des corps, où la distance parcourue est proportionnelle au carré du temps. Une méthode est la manière dont elle l'établit : l'observation, l'hypothèse, l'expérience qui la contrôle, la démonstration, la mesure. Or Nietzsche affirme deux choses à propos des méthodes. Elles sont, premièrement, une « conquête de la recherche » : elles n'ont pas été données à l'esprit humain, elles ont été gagnées, lentement, contre lui-même, par l'histoire des sciences : il a fallu Galilée pour mesurer au lieu de raisonner sur les essences. Les méthodes sont donc elles-mêmes un résultat de la recherche. Mais, deuxièmement, elles sont un résultat « pour le moins aussi considérable que n'importe quel autre » : la litote (« pour le moins ») laisse entendre qu'elles valent davantage. Pourquoi ? Parce qu'un résultat est particulier, tandis qu'une méthode est féconde : elle permet d'obtenir tous les résultats, de les corriger, de les remplacer.

La justification vient aussitôt : « c'est en effet sur la compréhension de la méthode que repose l'esprit scientifique ». Nietzsche introduit ici la notion décisive. L'esprit scientifique n'est pas le savoir scientifique : on peut posséder le second sans le premier. C'est une disposition de l'esprit, une manière de penser, et cette disposition repose sur la « compréhension » de la méthode, non sur son simple usage, ni sur la connaissance de ses produits. Comprendre la méthode, c'est saisir pourquoi elle est ce qu'elle est : pourquoi une hypothèse doit être contrôlée, pourquoi une seule observation ne prouve rien, pourquoi il faut douter de ce qui plaît. Celui qui a compris cela a intériorisé une exigence ; celui qui a seulement appris les résultats a reçu des contenus. Descartes, au début du Discours de la méthode, remarquait que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » et que la différence entre les hommes ne tient pas à la raison, égale en tous, mais à la manière de la conduire : c'est ce que Nietzsche appelle ici la méthode.

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